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SCÈNE X Mirville, Marsal, la Vicomtesse

MmVILLE (en uniforme).

Je viens prendre vos ordres pour Strasbourg, Madame la Vicomtesse ; M. de Marsal, soyez le bien revenu.

La Vicomtesse d'air un peu embarrassé).

Vous allez donc à votre régiment, M. de Mirville? Quand partez-vous?

Mirville.

Demain au soir. Madame. Cette petite gaieté-là de M. de Saint Germain ne laisse pas que de me contrarier, j'y perdrai plus que l'Etat n'y gagnera.

Marsal.

C'est un superbe plan militaire et la réunion de tout ce qu'il y a de plus superbe dans les armées du Nord.

Mirville.

Je crois que nous vous avons l'obligation d'une grande partie de tout cela, M. de Marsal; vous êtes dans la bouteille à l'encre.

Marsal.

Je voudrois de bon cœur pouvoir contribuer à faire le bien : mais je n'ai

nullement la confidence du Ministre, je vous jure. On pardonneroit plus aisément

à la nouvelle ordonnance, si elle n'exigeoit pas de l'exactitude, et si elle ne tiroit

pas de Paris Messieurs les Colonels qui sont tous fort zélés, tant qu'il n'en faut

pas sortir.

Mirville.

Dites-en du mal tant que vous voudrez. Dieu me préserve de prendre leur

parti. J'en connois cependant beaucoup qui ont des congés dont ils ne veulent

pas profiter. Moi, par exemple, cela ne m'empêche pas d'être fort contrarié de

quitter mes affaires et mes plaisirs, pour une chose dont je ne vois pas l'avantage :

mais cette conversation, fort instructive pour la jeunesse, doit être mortellement

ennuyeuse pour la Vicomtesse. Une plus plaisante nouvelle est que Madame de

Gremouville vient de quitter la dévotion pour le petit Chevalier de Versac qui a

refusé toute capitulation de mystère : non seulement il veut l'afficher, il veut

même qu'elle l'affiche et ne consent à quitter la petite Julie de l'Opéra, qu'au cas

qu'il soit content de la conduite de Madame de Gremouville. Vous m'avouerez

qu'il est parfait \{\xe le petit Chevalier soit difficile en principes avec cette

sainte-là.

Marsal.

Madame de Gremouville est une femme sage et respectable, sur qui l'on a fait, pour lui nuire, une histoire qui n'est certainement pas vraie.

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MmviLLE.

Je ne prends pas plus le parti des histoires que des Colonels, mais je parie mille louis pour celle-là. Versac mettra sa Dame de moitié, elle fera un excellent marché : car sa vertu n'a sûrement jamais valu cinq cents louis.

Marsal.

Je vous demande pardon ; mais cela ne me fait pas changer d'avis sur son compte : vous ne la jugez pas comme elle mérite de l'être.

MiRMLLE.

Oh ! mon Dieu, je ne la juge pas et n'en ai nulle envie. Je m'en contente, pour faire beau jeu aux amateurs, de parier mille louis qu'elle a quitté d'Apremont et le rouge pour la dévotion, et la dévotion pour Versac. S'il m'en coûte mille louis pour ne le pas prouver, il me semble que je serai assez puni.

La Vicomtesse.

Si Madame de Greniouville a quelques torts, elle est bien à plaindre ; car sa sévérité impitoyable ne lui donne pas de droits à l'indulgence du public.

Marsal .

Vous ne l'avez pas éprouvée cette sévérité, elle vous a toujours regardée

comme sa fille.

La Vicomtesse.

J'en conserve la reconnoissance que je lui dois; elle seroit plus grande, si elle ne se fût moins déchaînée contre plusieurs de mes amis.

Marsal.

Elle ne s'est jamais déchaînée contre vos amis. Elle n'a peut-être pas ménagé

toutes vos connoissances, et vous avez maintenant une société si nombreuse que

cela est excusable.

MiRVILLE .

Cela n'est pas charitable, au moins. Quant à moi, je ne trouve pas qu'elle ait tort de me vouloir du mal; car je ne la regarde pas comme mon prochain, ni Madame de Rufée non plus; et cela, parce que je suis bon chrétien et que je veux aimer mon prochain.

Marsal.

Madame, souperez-vous demain chez Madame votre belle-mère ?

La Vicomtesse.

Je le crois — mais si fait.

Marsal.

En ce cas j'aurai l'honneur de vous y faire la cour. (Il sort.)

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