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FACILITE DE NOUS ASSIMILER LE PEUPLE TONKINOIS

Tout d'abord, c'est sans aucun regret que les Tonkinois, soumis à TAnnam depuis 1802, et n'en n'ayant jamais porté volontiers le joug, ont vu notre puissance substituée à celle de la cour de Hué, et notre administration contrôler, sinon remplacer partout celle trop fantaisiste des mandarins uiu Roi d'Annam^

Le gouvernement de Hué n'y est pas aimé, — écrivait dès 1873 M. Harmand... Au-dessus se trouve toute la gent .mandarine, qui, celle-là, si elle n'aime pas davantage le gouvernement, le vole et le pille en toute occasion, déteste cor- «dialement les Européens, et les Français en particulier. Ils «comprennent très bien que notre arrivée chez eux sera le

signal de leur propre ruine et la fin de leurs scandaleuses dilapidations.

Ainsi, dans ce pays, dont Taspect promet tant de

richesses et de tranquillité, la vie du paysan n'est qu'une longue inquiétude. D'un côté les mandarins, de Tautrc les pirates : Tenclume et le marteau.

(Souvenirs du Tonkirig^ par le D' Harhand, 1873.)

La population y supporte avec peine le joug des mandarins de la cour de Hué, nous est favorable, et nous verrait avec plaisir occuper le pays.

(Rapport sur les conditions d'installation des garnisons an Tonkin, par le D' Ch. Hamon, 1880.)

Lorsqu'en 1858, raconte Romanet du Caillaud, la flotte franco-espagnole parut à Tourane, la nouvelle s'en propagea au Tonkin avec une incroyable rapidité. Ce fut un grand sujet de joie, non seulement pour les chrétiens, mais encore pour toute la population en général, sauf lei mandarins. Même parmi ces derniers, beaucoup attendaient avec impatience l'arrivée des Français.

(Notice sur le Tong-King, par Romanet du Caillaud, 1880.)

Voyons à présent les raisons qui permettent d'affirmer que leur assimilation se fera rapidement.

Le Tonkinois est avide de tout produit étranger, jusqu'au costume européen, dont il est fier de se revêtir en haine du vêtement annamite. Dès qu*un tel peuple se sentira suffisamment protégé par les Français, il acceptera avec enthousiasme nos idées, nos usages, notre costume méme^ en l'appropriant à son climat.

(Voyage au Yunnan^ par J. Dupuis, 1871-77.)

Il est nécessairô de se représenter que les Annamites constituent une race intelligente, parfaitement capable de faire la comparaison entre l'état de choses que nous leur apportons et celui qui existait antérieurement.

(Le Tonkiriy par A. Gouin, lieutenant de vaisseau, Nam- Dinh, 1884.)

C^est tout un peuple absolument assimilable, laborieux, pacifique, que les malheurs de son histoire, malheurs dont nous sommes un peu la cause, ont mis à notre disposition et qui nous offre toutes les garanties que les efforts que nous ferons pour son éducation ne seront pas perdus.

{Conférence de M. Carreau, ancien commissaire de la marine, à la Société d'économie sociale, 1887.)

M. Vial prouve par un exemple que Tassimilalion des Tonkinois n'est pas une simple présomption, mais bien une réalité :

Parmi les mesures les plus heureuses qui furent prises pour nous assurer le concours des classes moyennes, nous devons citer la création d'un conseil des délégués des notables du Tonkin. Les chefs des cantons et les chefs des villages devaient en élire un par préfecture ou phû. Ces élections eurent lieu avec beaucoup d'ordre. Les délégués se montrèrent pleins de sagesse et d'indépendance. Us signalèrent courageusement les principaux abus de Tadministralion indigène, et réclamèrent les réformes utiles. Leurs délibérations ne laissèrent pas que d'inquiéter les mandarins attachés à la Cour. Elles donnèrent bien la véritable mesure de Tesprit public des populations rurales, dont les principaux chefs sont habitués à discuter journellement les intérêts de leurs villages. Le jour où nous leur paraîtrons capables

d'administrer sagement et intelligemment les magnifiques pays que la Providence a placés nous noire domination, leur opposition cessera, et ils se. soumettront.

{Un Voyage au Tonkin, par M. Paulin Vial, ex Résident supérieur au Tonkin, 1887.)

Et M. Joseph Chailley nous donne à ce sujet des renseignements plus précis encore.

Dans sa proclamation aux Tonkinois (8 avril 1886), M. Paul Bert annonçait son intention de réunir un conseil des notables. Le 30 avril, il convoquait les électeurs.

Contrairement à ce qu'avaient prédit les opposants, les élections furent à la fois très calmes et très passionnées. Dans certains pays, il fallut pour faire une majorité jusqu'à trois tours de scrutin. Les élus appartenaient exactement à la classe de la population dont nous sollicitions le concours. Sauf deux, c^étaient tous de simples paysans, notables de leurs villages, généralement pauvres. Le plus savant d'entre eux était un maître d^école, dont ils firent leur président.

Mais ces ignorants avaient Tesprit pratique et le cœur ferme. On leur avait attribué une indemnité de séjour : plusieurs la refusèrent, pour ne pas paraître à notre solde. Nommés malgré les mandarins, ils savaient à quoi ils s^exposaient ; ils demandèrent tous qu'on leur délivrât des diplômes, durable témoignage d^une élection si honorable. L'un d'eux, le plus courageux, le plus habile, fut assassiné à l'issue de la session. Trois candidats annoncèrent qu'ils se porteraient à sa place aux élections suivantes.

{Paul Bert au Tonkin j par J. Chailley, 1887.)

Après avoir élu leur bureau, ils délibérèrent librement et sans qu'aucun fonctionnaire français fût

présent ou vînt les gêner. Leurs réponses dénotent en même temps qu'un grand sens pratique un vif amour du bien public. Voici encore, d'après M. J. Chailley, et à titre de document, celle de ces réponses concernant les mesures que Ton pourrait prendre ponrla Reconstruction des villages dévastés et le Rapatriement des habitants. C'est le texte même de la réponse du Conseil que nous citons :

Le Conseil les divise en deux catégories. La première est composée de ceux dont les habitants sont déjà revenus, mais pauvres et misérables. Le Conseil demande qu'ils soient exemptés de toutes corvées pendant trois ans ; quant aux impôts, il s'en remet à la générosité du gouvernement. La deuxième catégorie comprend les villages dont les habitants ne sont pas encore rentrés. Pour ceux-là, le Conseil à l'unanimité, accepte la proposition du gouvernement de faire appel aux gens riches, lesquels réuniront des habitants et leur feront cultiver les terres. Mais comme personne ne travaille sans espoir d'obtenir des rétributions ou des noms, le Conseil demande que ces gens riches soient décorés de titres quelconques, grands ou petits, selon leurs services. Quant aux terres cultivées, ils les rendront à leurs propriétaires ou à leurs descendants légitimes dès qu^ils reviendront.

(Paul Bert au Tonkin^ par Chailley, 1887.) '

Les Annamites sont les anciens possesseurs du Tonkin et forment la partie la plus considérable de la population... Organisés par villages et par cantons, ayant un cadastre ou liste officielle, des champs cultivés qui sont leurs propriétés personnelles, protégés par une législation régulière dans leurs droits de chef de famille et de citoven, élisant euxmêmes les notables chargés d'administrer leurs communes

et leurs cantons, ils sont parvenus à une civilisation déjà avancée, très favorable au développement de leurs familles et de leurs intérêts matériels.

Les cantons sont répartis entre un certain nombre de préfectures et de provinces qui sont administrées par les mandarins nommés par le gouvernement, chargés de maintenir Tordre, de faire rentrer les impôts, de rendre la justice.

Ces hauts fonctionnaires sont choisis parmi les lettrés qui, ayant obtenu aux concours publics les brevets de docteurs ou de licenciés^ ont fait un long stage dans les bureaux de Tadministration.

Les lettrés et la plupart des Annamites instruits suivent étroitement les préceptes de Confucius. Ils honorent leurs ancêtres et leur rendent un culte familial. Ils respectent profondément la vieillesse... Ils croient à une autre existence dans laquelle les hommes qui ont été sages et vertueux sont réunis ensemble et jouissent des honneurs que les vivants rendent à leur mémoire. Dans chaque maison, un aute^ placé dans la pièce principale, contient les noms des morts et ceux des fondateurs de la famille. A certains anniversaires, ces autels sont décorés de fleurs et de tentures, on brûle des bougies parfumées et des baguettes d'encens devant les tablettes des ancêtres, et le chef de la famille, entouré de ses enfants, se prosterne en leur adressant des invocations pieuses...

On comprend combien il est naturel de ménager chez les Annamites les sentiments qui se rapprochent tant de nos usages et de nos convictions intimes. On comprend aussi combien on a pu les froisser, soit en déplaçant des tombeaux de famille, soit en traitant légèrement des pratiques respectables.

{Nos premières années au Tonkin, par Paulin Vial 1889-90.)

On peut se rendre compte par ces diverses citations autorisées, de ce qu'est au juste la population du Tonkin. On voit sa docilité, sa douceur, son amour du travail et de la paix ; son culte pour la famille, sa sympathie pour les Français, son aptitude enfin à profiter de nos enseignements et à comprendre la supériorité de notre administration sur celle de la Cour de Hué.

Il est permis de tout espérer du peuple tonkiiiois, si nous l'administrons comme il doit Tétre, — et comme il le mérite.

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