‹ Le ton de la predication avant BourdaloueChapitre 27 sur 33 · I,K TON DE LA PHÉDICATIOX · texte numérisé non relu

I,K TON DE LA PHÉDICATIOX

de faire ce que nous reconnoitrons estre un devoir indispensable, qui est de ne croire pas seulement de cœnr à justice, mais aussy de faire confession de bouche à salut, selon le précepte de TApostre, et afin que les auteurs de tous les maux que nous avons souffert, qui n'oublient rien pour nous noircir, n'ayi[nt^ aucun prétexte de noircir la présente déclaration, comme si elle esloit conceue dans un e^^prit de l'ebellion contre notre Roy, nous protestons, comme devant Dieu, de notre fidélité pour luy comme notre unique et légitime souverain, au quel nous nous faisons un devoir invincible d'obéir en toutes choses où le service de Dieu, le Roy des Roys ne sera pas blessé. C'est ce que nous signons aujourd'huy de bonne foy et sans violence et que nous consentons qu'il soit rendu public comme utile à la gloire de Dieu et à l'avancement de son règne. »

Ces pauvres aveugles ont grand tort, mais si leur guôrison s'estoit traittée par les règles de l'Eglise et même du bon sens, les éclairés et les guéris seroint restés dans l'Eglise. Le même esprit du ministère des Sacremens, dans les bons Pères, à l'égard des fideîles au confessionnal où ils font de pareilles conversions, a régné parmi eux dans la discipline extérieure de l'Eglise pour la reunion des hérétiques, c'est à dire que pourvu qu'on eut un dehors de catolique par crainte, cela suffisoit pour l'abjuration un peu forcée, comme l'apparence d'attrition servile demande chez eux nécessairement l'absolution dans ceux qu'ils contraignent d'aller la fréquente communion avec de bien plus fréquents crimes.

Les réllexions qui terminent la transcription de la pièce envoyée, nous rcnietient en plein dans l'atmosphère haineuse que fait respirer plus d'une page de ces manuscrits de ])rovenance janséniste.

Heureusement la partialité affichée si ouvertement rend inoffensif le recours à des sources plutôt troubles (1). Il est donc facile de faire le départ entre les faits historiques et leurs appréciations intéressées. De tous les documents de provenance et de

(1) Voir sur ce sujet mon Hisl. crit. de la Prédication de Bourdaloue, t. III, p. 463*.

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couleur variées apportés dans cet essai sur la controverse en chaire au XVIP siècle, il me i)araît légitime de conclure à la nécessité de rassembler plus copieusement qu'on n'a fait jusqu'ici les matériaux d'une histoire non encore ébauchée de ce genre d'éloquence. Le sujet est, à coup sûr, de nature à tenter les efforts d'un chercheur et la matière assez vaste pour les récompenser.

Appendice B

I3eux sermons d'ouverture de Carême en 1628 et 1665.

Nous avons promis de clore notre enquête sur l'état de la prédication avant Bourdaloue par des documents complets et significatifs (1). Les extraits qui ont servi aux preuves de détail, si nombreux et étendus qu'ils aient pu être, seraient suspects toujours, car il eût été possible à un esprit prévenu ou gagné d'avance à une thèse, de les tronquer à temps pour n'en détacher que les passages capables d'étayer un système. Ils sont, en tous cas, des exemples fragmentaires et ne fournissent point une démonstration absolument homogène. Ici, rien de pareil à redouter. Nous aurons sous les yeux deux discours, pris tout exprès à deux dates assez éloignées, de nature à montrer, chacun dans leur genre, ce qu'était a une prédication », soit dans le premier (piart du

vl) En attendant les études distinctes sur divers précurseurs ou prédécesseurs de Bourdaloue énumérés plus haut (p. 172), il convient de présenter au public les deux morceaux complets dont la promesse avait été faite dès longtemps. Cf. Revue Bourdaloue, 1" janvier 1904, p. 54' et p. GO'.

dix-septième siècle, soit au commencement du second versant de cet âge, vers le temps où Bossuet quittait la chaire.

Emprunter à Cohon (1) et à Le Boux (2), deux prédécesseurs de Bourdaloue dans la chaire royale, des sermons datés l'un, de l'année 1628, l'autre de l'époque où Bourdaloue allait aborder la prédication à Paris, c'est donc fournir des pièces justificatives d'une valeur incontestable.

Le sujet même, l'entrée du carême et l'idée de pénitence et de mort, rapproche ces deux œuvres si dissemblables. Ces morceaux inédits (3), outre l'avantage de permettre de curieux rapprochements, soit avec l'œuvre de Bourdaloue, soit avec un sermon de Mascaron sur le même sujet (4), donnent lieu d'étudier les caractères dift'érents de la prédication pendant une période en somme assez restreinte.

Le sermon de Cohon n'a guère d'autre rapport avec Bourdaloue que le fait d'appartenir à un orateur qui le précéda de longtemps dans la chaire royale (5).

(1; Sur Cohon, voir plus haut, p. 172 et note 2 de la page 173.

(2) Le Boux, dont nous n'avons rien cité dans ce travail, mériterait d'être tiré de l'oubli. Voir mon Hist. critique de la prédication de Bourdaloue, i. III, p. 390 et 429. Voiraussi le jugement sévère de Bossuet sur lui, dans mon Supplémenl au Prédicatoriana, p. 20, note, et la Revue Bossuet, 25 déc. 1905, p. 108 et 109.

(8) lis ne le sont qu'en partie, les deux exordes ayant été publiés dans la llevue Bourdaloue du 1" janvier 190i, à l'occasion du sermon de Bourdaloue sur les Cendres.

(4) Ce sermon inédit de Mascaron a été publié dans la Revue Bourdaloue du l"'" janvier 1904, p. 60 à 77. Voir aussi mon Hist. crit. de la prédication, t. III, p. 431 et suiv.

(5) J'ai déjà eu lieu de comparer plusieurs morceaux fort antérieurs à Bourdaloue avec les diverses parties de ses œuvres qui les rappellent, quelquefois au moins par contraste. Voir plus haut, p. 100', et Revue des Sciences ecclésiastiques, déc. 1902, p. 507.

L'auteur, bien oublié aujourd'hui et non sans raison peut-être, a été l'objet d'une excellente étude de M. l'abbé François Duine (1). Le biographe, bon juge et peu porté, grâce à Tesprit critique et au sens historique dont il a fait preuve, à surfaire son héros, aurait plutôt, dans l'espèce, exécuté trop sommairement (2) ce sermon dont il se contente de dire : « Cet honnête sermon roule sur deux pointes : Voici en effet la division : O homme, l'Eglise a établi cette cérémonie pour deux raisons : la première pour te faire rougir de ta stérilité par la considération de l'élément le plus fertile ; et la seconde, pour donjpter ton orgueil par l'objet de la terre qui te fournit l'exemple d'une parfaite humilité. »

Ce n'est point pour en appeler de la sentence de M. Tabbé Duine que nous donnons in extenso le sermon de 1628, mais à cause de l'intérêt que présente un morceau authentique (c'est l'autographe de l'auteur) (3) et si exactement daté, à rapprocher de ce qui se prêcha quelque trente ans au moins après, lorsque Bourdaloue débuta dans les chaires de Paris.

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