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CHAPITRE XX

Les habitants. — Caractères physiques et moraux. — Costumes. — Habitations. — Nourriture. — Mœurs et coutumes. — Les Tonkinois aquatiques. — Les peuplades indépendantes.

Les Tonkinois appartiennent à la famille annamite qui peuple les pays s'étendant depuis les bouches du Mékong jusqu'à la frontière chinoise.

< Les Tongkinois, dit Dupuis, dans son Journal de voyage, « ont le nez moins épaté que les Chinois, et les pommettes « plus saillantes. Ils ont des membres un peu frêles, la barbe « peu fournie et le teint olivâtre. La figure des hommes est « peut-être trop carrée et celle des femmes trop ronde ; mais « ils rachètent ces défauts par d'autres avantages, tels que « la belle prestance du port, la finesse de la peau et de beaux « yeux noirs cachés sous d'épais sourcils. Ils ne coupent « jamais leurs cheveux qui sont d'un noir d'ébène, et les por- « tent aussi longs qu'ils peuvent devenir. Ils les rassem- « blent derrière la tête en forme de chignon, et les maintien- « nent dans cette position à l'aide d'une épingle. Leur taille « est d'ordinaire plutôt petite que grande. Un des traits carac- « téristiques de leurs mœurs consiste dans l'habitude qu'ils « ont d'échanger des cadeaux en toutes circonstances. Il ne « faut songer à se présenter nulle part sans être précédé ou « suivi d'une offrande. » Ajoutons que leur démarche est bizarre et parailfort hardie, surtout chez les femmes; les dents sont noircies, non par l'usage du bétel, comme on le croit d'ordinaire, mais par une drogue de composition chinoise.

Les Tonkinois sont doux et dociles, patients par nature, entêtés par amour-propre, réfléchis, timides, enjoués, puérils jusqu'à l'enfantillage, dépensiers. Ils aiment le jeu avec frénésie, les plaisirs, les théâtres. Ils ont un rare talent d'assimilation que tous les voyageurs, que tous les officiers ont constaté. Ils sont intelligents, actifs et perfectibles. Ils imitent

déjà avec succès les produits de nos industries. Ils s'exercent à la serrurerie, à la manœuvre des machines. Ils forment des élèves appliqués, attentifs aux leçons du maître français. Ils fourniront d'excellents interprètes, des instituteurs, des employés. Le courage ne leur fait pas défaut. L'on sait avec quel héroïsme ont combattu à côté des zouaves et des turcos les tirailleurs tonkinois.

Leurs qualités ne vont pas sans de grands défauts qui tiennent à l'oppression dont ils ont été si longtemps les infortunées victimes. Ils sont, sauf les lettrés, fort ignorants, menteurs, dissipateurs, inconstants , prêts à tout entreprendre et à tout abandonner. Ils aiment trop le luxe, la parade, le cérémonial, la politesse affectée et obséquieuse; ils sont d'une grande malpropreté. Entraînés par un fatal amour du jeu, ils perdent leur salaire et jusqu'à leurs vêtements. Ils contractent des dettes qu'ils ne peuvent payer; ils tombaient dans l'état de servitude avant notre arrivée.

Leurs costumes ne manquent pas d'originalité: « Les hommes, ditM. de Bizemont (1), sont vêtus d'unlarge pantalon noue à la ceinture et d'une robe ou tunique flottante boutonnée sur le côté ; le grand luxe est de porter plusieurs de ces robes l'une par-dessus l'autre, celle du dessus étant alors en soie noire brochée. La coiffure est un turban de crêpe noir ou bleu surmonté d'un chapeau en forme d'entonnoir évasé qui se nomme « haute montagne ». Les pieds sont chaussés de sandales en cuir rouge. Pour travailler, les hommes du peuple remplacent la robe par une veste courte en cotonnade et le turban par un simple mouchoir noué autour de la tête. Souvent aussi on les voit le torse nu. Ils portent toujours à leur ceinture une petite bourse en satin enrichie de broderies où ils mettent le bétel, les cigarettes et leur argent.

« Il faut une certaine perspicacité pour distinguer dans la rue les hommes des femmes ; le costume de celles-ci ne diffère le plus souvent que par la longueur du pantalon et aussi par leurs bijoux, quand elles en ont. Voici, au surplus, quelle est la toilette d'une élégante : un habit de dessous très court et à manches étroites, une robe de dessus longue et de la couleur préférée, bleu du ciel, ponceau bleu indigo, blanc ou vert; le suprême bon goût est de porter un pantalon de quatre couleurs éclatantes disposées en bandes vertcales. Pour se coiffer, elle prend de la main gauche ses cheveux rejetés en

(1) U Indo-Chine française, p. 8Ô-SG.

Tonis et Tookinoit-e

arrière et les enduit d'huile de coco, plus ou moins parfumée, puis, les retournant sur la même main, elle forme un chignon qui tombe assez bas sur la nuque. Un large chapeau de paille tombant droit abrite du soleil et de la pluie. Les femmes annamites aiment beaucoup les bijoux; elles s'en parent la tête, le cou, le bras et les pieds; suivant leur fortune, ils sont en or, en argent, en jade ou en verre. Les bracelets sont différents pour les trois périodes de la vie, selon que la femme est nouvelle mariée, mère de famille ou vieille; ils représentent des animaux chimériques et symboliques. Les bagues affectent trois formes : plates, à facettes ou à fleurs. En marchant elles se dandinent, les bras ballants, et tiennent à la main un grand mouchoir qu'elles jettent parfois sur leurs têtes ou sur leurs épaules. Elles mâchent toutes le bétel, ce qui donne à leur salive un aspect sanguinolent fort peu agréable. On assure que cet usage conserve la dentition. »

On lira avec plaisir un extrait d'une lettre qu'une Française au Tong-Kin adresse de Hanoï aujournal le Temps, etoù se trouvent des détails bien charmants sur les Tonkinoises :

« La Tonkinoise très jeune est certainement supérieure à l'Annamite de Gochinchine. Les pieds que n'a jamais déformés la pression de la chaussure, ces jolis pieds, aux doigts un peu trop écartés, soutiennent un corps droit, bien moulé, dont l'allure rappelle celle de la jeune fille biblique allant à la fontaine et portant sur l'épaule « l'urne où s'abreuveront les buffles haletants, » Le costume évoque aussi cette vision : le « Icehao » ou tunique fendue sur les côtés s'échancre en pointe surlapoitrine et laisse apercevoir une sorte de cache-poitrine, pièce d'étoffe tantôt rouge, tantôt blanche, tantôt d'un rose très vif.

« Le teint bistré, mais remarquablement lisse et uni, est relevé, disons plutôt sali, souillé par le rouge sanglant que donne aux lèvres l'habitude du bétel.

« Le nez, petit, trop petit, est à peine écrasé.

« Les yeux sont noirs, malins, avec je ne sais quoi d'enfantin et d'innocent.

« Leur coiffure est d'un arrangement savant, mais donne un effet de simplicité. Les cheveux, toujours longs, d'un noir bleu, sont séparés au milieu du front, rassemblés derrière et tordus dans toute leur longueur, puis enfermés dans une gaine cylindrique formée par une bande d'étoffe noire ou blanche. Ce long rouleau est tourné en diadème autour de la tête, ne laissant voir devant que les deux bandeaux «à la Vierge », qui

donnent à ces jeunes filles une expression de dignité modeste.

t Par-dessus, l'énorme chapeau de feuilles de palmier, très seyant, semblable à un dessus de guéridon à rebords, mais à rebords baissés, ornés de glands de soie écrue ou noire qui pendent de chaque côté delà tête; elles le retiennent àlamain par une espèce d'anse en soie qui tombe jusqu'à la ceinture

« Elles saluent en soulevant leur chapeau etle renversent de côté sur l'épaule gauche. Souvent aussi elles vont tête nue, le chapeau accroché à l'épaule. >:

Le deuil consiste simplement à porter des effets non ourlés et s'effrangeant par le bas en signe de tristesse.

a Les lois somptuaires sont rigoureusement observées dans le royaume d'Annam. Le roi seul peut se vêtir de jaune vif et écrire sur du papier jaune ; les livrées de ses gens et de ses éléphants sont de même couleur. Le rouge est réservé aux mandarins de haut rang et le bleu aux fonctionnaires inférieurs.

« Le costume d'apparat des mandarins se compose d'une grande robe à vastes manches en soie brochée d'animaux et de dessins fantastiques diversement coloriés; le bonnet est une calotte noire contenant les cheveux, sur laquelle sont appliqués des ornements dorés; de chaque côté de cette coiffure s'étalent horizontalement deux ailettes étroites, longues d'un pied, en gaze brodée de fils d'or et ressemblant à des ailes de libellule. La taille est entourée d'un cerceau orné de pierres précieuses ; en arrière, à hauteur de cette ceinture, débordent des sortes de nageoires inclinées. Une pièce de soie carrée appliquée sur la poitrine porte les signes caractéristiques de leurs grades '• un sanglier pour les militaires, une cigogne pour les civils. Les pieds sont chaussés de bottes chinoises à grosses semelles blanches. Une palette d'ivoire qu'ils tiennent à la main est l'emblème du commandement ; ils la placent devant la bouche par décence quand ils bâillent ou toussent. Tous les lettrés ont les ongles très longs; parfois ils atteignent 25 centimètres et se contournent en spirales; un seul doigt reste privé de cet appendice bizarre afin de pouvoir se gratter, opérationtoujours laborieuse chez les Annamites.

« Les mandarins se font toujours porter dans des hamacs, même pour les plus courts trajets, et abriter du parasol, insigne de leur dignité; à Hué, ils n'en ont jamais qu'un, mais en province ils s'en adjugent deux, ou même plus, suivant leur rang. Le hamac est en coton ou en soie, rouge pour les hauts mandarins, bleue pour les autres ; il est suspendu sur

une grande traverse rouge ornée de dorures et appuyée sur les épaules de deux hommes ; parfois une toiture garnie de

Mandarin en costume d'apparat.

rideaux abrite le mandarin. En avant du cortège, un coureur fait ranger les passants à coups de rotin ; un groupe de domestiques suit, avec la pipe incrustée, la boîte à bétel, du papier,

l'éeritoire, le service à thé. Si le mandarin est militaire, il se fait précéder de son sabre à fourreau incrusté de nacre.

Les habitations diffèrent selon quelles sont occupées par des riches ou bien par des pauvres. Les paillottes sont faites en bambou, construites parfois sur pilotis, couvertes de chaume. Les murailles sont garnies de vase durcie au soleil. Les différentes pièces sont séparées par des nattes, par des cloisons en planches. L'ameublement est grossier comme le logis; et pêle-mêle, avec des animaux domestiques, dans une saleté repoussante, vivent les hôtes de la paillotte. Les habitations des riches sont de vraies maisons en briques, couvertes de tuiles.

Pénétrons dans l'intérieur d'une demeure. Aussi bien M. Bernard, médecin delà marine, nous invite aie suivre dans le logement de Mytho, jeune femme annamite (1) :

« Un étroit escalier de bois, où nous sommes suffoqués par l'odeur sauvage des petits bâtons brûlés à Bouddha, ou aux ancêtres, nous conduit aux pièces exiguës de l'étage supérieur, car il y a un étage ici, ce qui est. une grande exception et un grand luxe. Les murs sont, à l'intérieur, tapissés de sentences et de prières imprimées en noir sur du papier rouge. « Tchâ ! Tchâ ! Père ! Père ! » s'écrie Mytho à notre vue, expression d'une grande surprise et en même temps d'une grande joie ; et, joignant ses mains, elle les rapproche de sa poitrine et les secoue légèrement en hochant la tête. « Tchin, tchin quouan ! Bonjour, bonjour ! » Ainsi saluent toujours Annamites et Chinois, comme leurs bonshommes de porcelaine qui branlent leur petite tête à balancier....

a Sanssesdentsnoires, ses yeuxbridés etsonnez épaté, Mytho serait une femme passable. Elle a sacrifié à ses amis l'ignoble habitude du bétel, et elle se pare pour eux de ses plus coquettes houppes de soie dans le chignon, de ses plus beaux bracelets de jade ou de stéatite, de ses plus soyeux habits de soie jaune ou bleue. Ses doigts maigres jouent avec un grattedos, petite main en ivoire emmanchée d'une longue baleine. Des stores de bambous peints en vert et rehaussés de paysages fantastiques, avec des nuages rouges et des arbres bleus, ne laissent arriver dans la maison qu'un jour blafard et verdâtre; contre l'un des murs de la pièce où Mytho nous reçoit est dressée une estrade de bois, sorte de lit de camp, qui sert tout à la fois de siège et de lit de repos dans la journée;

U) De Toulon au Tong-Khi, p. 214-21 8.

quelques bancs, quelques tabourets de bambou s offrent aux visiteurs; enfin, dans les coins se rangent, contenant les vêtements et les bijoux, de grands coffres qui servent aussi de siège et de lit, selon la circonstance, et auxquels le vernis huileux du tong-chon donne une délicieuse couleur de vieux bois, un charmant aspect de meuble antique. Des nattes de jonc très artistement dressées, rayées de rouge et de jaune, couvrent le plancher, et de tous côtés, sur le sol, des vases peints de chinoiseries en bleu pâle, des jardinières minuscules en porcelaine, cubiques et grosses comme des encriers, élèvent, ainsi que dans un parterre de théâtre, leurs fleurs d'arums aquatiques, leurs pivoines éclatantes et leurs chrysanthèmes aux reflets d'or ou de sang. Une simple cloison de papier rouge divise cette pièce en deux parties et cache la chambre ou plutôt l'alcôve. Des draperies de soie bleue tendent ce réduit, et sur le fond fané brillent en relief des bonshommes grotesques et des dragons fantastiques brodés avec des fils d'or et de soie. Là, sous des courtines semblables aux tentures, est dressé le lit. C'est encore une large table basse, à quatre pieds, et légèrement incliné; des nattes un peu plus fines tiennent lieu des matelas, la tiédeur de l'atmosphère tient lieu de couverture, et c'est tout.

« Les oreillers sont de simples cubes, de simples parallélipôdes de bois ou de rotin, ou bien de petites planchettes ovales, que supportent deux ou quatre petits pieds peu élevés. Pendant que les femmes dorment, les malheureuses! ce n'est pas leur tête qui repose sur cette planchette recourbée en croissant, c'est leur nuque seule, le crâne portant à vide ; le monument compliqué de leur coiffure, de celle des Chinoises surtout, est ainsi ménagé et peut n'être refait que tous les trois ou quatre jours. Entrer chez un indigène, c'est aller boire du thé quelque part, et Mytho se garde bien de manquer à ce devoir sacré de l'hospitalité chinoise. De petites tables sont apportées par une vieille duègne édentée, petite, laide, ridée, ratatinée, racornie, semblable à un escargot bouilli tiré de sa coquille, un idéal de laideur enfin, et, des théières enfermées dans des paniers de rotin capitonnés, le thé ambré et fumant coule à flots dans les tasses de porcelaine mince qu'on recouvre d'un couvercle semblable à une soucoupe renversée. Mytho, accroupie sur son estrade, a étendu devant elle une guitare demi cylindrique et longue comme une poutre, une vraie moitié de billot creux, dont la convexité porte une multiple série de longues cordes parallèles, et elle en tire des

LE TONG-KIN. li

accords plaintifs et des symphonies tristes et monotones. Contre la muraille du fond brillent, dans la demi-obscurité, les écrans dorés de l'autel domestique, autel qui a sa place marquée jusque dans les plus misérables demeures. Devant le dieu, qui rit d'un large rire, brûlent des baguettes parfumées. L'une d'elles est graduée, de sorte que le feu qui la consume lentement indique l'heure, selon la marque à laquelle il est arrivé quand on la consulte. C'est un moyen ingénieux et économique de remplacer les pendules et les montres. »

La nourriture des Tonkinois se compose de riz, de porc, de poulets, canards, œufs, poissons, légumes : le tout est relevé par le nûôc-mdm, saumure d'eau salée et d'épices qui répand une odeur désagréable. L'on sert à la table des fruits de toute espèce: bananes, oranges, mangues, goyaves, ananas, grenades, melon d'eau, cocos. Aux repas de noces, on mange du buffle, des pâtisseries, de la chair de crocodile. Les Tonkinois ont parfois un goûtdépravé pour laviande putréfiée, pour les veaux mort-nés, pour les vers à soie frits dans la graisse, pour les fourmis et les abeilles. L'on fait souvent des beignets avec de l'argile pétrie, des herbes et du sucre. Les repas n'ont jamais qu'un seul service: tous les mets sont servis à la fois dans des écuelles d'où chacun retire sa portion au moyen de baguettes soit en ébène, soit en ivoire. Les convives sont accroupis à la turque, sur la table même. Ils ne boivent jamais pendant le repas : avant de manger, on apporte un peu d'eau de riz fermenté ; on se retire après avoir bu plusieurs tasses de thé. Les femmes du peuple n'assistent jamais au repas et mangent à part (1).

La femme a fort à faire aussi dans le ménage. Elle prépare la nourriture; elle décortique le riz, égrène le coton, s'occupe do la basse-cour, tisse les étoffes. De nombreuses Tonkinoises conduisent avec habileté des barques nommées samjiuns. « La baie d'Halong et tout l'archipel des Faï-tsi-long « sont peuplés d'une infinité de ces petites embarcations en « bois, avec une légère cahute au milieu où vit toute la « famille, mari, femme, frères, sœurs, et une quantité incroya- « ble d'enfants qui grimpent tout nus sur la paillotte et que « l'on croirait à chaque instant près de tomber dans l'eau : « cela n'arrive jamais pourtant, et, sachant à peine marcher, « toute cette marmaille se met aux avirons comme ses parents.

(1) Voir, si l'on veut des détails complets :« Comment le Tong-Kin mange un des chapitres les plus curieux de M. Faul Bourde.

LE TONG-KIN. 2] ï

Tout le monde, quels que soient l'âge et le sexe, manœuvre successivement les avirons extrêmement primitifs placés à l'avant et à l'arrière des sampans. Les Annamites nagent debout comme les gondoliers, avec un gracieux mouvement en avant; les femmes surtout sont, malgré leurs haillons et leur saleté, parfois fort agréables à regarder dans l'exercice de cette fonction, qui constitue leur seule occupa- « tion. »

Si « le Tong-Kin aquatique » est intéressant à observer après « le Tong-Kin terrestre », il l'est pourtant moins que le « Tongiung montagnard », que le pays où vivent les peuplades barbares connues sous le nom de Phou-tay.Làle pays est soumis au régime féodal ; là chaque tribu obéit à son seigneur appelé dao-muong ; là certaines mœurs de l'âge primitif subsistent dans leur entière pureté : « Les sauvages ont en général un caractère doux et conciliant, et pratiquent entre eux une grande charité qui les porte à s'entr'aider, à se secourir mutuellement dans leurs travaux et leurs besoins.... Dans les moments de disette, en temps de famine, les familles qui n'ont plus de riz ou de maïs pour subvenir aux besoins de chaque jour, vont en demander aux maisons voisines, qui jamais ne refusent; et, pour peu que la famine durequelque temps, toutesles maisons, richesetpauvres, se trouvent réduites au même point, c'est-à-dire doivent aller à la montagne chercher des racines, pour se procurer quelque nourriture. Si quelqu'un dans le village veut bâtir une maison, tous les habitants du village viennent à son aide sans exiger de salaire ; les sauvages, en effet, ne se mettent point à gage et ne font point de corvée pour de l'argent, sinon très rarement. Le chef de la maison devra seulement témoigner sa reconnaissance en offrant un repas à ceux qui l'ont aidé à bâtir sa maison (1) ».

Il) Mahé de La Bourdonnais, Les peuplades barbares du Tong-Kin. Revue scientifique, 21 juillet 1SS6.

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