TRAFIC PAR LE FLEUVE ROUGE
Les rives du fleuve Rouge sont susceptibles de devenir le siège d'entrepôts commerciaux ; le trafic qui s'y fait depuis un temps immémorial, malgré les événements qui ont sans cesse troublé le pays, est déjà d'une activité constatée.
L^ouverture par la vallée du Tonkin, de relations commerciales avec le sud de la Chine est l'un des résultats les plus importants que la politique française doive chercher à obtenir en Indo-Chine.
(Voyage d'exploration en Indo-Chine, par F. Garnier, 1866-68.)
Ainsi parlait Francis Garnier, au retour de Tex-
pédition du Mékong, alors qu'il venait de voir le fleuve Rouge, et de constater les avantages commerciaux à en retirer.
En décrivant les derniers voyages de J. Dupuis, Tun de ses compagnons retrace le cours du fleuve, dit le trafic qui s'y faisait il y a vingt ans, la facilité des communications, et la sécurité absolue que Ton trouvait dans ces parages :
M. Dupuis, négociant français, est le premier européen qui ait suivi le cours du fleuve Roùge, et constaté la navigabilité du fleuve en toute saison... Grâce à son initiative, il est permis d'espérer qu'avant peu un commerce considérable d'importation et d'exportation pourra être offert à l'activité des nations européennes.
... M. Dupuis estime que, dans quelques années, le transit par le fleuve Rouge atteindra au moins la moitié de l'importance de celui du Yang-Tsée. Ce transit est la seule voie économique et réellement pratique qui permette aux Européens d'établir les rapports commerciaux avec plusieurs provinces du Sud-Ouest de la Chine, avec le Laos, et avec le Thibet.
{Le Cours du fleuve Rouge au Tongkin, d'après les notes et renseignements de J. Dupuis, par D. Ducos de la Haille, ingénieur colonial, 1871, écrit en 1874.)
L'importance et le parti à tirer de la voie du fleuve Rouge nous paraissent exactement déterminés, dans les considérations suivantes, que Francis Garnier soumettait en 1872, à la Société de Géographie :
Notre industrie écrasée par de lourdes charges, notre commerce en partie ruiné par la guerre, ne sauraient, sous peine d^un anéantissement complet, rester étrangers ou indifférents à des tentatives on à des préoccupations de la nature de celles dont je vous entretiens. Il n y a pas d*avenir ou de concurrence possible pour nos manufactures si nous ne réclamons pas notre part des consommateurs chinois, ou si nous continuons à payer à des intermédiaires anglais ou américains, une commission onéreuse sur les matières premières venues de Chine. Il importe donc de rechercher la voie par laquelle nous parviendrons à notre tour à établir des fructueuses communications avec le Céleste-Empire. Déjà, au retour du voyage d'exploration qui a coûté la vie au regretté commandant de Lagrée, j^avais essayé d^attirer Tattenlion du gouvernement sur Timportance commerciale et politique qu'aurait pour la France l'exploration du Tonkin. Je vais essayer de vous démontrer aujourd'hui que ce fleuve est Tune des routes les plus courtes, les. plus avantageuses, qui s'offrent à nous, pour pénétrer dans Tintérieur de la Chine, et que nous n'avons que peu à redouter par cette voie, la concurrence des autres nations européennes.
Pour le démontrer, Garnier étudie successivement toutes les routes commerciales établies ou en projet qui conduisent à la Chine.
... Le commerce, il faut bien le dire, dans toutes les régions accidentées, chez tous les peuples qui ne disposent que des moyens de transports rudimentaires, cherche surtout les voies fluviales. C'est pour cela qu'aujourd'hui tout le commerce de Chine converge vers le fleuve Bleu, cette puissante artère qui traverse tout l'Empire sur une étendue de plus de 3,000 kil. avant d'aboutir à Chang-Haï. C'est
pour cela qu'après Touverlure de ce dernier port, Canton et Hong-Kong, qai avaient monopolisé jusque-là tout le commerce de la Chioe avec TEurope, ont vu décroître si rapidement leur importance. C'est pour cela aussi que j'espère en Tavenir de la route commerciale française dont il me reste à vous entretenir maintenant.
... La route du Tonkin est également préférable à celle du fleuve Bleu ou à celle du fleuve de Canton, pour toutes les productions spéciales du Yunnan, à la partie Sud-Ouest du Se-Tchoaen, à la partie Sud-Est du Tibet, et ces productions sont suffisantes pour alimenter le commerce le plus actif et le plus avantageux.
... Pour ouvrir à nos produits cette région encore inexploitée par les Européens, pour en recevoir directement les précieuses matières premières qu'elle peut nous livrer, nous n'avons donc qu^à utiliser ce qui existe, ce que la nature et ce que les traités ont mis entre nos mains...
{Des nouvelles routes de commerce avec la Chine^ par Francis Garnier, 1872.)
M. Joseph Chailley a étudié, lui aussi, les dernières routes commerciales pour aller de la côte au Yunnan. Il démontre que la voie du Yang-Tse^ ou fleuve Bleu, qui est la plus fréquentée par le commerce chinois, offre de grandes difficultés : elle est longue, pénible et exige des transbordements; la durée du voyage est de 80 jours, dont 22 de marche. Par la Rivière des Perles ou la Rivière de Canton, la route est non seulement longue et difficile, mais encore dangereuse ; une partie doit se faire à pied :
la durée du voyage est de 70 à 75 jours pour gagner le Yunnan.
On voit aisément à quel prix élevé se font les transports. Approximativement, le transport d'une tonne de marchandises au Yunnan coûte : 880 fr. par le Fleuve Bleu ; 950 fr. par la Rivière de Canton ;9&0 fr. par la route terrestre de Bahmo; et 450 fr. seulement par le Fleuve Rouge et Laokaï.
Les routes par terre, soit en Chine même, soit dans la Birmanie, ne valent guère mieux.
La meilleure de toutes, on ne saurait assez le répéter, est celle que nous possédons, celle du fleuve Rouge.
En face de toutes ces routes, fluviales ou terrestres, qui exigent, pour pr^nétrer au cœur du Yunnan 80,75, 25 jours, conclut M. J. Chailley, celle du Tonkin se présente avec dUnconleslables avantages. Nulle frontière ne met les étrangers plus que celle-ci près du centre de la province. Laokaï, la dernière ville tonkinoise, le point terminus de la navigation, est à deux jours de Manhao (ou Manghao), à cinq jours de Meng-Tsu, entrepôt commercial important, et à dix jours de Yunnan-Fu, la capitale. Pour remonter de là jusqu'à Laokaï, il faut actuellement quinze jours au minimum. Mais il ne fait pas de doute que bientôt la navigation ne soit beaucoup plus rapide. Actuellement les chaloupes à vapeur s'arrêtent à Hong-Hoa (en 1887) ; il est très probable que la pose d'une chaîne de touage, Fadoption d'un type de bateaux comme ceux qui remontent le violent courant du Rhône et certains travaux de mine autour des principaux
rapides, permettront de remonter sans grands frais jusqu'à Laokaï, en bateau à vapeur.
{Paul Bert au Tonkin, par J. Chailley, 1887.)
Cette question du trafic par le fleuve Rouge a vivement préoccupé M. de Kergaradec, lors de ses reconnaissances.
La douane de Gia-Dû, écrit-il dans son rapport, est la seconde à laquelle les barques parties de Hanoï devront acquitter les droits, qui sont les mêmes qu'à Trang. J*ai longuement cansé avec le préposé chargé de sa direction^ qal est, je crois, chrétien, et par conséquent plus disposé à répondre à nos questions. Il se plaignait de la stagnation du commerce. Autrefois dit-il, les échanges par la voie du fleuve étaient considérables, et les marchands de Hanoï faisaient fréquemment partir pour la frontière des convois de 20 et 30 barques. Mais... depuis 13 à 14 ans, le commerce n'est plus que la centième partie de ce qu'il était autrefois. Il est vrai que la paix est rétablie ; mais les Chinois du drapeau noir, établis à la frontière, cherchent à monopoliser le comnxerce, et font payer à toutes les marchandises des impôts énormes et arbitraires.
... L'argent est rare dans le Haut-Fleuve, et il ne s'y fait, à proprement parler, qu'un commerce d'échange. On y apporte principalement du Yunnan, de l'étain, du thé et de Topium, tandis que les sauvages des environs approvision. nent le marché... de produits du pays. Les marchands d'Hanoï viennent de leur côté y vendre du coton, du tabac pour la pipe à eau, et surtout du sel marin, objet de première nécessité dans tout le pays environnant, et très recherché au Yunnan, où l'on retire cette denrée à grands frais de quelques mines très éloignées les unes des autres.
11 n*cst pas hors de propos de rappeler ici que, diaprés les renseignements recueillis en 1868^ par la commission da Mékong, le prix moyen du sel était, aux mines, d'environ
12 francs le picul, et qu'à cause de l'occupation par les musulmans de quelques-unes de ces mines, il atteignait alors à Yunnan-Fou, le prix éi^orme de 2 francs par kil. ou 120 francs par picul, alors qu'il coûte ordinairement à Hanoï, 3 à 3 fr. 50 c. Les marchands de Hanoï trouveraient donc à la frontière un marché des plus avantageux, s'ils pouvaient échanger leur sel contre de l'argent ; mais, diaprés les coutumes, ils en recouvrent le prix en nature.
M. de Kergaradec énumère les impôts arbitrairement établis et perçus le long de la rive, puis il conclut :
Puisque, malgré la longueur, les difficultés et les dangers de la route, le commerce du fleuve Rouge se poursuit encore, en dépit de pareilles exactions, est -il téméraire d'affirmer quUl prendrait un développement considérable le jour où on y mettrait un terme?
{Rapport sur la première réconnaissance du fleuve du Tonkinj par M. de Kergaradec, consul de France à Hanoï, 1876-1877.)
Lors de son second voyage sur le fleuve Rouge, qu'il remonta jusqu'à Mang-hao, il recueillit encore d'autres observations intéressantes, spécialement sur le marché tonkinois de Laokaï qui se trouve sur le fleuve, à la frontière.
... On ne peut douter que la position de Laokay ne désigne
ce point pour devenir Tentrepôt du commerce important qui s'établira par le fleuve Rouge; et, pour ma part, je suis d'avis que c'est là, et non ailleurs, que les marchandises européennes viendront s'échanger contre les produits da Yunnan.
... En somme, j'ai trouvé tous les commerçants chinois, tant à Manghao qu'à Mont-tse et ailleurs, extrêmement favorables à l'extension du commerce par la voie du fleuve Rouge. Les impôts perçus en Chine par le gouvernement provincial sont modérés, et personne ne. s'en plaint.
{Rapport sur la seconde reconnaissance du fleuve du Tonkin, par M. de Kergaradec, 1884.)
Devant la commission d'enquête parlementaire des crédits pour le Tonkin, M. Lemaire, ancien résident général à Hué, répondait à cette question de M. Thomson, député : « Croyez-vous qu'il y ait un courant commercial 'entre le Tonkin et le Yunnan ? »
Oui, seulement, le fleuve Rouge n'est pas navigable audessus du Delta. Mais, s'il ne peut pas nous servir à transporter nos produits au Yunnan, on peut l'utiliser pour transporter ceux du Yunnan au Tonkin. M. de Kergaradec a mis quarante jours pour aller et huit seulement pour revenir.
(Procès-verbal de la Commission des crédits pour le Tonkin^ séance du 1®' décembre 1885; Officiel de juillet 1886.)
Cette déclaration que l'on a parfois rappelée, renferme plusieurs inexactitudes matérielles. Elles
s'expliquent par ce fait que M. Lemaire n'a pas vu leTonkin. On sait, à n'en plus douter, que le fleuve Rouge est navigable même pour les canonnières, bien au-dessus du Delta, pour les petits vapeurs, jusqu'à Laokaï, et pour la batellerie, jusqu'au delà des frontières de Chine, contrairement à ce que déclarait M. Lemaire. En second lieu, c'est dixhuit jours, et non quarante, que M. de Kergaradec a mis pour se rendre d'Hanoï à Laokaï (frontière du Yunnan), et M. Hautefeuille donne le délai moyen de vingt-cinq jours pour aller de la mer à Laokaï. Enfin, en disant que nos produits ne pourraient sans doute pas remonter le fleuve jusqu'au Yunnan, il ignorait probablement les voyages de Dupuis, en 1873. Aucun doute n'est d'ailleurs permis sur ce point, depuis la publication du rapport de M. Rocher.
La vallée du fleuve est la voie la plus courte pour pénétrer dans le Yunnan et le Quang-Si. Il y a là, pour notre commerce d'entrepôt et de transit, une source d'immenses profils.
{Discours de M, Rcchaud, gouverneur général, au Conseil colonial, 1888.)
Voici du reste un exemple qui montre d'une façon frappante l'avantage énorme que le commerce trouvera à passer par le fleuve Rouge. En août 1889,
la mission douanière chinoise a mis trois mois et quatre jours pour atteindre Mongtze, par la voie de Canton. Le personnel du consulat français, au contraire, n'a mis que vingt jours pour gagner Mongtze, en prenant la route d'Hanoï et du fleuve Rouge. Cette comparaison est concluante et peut se passer de commentaires.
Que manque-t-il donc encore pour aboutir?
Un très léger effort et un peu de confiance.
Nous Tavons dit déjà, et nous le répétons à dessein : si Ton s*en rapporte aux témoignages des hommes techniques, il paraît aujourd'hui très possible d'établir à peu de frais un système de touage reliant Hanoï à Laokaï. C'est une entreprise immédiatement réalisable, et qui, n'engageant pas de gros capitaux, pourrait être confiée à l'industrie privée, sans garantie ni subvention. Il importe d'agir sans retard. Jamais le moment n'a été plus propice; la douane chinoise est officiellement installée à Mongtze depuis le 24 août 1889 ; Mongtze et Manghao sont ouvertes au commerce étranger depuis le 20 août ; plusieurs agents de maisons chinoises y ont fondé des comptoirs.
Les négociants' français sauront-ils suivre l'exemple des Allemands, des Anglais et des Chinois? Essayeront-ils comme eux, de s'implanter dans les
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marchés de TEmpire du Milieu, nouveUemeDt ooverts aa commerce? Oo peut, oo doit Tespérer.
RESSOURCES DU YUXNAN
Le Yunnao est une des provinces les plus riches de la Chine; Tactivité commerciale, gênée, sinon éteinte durant Tinsurrection musulmane d*abord et Texpédition du Tonkin ensuite, commence à renaître.
C'est dans les montagnes du Yunnan que prend naissance le fleuve Rouge, qui se jette dans le golfe du Tonkin, et forme la grande artère navigable de la colonie. Par sa situation même, le Yunnan est destiné à être le centre d'un commerce actif. Il est en effet le siège, ou se trouve à proximité de six grandes vallées par lesquelles les marchandises y peuvent affluer : celles du fleuve Bleu, qui aboutit à Shang-Haï (Chine) ; de la rivière de Canton, qui se jette dans la mer de Chine, à Canton (Chine) ; du fleuve Rouge, qui se jette dans le golfe du Tonkin, près d'Haïphong (Tonkin) ; du Me-Kong, qui aboutit à Saigon (Cochinchine) ; du Salouen et de riraouaddy, qui se jettent dans la mer des Indes, vers Rangoon (Birmanie). La route la plus
suivie actuellement est celle du fleuve Bleu (ou Yang-Tse), qui est immense, difficile, ainsi que nous Tavons vu plus haut.
Le parti à tirer, pour le Tonkin, de son voisinage avec cette province de TEmpire du Milieu a frappé tous les explorateurs; aussi, se sont- ils appliqués presque tous à rechercher les ressources naturelles du Yunnan, les produits qu'il peut offrir et ceux qu'il demande à l'importation étrangère. Là, comme dans les montagnes du Tonkin, et plus encore, les mines de toutes sortes abondent. Tous les récits le constatent.
Il y a plus de deux siècles que le Tunquinien Baron signalait déjà le parti commercial à tirer pour le Tonkin, de son voisinage avec deux riches provinces chinoises.
C'est pitié, écrivait-il en 1685, qu'on ne retire pas plus de profit du commerce pour enrichir le royaume (l'Annam). Le Tonkin est, en effet, bordé par deux des plus riches provinces de la Chine, et il serait facile d'y faire passer leuv commerce.
Il ne serait pas moins aisé d'y attirer les marchandises de l'Europe et des Indes, et la liberté qu'on pourrait accorder aux Européens de porter leur commerce dans l'intérieur tournerait également â Tayantage du roi et des habitants. Mais la crainte de quelque invasion, qui n'est guère à redouter, éloigne la cour de tout ce qui pourrait laisser pénétrer les frontières.
{Relation de Baron^ écrite en 1685, parue en 1732.)
La plupart des exploitations (de mines) sont aujourd'hui abandonnées. Mais Ton sent combien facilement on pourra, quand le calme sera revenu dans cette belle contrée, raviver la production et lui donner un essor plus considérable. Une législation plus libérale, des moyens d' exploita lion plus perfectionnés, un débouché commercial permettant de faire arriver, sans intermédiaire, tous ces métaux dans un port européen, feraient de Yun-Nan le marché métallurgique le plus important du globe. A ce point de vue, il est inutile d'insister sur les conséquences que pourrait avoir l'ouverture du fleuve du Tonkin, dérivant immédiatement vers le port de Saigon les produits du Yunnan.
En même temps que Yun-Nan est, en temps ordinaire, Tentrepôt de grandes quantités de cuivre qui donnent lieu à d'activés transactions et à une fabrication importante d'ustensiles, cette ville possède aussi une fabrique de monnaie, créée en 1661 , où Ton frappe une énorme quantité de sapèques.
Ce n'est pas la seule industrie de Yun-Nan. On y tisse une étoffe particulière faite de fils de soie... très renommée dans toute la Chine. On fait aussi à Y'^un-Nan de beaux tapis, des couvertures et des feutres... Des draps et des fourrures russes, des colonnades anglaises venues de Canton, du colon brut importé de Birmanie, sont les principaux produits étrangers, etc., etc.
Mang-Hao paraît être le centre d'un commerce très actif. Les gens de Canton... y apportent des laines, des cotonnades, des soieries, et remportent en échange le colon et le thé que produisent les pays des environs.
Les Cantonnais, en possession depuis longtemps du commerce de Mang-Hao, n'ont pas tardé à s'y porter en masse, pour échapper aux bouleversements incessants dont leur province est le théâtre. Depuis quelques années, un chef cantonnais s'est établi, avec une nombreuse colonie de ses
compatriotes, à Laokay (Tonkin), s^est proclamé indépendant j et vit des revenus considérables de la douane quMl a installée sur le fleuve.
{ Voyage d'exploration en Indo-Chine (mission du Mékong), par Francis Garnier, fait en 1866-68.)
Dupuis, Tun des premiers qui aient parcouru le Yunnan, y était au moment où la mission du Mékong y arrivait, en 1868.
Il y a, écrit-il, dans ces montagnes, beaucoup de mines de fer et des fonderies pour toutes sortes d'objets moulés, tels que bassines, marmites, socs de charrue, etc.; le fer en barre s'y vend 5 centimes la livre chinoise de 600 grammes, et Tacier de bonne qualité, 10 centimes. Le produit de ces fonderie s'exporte dans le Kouang-Si...
Tout près de Mongtze, Dupuis visita les chefs du pays.
Lorsque je parlai aux chefs Poû-là de mes projets d'ouvrir une voie de communication entre le Yunnan et la mer, peu distante de leur contrée, ils me répondirent : » Cela est-il bien vrai? Mais venez donc bien vite chez nous, pour tirer parti des richesses métallurgiques que vous dites exister dans nos montagnes; vous nous ferez travailler. Ce que nous désirons, c'est de vendre notre travail pour nourrir nos familles. i>
{Voyayeau Yunnan, par Dupuis, fait en 1871.)
M. Dupuis raconte ensuite qu'à cette époque (1811) Laokaï était en la possession des bandits
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OU t Pavillons-Noirs » , sous le commandement de Lieou-Yuen-Fou. Celui-ci avait établi une douane sur ce point, et en 1811, bien que le commerce fût ruiné par la guerre, il percevait environ 150,000 francs par mois sur les marchandises passant par le fleuve Rouge. Sous l'administration des chefs cantonnais, antérieurement, les revenus de la douane dépassaient 5 millions 1/2 par an, d'après les calculs de Dupuis.
Dans son volume la Province chinoise du Vunnany M. Rocher décrit avec un grand luxe de détails et de nombreuses observations pratiques toute cette partie de la Chine. Il en montre la grande activité commerciale et la richesse. M. Rocher était employé à l'arsenal de Fou-Tcheou, lorsque, en 1810, il abandonna ces fonctions pour se joindre à Dupuis, avec lequel il parcourut toutes les contrées situées entre Chung-Ching et Yun-Nan- Fu. Son voyage dura de décembre 1810 au 31 janvier 1871.
Dès qu'on entre dans le Yunnan, on constate un courant d^importation qui ne manque ni dMntérét ni d'importance.
Je me contenterai de signaler Tintérét que les négociants de Chung-Kin portent aux tentatives qui se font en ce moment, pour ouvrir à la Chine méridionale un débouché par le fleuve duTonkin... Il suffit pour cela que les embouchu-
res du Song-Coï deviennent l'entrepôt des cotonnades, qui sont, pour ainsi dire, rélément indispensable de toute transaction entre la Chine et TEurope. Ce genre de marchandises est devenu d^une telle nécessité que chaque marque de fabrique anglaise ou américaine a une cote quotidienne sur le marché de Chung-Kin, cote à laquelle on peut réaliser immédiatement avec un léger escompte tout arrivage, quelqu'important qu'il soit.
{Voyage dans la Chine centrale, par Francis Garnier, accompli en 1873.)
Dans sa seconde expédition sur le fleuve Rouge, M. de Kergaradec entra sur le territoire chinois, et visita attentivement, lui aussi, le Yunnan. Le jour où il arriva à Manghao (Chine), le 21 mars 1877, c'était précisément jour de marché :
La plage et les rues étaient encombrées d'une foule compacte... Un grand nombre de chevaux et de mulets, qui avaient apporté les marchandises venant de l'intérieur, attendaient qu'on les rechargeât, ou couraient çà et là, poursuivis par leurs conducteurs... La population fixe de Manghao ne dépasse pas 1,500 âmes... Tous les habitants sont commerçants, et beaucoup paraissent aisés... L'industrie minière, autrefois si florissante dans cette partie du Yunnan, a été presque détruite par la longue guerre qui a désolé cette province; mais elle reprend peu à peu son importance, à mesure que la tranquillité se rétablit, et l'ouverture réelle de la route du Tonkin contribuerait beaucoup à la rapidité de son développement.
M. de Kergaradec a également visité Mong-Tze € petite ville de 15,000 à 20,000 âmes au plus »
Je demandai aux mandarins de me faire conduire aux mines des environs, et surtout, s'il était possible, à celle de Ko-Kieou, d*où provient tout Tétain que nous voyons passer par Hanoï... Il est hors de doute que cette chaîne renferme des richesses métalliques extraordinaires, car on y exploite l'or, l'argent, le cuivre, le plomb, Télain, le fer et même le mercure, dont on trouve une mine dans le département de Kai-hoa; et les montagnes qui se trouvent en territoire annamite, dans la province de Tuyen-Quang, ne sont pas, disent les Chinois, moins riches que celles du Yunnan... Il y a près de deux siècles, la population minière, encouragée de toutes les forces de l'État, avait pris un développement considérable...
{Rapport sur la seconde reconnaissance du fleuve du Tortkinj par M. de Kergaradeg, consul de France à Hanoï, 1877.)
La partie du Yunnan qui touche au Tonkin est la seule qui n^ait pas été ravagée et dépeuplée par rinsurrection musulmane. Les produits du sol y sont variés et abondants : le pavot à opium, Tindigo, Tarachide, les céréales de toute sorte ; et enfin les métaux, fer, cuivre, étain, or, argent, cinabre, plomb ; sans compter le charbon. Et, détail à noter par ce temps d'incrédulité, il ne s'agit pas de dépôts ou de mines à chercher et à découvrir. Tous les gisements "sont connus et exploités.
{Paul Bert au Tonkin, par J. Chailley, 1887.)