‹ Le ton de la predication avant BourdaloueChapitre 30 sur 33 · PREMIER POINT · texte numérisé non relu

PREMIER POINT

L'homme s'abaisse étrangement dans la plus noble partie de soi-même, dans son entendement et dans ses opérations qui sont les pensées. L'Écriture Sainte nous marque les degrés de cet abaissement : Corpus quod corrumpitur aggravai animam et ierrena cogilalio deprimit sensum mulla cogilantcm. Ecoutez ce que dit le Saint-Esprit. Voilà la source de l'abaissement de l'àme dans ses pensées. Ce corps d'iniquité appesantit rame et, dans sa pesanteur, elle s'abaisse : Corpus quod corrumpitur aggravât animam. Ce corps d'iniquité la rend si pesante qu'elle devient pesante comme le corps : anima corporascit, au lieu que cette àme dans l'état d'innocence devoit subtiliser les vapeurs et les exhalaisons de la terre par ses rayons et par leur éclat. Mais ierrena cogitatio deprimit sensum. Pourquoi les hommes sont-ils sur la terre? Terrena hahitalio. Ne voient-ils pas que tout ce qu'ils voient est de la terre : deprimit sensum, et que toutes les choses de la terre ne peuvent qu'abaisser leurs esprits? Ne voient-ils pas qu'ils sont continuellement dans la bassesse du raisonnement : deprimit sensum? A l'égard de Dieu], deprimit sensum; à l'égard d'eux-mêmes, à l'égard du ciel, deprimit sensum; à l'égard de la terre, deprimit sensum. Quelques opérations qu'ils forment, elles sont basses : deprimit sensum ; quelques opérations qu'ils fassent de leur entendement, elles sont indignes d'eux : ierrana kabitatio deprimit sensum. C'est donc dans ces pensées, mais conformément à mon dessein, c'est en ces jours oVi les hommes conçoivent les plus basses pensées et qu'ils tombent dans la plus grande indignité de leur esprit. Le dirai-je, messieurs? Concevez-le, hommes justes et pécheurs. Le dirai-je, fidèles, que le peu de l'homme que vous avez abaisse vos pensées et vous fait diminuer de la rigueur de la loi? Voilà le péché des honimes justes. 11 semble qu'ils doivent relâcher quelque chose en ce temps de la charité chrétienne ; il semble

qu'ils doivent rabaisser (juelque chose de cette cliarité chrétienne ; il semble qu'ils ne pèchent point pour rabattre quelque chose de la modestie, de la tempérance et de la gravité chrétienne : ils veulent mettre des bornes à ces vertus chrétiennes. Voilà qui abaisse leurs pensées, parce qu'ils sont sur la terre et qu'ils n'ont que des pensées terrestres : lerrena cogilatio. Voilà donc les péchés du juste môme abaissé en son tempérament, comme si Dieu n'étoit pas le Dieu de tous les temps, comme si la loi et la grâce de Dieu n'étoient pas de tous les temps, comme si les commandemens n'étoient pas de tous les temps. Voilà justement leur abaissement : deprimit senstim. Mais les pécheurs vont bien plus avant, car ils vont jusqu'à la transgression de la loi et en commission du péché et de tous les péchés [qui] leur paroissent en ce temps des choses légères. Us s'imaginent môme qu'il y a moins d'énormité que dans tous les autres temps, et faisant ce faux raisonnement, ils disent : Peccavbniis. Tous les prédicateurs nous disent tous les ans que nous péchons. Avec cela les années se sont passées dans les péchés de notre cœur, de nos yeux, de nos corps et de nos esprits : Peccavlmus, et qukl triste accidit nubis ? Et où sont les chàtimens que Dieu a faits de ces crimes? Si ces choses eussent été si hideuses qu'ils nous prêchent, n'eussent-ils (1) pas attiré les chàtimens de Dieu sur nous ? Quel abaissement ! deprimit sensum. Voilà donc cet esprit de l'homme dans l'abîme et dans le précipice. Allez donc, pécheurs, transgresseurs de la loi, allez donc, [fidèles] (2) relâchés! Venez, pécheurs déclarés, montez avec moi en Jérusalem : ecce ascendimus Jerosoh/mam. Venez, pécheurs, nous vous combattons dans cette transgression de la loi. Venez, fidèles relâchés, nous vous combattons sur ce dérèglement de la loi. Çà, pécheurs, qui ne voulez pas des bornes et donnez des limites à la piété et à la tempérance chrétienne, les voulez-vous prendre ces règles de la tempérance sur les règles extraites de la Loi? Venez en Jérusalem. Hélas ! qu'y verrez-vous? Ecce ascendimus Hierosoiyinam et consumma-

(1) Notez ce masculin ou plutôt ce neutre appliqué au mot choses dans l'accord grammatical, comme nous l'avons vu ailleurs maintenu pour les mots personne et âme. Voir Sermons inédits, p. 52-, et A^ S. inédits, p. 362-.

(2) Ms. infidèles.

hunlur omnia quae dicta sunt per prophelas de Fllio kominis. Le Fils de Dieu avoit une loi qui étoit écrite par les prophètes, et qui, de la bouche des prophètes, étoit passée dans son cœur : Et legem tuam in medio cordis mei, et il a appris que toutes choses vont être consommées en Jérusalem : Et consummabuntur omnia. Mais, divin Sauveur, retranchez quelque chose de la trahison de Judas. — A la lettre : tradetur. — Retranchez encore les ignominies. — Illudetur. — Retranchez ces coups de fouet — Flagetlabitur. — Retranchez de votre mort et de cette croix! — Cruciftgalur.

Ah ! mes frères, cet arrêt va bien loin de retrancher quelque chose d(î cette croix! Il ne retranche pas môme cette épine de cette tète; il ne retranchera pas un clou de ses mains ni un soufflet de ses joues ; il ne veut pas retrancher un seul coup de ce corps ; bien loin d'épargner une seule goutte de sang dans son corps, il versera jusqu'à la dernière goutte de son sang. Ah! n'est-ce pas observer cet arrêt jusqu'à la dernière formalité que de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang? Et consummabuntur omnia, etc. Et toi, chrétien, qui relâches de ta charité et qui n'as qu'une charité presque étouffée, tu veux borner ton obéissance, tu expliques ton obligation d'observer la tempérance, la pureté, la modestie, la charité et la gravité chrétienne. Hé I quand on t'entend dans les conversations, on voit que tu n'as pas le même zèle d'observer la loi et de faire ce qu'elle dit qu'auparavant. Impure, scandaleuse, mauvaise créature, on verra bien par ton assistance aux spectacles, que tu t'es oublié (1) de la modestie chrétienne! Hé! remonte en Jérusalem et là tu verras ce que fait le Fils de Dieu : Consummabuntur omnia, etc. Tu verras qu'il observe de point en point l'arrêt prononcé contre lui-même par son Père.

Mais ce n'est ici que le nombre des chrétiens relâchés et parce que le nombre des pécheurs abandonnés est plus grand, voilà pourquoi il faut le combattre.

La bassesse de leur pensée consiste en ce qu'ils ignorent l'énormité de leurs crimes et la grandeur de leurs péchés dans la transgression de la loi. Mais où est-ce que nous élèverons leurs esprits? Où trouverons-nous de quoi corriger

(1) VoirX 5. inédits, p. 223= et 399\

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