‹ Le Ton de Paris, ou, Les amans de bonne compagnieChapitre 28 sur 44 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Le marquis de Crécy, Mirville, la Vicomtesse, Diihois, Emilie.

Le Marquis. (Comme ll est sourd, il parle très haut). Ah ! vous êtes donc éveillée à la fin, Madame la libertine ? En un mot comme en cent, j'ai cru que vous ne vous éveilleriez jamais.

La A'icomtesse.

•Il n'est pas tard.

Le Marquis.

Hein 1

La Vicomtesse.

Il n'est pas tard.

Le Marquis.

Pour vous qui êtes jeune, mais pour moi, cela fait une différence. En un mot

comme en cent, j'ai déjà été à la messe, promener sur le quai, et il y a plus d'une

heure que je suis rentré.

La Vicomtesse.

C'est, bon-papa, que vous vous couchez de bonne heure.

Le Marquis.

Sûrement que cela porte bonheur. En un mot comme en cent, vous vous

LE TON DE P.vniS OU LES AMANS DE BONNE COMPAGNIE li)

porteriez mieux si vous ne passiez pas les nuits. Votre mari vous a-t-il dit que vous étiez en deuil, pour trois semaines, de Madame de Saucour ?

La Vicomtesse.

Non, mon bon-papa, il m'a dit seulement pour huit jours.

Le Marquis.

Hein !

La Vicomtesse.

Je dis, mon bon-papa, que M. de Sénanges ne m'a dit que pour huit jours.

Le Marquis.

Cela est bien aisé à savoir ; elle étoit Mademoiselle de Tonins, fille d'un

Ferval, qui avoit épousé en premières noces un Marquis de Bon, dont le père a été

tué à Malplaquet, et qui s'étoit remarié en secondes noces à la sœur du premier

lit de mon grand-père.

La Vicomtesse.

Mon bon-papa, qu'est-ce que cela lui fait à elle ?

Le Marquis.

Elle avoit été belle, mais elle ne l'étoit plus. En un mot comme en cent, elle

avoit près des 80.

La Vicomtesse.

M. de Mirvijle, voulez-vous me donner ma boîte ?

Le Marquis.

Monsieur, je vous demande un million de pardons de mon impertinence, je ne m^apercevois pas que je suis au-dessus de vous.

Mirville .

Vous vous moquez, M. le Marquis, je vous supplie de me traiter avec bonté.

La Vicomtesse.

Ne faites pas de complimens à M. de Mirville, mon bon-papa.

Le Marquis (se levant).

Monsieur, j'étois fort serviteur, de feu Monsieur votre oncle; j'ai acheté de lui ma compagnie de cavalerie dans Vermandois, en 14 ; et il me fit l'amitié de me vendre en même temps une petite jument souris, pour ^5 pistoles, qui fut tuée sous moi, en 17, lorsque je fus. . .

M. DUBOURG (vieux niaître-d'hôtel) .

M. le Marquis est servi.

Le Marquis.

Je vous suis, M. Dubourg . . je m'en vais manger mon vcrmichel. Je vous

baise bien les mains (Il sort).

Mirville.

Sans M. Dubourg, je crois que j'aurois fini par prendre le deuil de la petite jument souris. Encore une visite, et je suis perdu, car je pars après-demain.

La Vicomtesse.

Comment, après-demain !

Mirville.

Ne faut-il pas que j'aille à mon régiment, pour la nouvelle formation .''

La Vicomtesse.

Qu'est-ce que ça, la nouvelle formation ?

]MlRyiLLE.

Ne faut-il pas que je vous l'explique ?. . . Tenez, demandez-le à Marsal : il le sait sur le bout de son doigt. C'est peut-être le seul moyen d'éviter une explication.

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