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leurs pensées? En Jérusalem, naes frères, et sur la croix. Et comment est-ce que la croix nous apprend, par sa rigueur, la grandeur et rénormité du péché? Raisonnons avec la théologie et surtout avec le grand saint Augustin, et disons que Dieu a voulu faire connoitre Ténorniité du péché, et par conséquent ce que c'est que la transgression de sa loi, par la punition du péché et par l'expiation du péché : par la punition du péché dans l'enfer, par l'expiation du péché sur la croix. Dans l'enfer, il fait voir Ténormité du péché; sur la croix [l'expiation du péché]. Dans l'enfer, il fait voir l'énormité du péché par la qualité des peines et par la durée des peines. La durée des peines n'est [autre] que l'éternité, la qualité des peines [n'est] autre que l'excès. Car elles n'ont point de bornes, Jésus-Christ dit lui-même, parlant par un Prophète : « Tant que je serai sur lateire, je ne frapperai que d'une main et je ne décocherai qu'une flèche, mais quand je serai dans l'enfer je frapperai de toutes mes deux mains, je décocherai toutes mes flèches et je ne regarderai pas oîi je frapperai. » Voilà qui fait voir la grandeur du péché par la peine du péché. Mais l'expiation du péché la fait connoitre encore davantage.
L'expiation est le second bien et le plus grand bien que Dieu a voulu tirer du péché. Car ne semble-t-il pas que sa sagesse vouloit que nous tirassions le bien du mal, comme remarque saint Augustin ? Mais dans l'expiation du péché il a voulu faire connoitre par là ce que c'est que le péché. Il est vrai que sur la croix nous ne voyons pas l'éternité de la peine du péché par la durée de ce supplice. Il est vrai que nous n'y voyons pas ce Dieu les années toutes entières et les siècles tout entiers, mais sur cette croix nous y voyons son énormité, par l'excès de la peine et par la grandeur véritable de celui qui souffre. Enfin, vous n'avez point de flammes qui puissent nous faire comprendre l'excès de la peine du péché. Je n'ai que faire de vous [le montrer] aujourd'hui. Il est question de monter en Jérusalem : ecce ascendimus Eierosoiynuun, et pour lors qu'ai-je à vous dire ? J'ai à vous dire que le Fils de Dieu ne souffre ces peines pour le péché que parce qu'il s'est rendu le pleige (1) et la caution du pécheur. Car, pour parler familièrement et solidement, hélas! lorsqu'un pauvre caution et un
1) Voir Sermon inédit sur la Passion de X. S., p. 38, ligne 17.
pauvre pleige est ruiné parce qu'il a répondu pour un autre, le créancier capitule avec lui et le traite avec plus de douceur : Fais tous tes efforts, fais tout ce que tu pourras : le débiteur me paiera la dette tout entière, mais, vous, faites vos efforts je vous en remets la moitié. Ah! mon Dieu, vous êtes mon pleige charitable, et votre charité vous a rendu la caution des pécheurs: Domine, tu scis insipientiam meam. Ah! mon Dieu, Ah ! mon Père, vous le savez. Il faut dire ce mot, mais vous savez la folie où je me suis engagé quand je me suis rendu le pleige des hommes : Domine, lu scis insipientiam. Et avec cela, quoique je sois la caution véritable des pécheurs, le Père Eternel n'en rabat rien. Oté l'éternité parce que ce supplice ne dure que trois heures, mais par la seule qualité, le supplice de la croix ne fait-il pas bien voir l'excès de la peine que le péché mérite? Mais avec cela, voulez-vous voir la plus infâme de toutes les trahisons ? Tradelur. Voulez-vous voir la plus grande de toutes les moqueries? llludetur. Voulez-vous voir le plus grand de tous les supplices? Cruci/lgetur. Ah! l'expiation du péché ne m'apprend-elle pas mieux ce que c'est que le péché que ne fait pas la punition de ce même péché?
Aujourd'hui, messieurs, les enfers et leur éternité, lesflammes avec leurs brasiers m'apprennent moins ce que c'est que le péché que la croix. Car, en enfer, ce sont des coupables qui souffrent, et sur la croix, c'est un innocent qui endure. Dans l'enfer, c'est la haine de Dieu qui est punie, et sur la croix, c'est l'amour des hommes qui est puni ; car le Fils de Dieu n'est puni sur la croix que parce qu'il aime les hommes. Ah ! mon Dieu, vous avez fait ressentir à cet amour des hommes sui la croix quelque chose de semblable que quand après le péché vous avez condamné la terre à porter des ronces et des épines. Nous y voyons quelque chose de grand. Car la croix, de soi, m'apprend ce que c'est que le péché. Mais une seule épine de la tète de ce Dieu m'apprend ce que c'est que le péché plus que toutes les épines de la terre. Mais, mon Dieu, une goutte de ce sang m'apprend plus que tout le sang des martyrs. Mais, mon Dieu, une seule goutte d'eau qui sort de ce cœur navré m'apprend plus de ce que c'est (li que le
(l) Voir N. S. inédits, p. 120'-, cet emploi de la proposition de après les verbes signifiant : connaître, savoir ce que c'est de. . .
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péché, que toutes les larmes de tous les pécheurs : Eijo vlr videns pauperialem meam. Mon Dieu, ce n'est pas d'aujourd'hui que je sais ce que c'est que le péché. Ecce ascencllmus, etc. Si je m'arrête à considérer en particulier ce que c'est que le péché, je vois Sodome et Gomorrhe abîmées dans le feu et dans le soufre. Mais si je remonte en Jérusalem, je vois un Dieu crucilié. C'est donc de vous-mômes [que] timilem habemus crucem cui cnicifîgemur el a peccalo redimimur, dit Clément Alexandrin. Tout l'enfer ne borne pas le péché, le déluge ne borne pas le péché, le châtiment de Sodome et Gomorrhe ne borne pas le péché. Et pourquoi '? Et parce que ce sont des pécheurs qui sont punis. Mais les souffrances de notre Dieu en croix mettent des bornes au péché, parce que c'est un innocent qui endure. Limitem habemus crucem, etc. Et des trois témoins qui déposent contre le péché, je ne crains que le dernier. L'esprit est le premier témoin qui dépose contre le péché, et Dieu est un esprit. Oui, pécheur : iion permanebil spiritus meus in homine quia caro est. L'eau est le second témoin, et Dieu l'a fait pleuvoir sur la tète des hommes. Mais le sang est le dernier témoin : ce sang qui fait l'expiation du péché et la rémission du péché, est un témoin qui nous fait voir mieux que les autres que nous avons péché contre la loi et qu'il faut corriger nos pensées dans l'esprit de Dieu et dans ces jours où l'on avale l'iniquité comme l'eau. C'est dans ces jours où l'esprit, le cœur et les sens ne goûtent point le crime et qu'on se laisse emporter à l'iniquité comme à un torrent : bibent omnes peccatores lerrae, dans ces jours, dis-je, où les pécheurs avalent l'iniquité comme l'eau. Ah ! montez en Jérusalem, élevez vos esprits, lâches fidèles, dans le retranchement de la loi, mais élevez vos esprits, lâches pécheurs, dans la transgression de la loi. Il faut tâcher de vous élever dans vos pensées de l'esprit, mais après vous avoir donné le moyen d'élever votre cœur dans ses affections. C'est à quoi je vais travailler dans la seconde partie de ce discours.