‹ Le Tonkin et la mère-patrie; témoignages et documentsChapitre 21 sur 25 · PROGRÈS DE LA COLONISATION · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA COLONISATION

Eies Colons. — Si vous voyiez, comme je les ai vus, les colons d'Haïphong et d^Hanoï ; si vous constatiez avec quelle énergie, avec quelle ardeur désespérée ils travaillent, avec quelle conviction ils s'efforcent d'arriver à de bons résultats, eh bien ! franchement, vous réfléchiriez à deux fois avant de prendre part à des votes qui font croire à ces braves gens qu'ils seront absolument perdus, eux, leurs familles et leurs biens, si nous les abandonnons en ne maintenant pas ces votes le lendemain. {Applaudissements sur divers bancs,)

(Discours de M. Gonstans, ancien gouverneur général d*Indo-Chine, séance de la Chambre des députés, 20 novembre 1888.)

Ce qui le prouve encore, c'est la ténacité, Ténergie avec laquelle les premiers colons venus au Tonkin y demeurent et redoublent d'efforts.

Des dix-huit compagnons européens de M. Dupuis (dit M. Paul Bourde), deux sont morts et neuf sont restés au

Tonkin, inébranlablcmcnt confiants dans leur ancien chef Taltendant toujours pour recommencer. Quoi qu*oa dise de cet homme, on n'en fera pas un homme ordinaire.

{De Paris au Tonkin, par Paul fiouRDE, correspondant du Temps; écrit en 1883.)

Non, certes, on ne fera pas de M. Dupuis un homme ordinaire, et nous saisissons, quant à nous, avec joie cette occasion de le remercier, au nom des partisans de la politique coloniale, de son inébranlable persévérance dans ces entreprises audacieuses et fécondes par lesquelles il a porté au loin et honoré le nom français. Libre à certains de ne voir dans ce pionnier infatigable qu'un commerçant vulgaire à la recherche de profits personnels, et de Tentourer d'on ne sait quel dédain supérieur, comme si le commerce n'était pas l'un des éléments les plus respectables et les plus puissants de la prospérité d'une nation. Libre à eux de ne voir que des « tripoteurs » dans ces hommes d'initiative, au cœur solide et aux vues larges, qui, comprenant l'intérêt qu'il y a pour nos industries à trouver de nouveaux débouchés, se consacrent tout entiers à leur recherche, y sacrifient leur repos, leur fortune, leur santé et souvent leur vie.

M. Dupuis est de ceux-là : les déboires de toutes

sortes, les ruines successives et iniquement imposées, les affronts même ne lui ont point été épargnés. Malgré tout, il a lutté sans perdre courage, sans que la foi dans son œuvre l'abandonnât un seul instant, et à ce moment même il est encore sur la brèche, plein d^activité, ouvrant de vastes exploitations, et, espérons-le, sur le point de jouir des profits tardifs d'un si long labeur.

Ij^Enseignement. — Un des premiers soins du regretté Paul Bert, en arrivant au Tonkin, avait été d'y organiser YEnseignement public. II avait choisi pour l'aider dans cette grande mission un homme fort actif et de mérite réel, M. Gustave Dumontier.

Convaincu que Fécole est l'un des instruments les plus puissants de la colonisation ; persuadé que chez les peuples stationnaires comme ceux de l'Asie notre but doit être de développer la civilisation existante, non d'en changer l'espèce, il avait conçu, en s'inspirant de ces deux principes, un système complet d'enseignement. Rien de plus simple, rien de plus logique que le plan qu'il s'était tracé avec sa hauteur de vues habituelle. Nous allons l'analyser brièvement.

Le Tonkinois ne diffère pas sensiblement du Chinois. L'influence morale du Céleste-Empire

rayonne sur les rives du fleuve Rouge et dans tout l'Ànnam. Au fond, c'est à peu de chose près le même état d'esprit, la même civilisation. Or, la base de la société en Chine, c'est l'instruction. Par elle seule s'acquièrent les honneurs et les fonctions publiques : les lettrés seuls sont puissants. De là ce goût si prononcé des Chinois pour les lettres et la philosophie. Au Tonkin, il en est de même, avec cette différence que durant cent années consécutives de domination annamite il n'y a rien eu de très régulièrement organisé dans ce riche pays. L'idée de Paul Bert était de tirer parti de ces pratiques sociales et, si je puis ainsi dire, de les canaliser à notre profit, en nous gardant bien de chercher à implanter chez les Tonkinois notre civilisation, si peu semblable à la leur.

Pour y arriver, il résolut d'abord de créer Y Académie de Hanoï, formée de l'élite des savants tonkinois et d'autant de Français notables résidant dans la colonie ; ensuite de prendre pied, par une intervention directe mais suffisante, dans les écoles indigènes.

L'Académie de Hanoï fut instituée; les membres, désignés par le gouverneur général, siégèrent une première fois sous sa présidence; et l'impression causée par cette solennité dans l'esprit des mandarins lettrés fut, dit-on, très profonde.. L'auto-

rite personnelle que donnaient auprès d'eux à Paul Bert ses travaux scientifiques et son titre de membre de rinstitut était considérable; il se trouvait ainsi mieux placé que tout autre pour tenter une telle expérience. L'Académie tonkinoise devait former à ses yeux la clef de voûte de l'édifice qu'il voulait créer; elle devait être le sommet de l'enseignement public ; elle avait pour mission d'entretenir le goût des lettres et des arts, d'étudier l'histoire et le passé du peuple tonkinois. Et cependant, malgré ses débuts brillants, malgré les avantages qu'elle assurait à l'influence française, en dépit des études sérieuses qu'elle commença à publier dans un Bulletin périodique, l'Académie de Hanoï a cessé de vivre. Les successeurs de Paul Bert n'ont rien fait pour elle.

Les Écoles appelèrent en second lieu l'attention de cet esprit éminent. Là encore, il s'arrêta au plan le plus pratique et le moins onéreux pour les finances de la colonie. Il prit le parti de ne rien innover, de profiter simplement de ce qui existait ; car, chose curieuse, au Tonkin, chaque village a son école : l'enseignement y est libre, l'instituteur indépendant ; les élèves le rétribuent directement, comme jadis chez nous le « maître d'école » .

Voici le curieux tableau des écoles de l'Annam

et du Tonkin, que traçait, dès 1858, un document officiel publié seulement en 1875-1816.

...La maison de tous les maîtres d^écoles des différents villages n^est qu'un externat où chacun vient, sans y être oblige par aucun règlement dispositif. La liberté d'enseignement est la plus complète qu'il soit possible de voir; le gouvernement donne les grades par les mandarins commissionnés annuellement à cet effet, d'après les compositions qui ont pour sujet les livres classiques et élémentaires de la Chine ; mais voilà tout... Chacun s'instruit comme il le peut et comme il Tentend. L'un étudie avec son père, l'autre reste chez lui et nourrit un maître qui le guide dans ses études ; un aulre va à Tècole de son village, de son arrondissement ou de sa province, suivant son âge et sa capacité, et ainsi le gouvernement n'a d'autres prétentions que de choisir, dans la masse des sujets qui se présentent, les hommes .dont il a besoin. Il y a peu de villages qui n'aient leurs écoles particulières pour les enfants. La commune donne quelques champs aux maîtres qui viennent les tenir; de plus, chaque enfant doit fournir ce qu'on appelle « l'huile de la lampe », c'est-à-dire une petite subvention, et ensuite les présents du premier de l'an et des autres époques, aussi bien que certaines corvées au besoin ; d'où il suit que ce pédagogue trouve une vie facile et honorable à peu près partout.

Dans ces écoles, les enfants chantent à qui mieux mieux, tous ensemble, et confusément, les morceaux qu'ils apprennent par cœur et qu'on leur fait écrire. C'est ce qui s'appelle étudier les « caractères », élude très longue, qui peut durer la plus grande partie de la vie d'un homme, et qui absorbe les vipgt à trente premières années d'un lettré, avant qu'il soit à môme d'apprendre quelque chose. Le but qu'on se propose n'est pas de donner aux enfants un enseignement

scientifique et religieux, mais à peu près uniquement d'apprendre à lire et à peindre.

...Mais revenons à nos enfants annamites étudiant les € caractères » et les sentences chinoises. Ils étudient pendant huit, dix et douze ans pour apprendre à lire et à écrire ; c'est pour pouvoir occuper plus tard quelques loisirs de leur vie, apprendre quelquefois un peu de médecine, ou même d'astrologie et de magie, mais principalement pour pouvoir se mêler aux affaires du canton et de la commune, y obtenir quelque place, savoir dresser les actes d'un procès et faire des contrats et un testament. Ils ont appris par cœur douze ou quinze volumes des annales chinoises; demandez-leur où est la Chine, ils n'en savent, ma foi, rien. Il leur reste un fonds de doctrine morale assez étendu ; mais demandezleur compte de leur croyance, ils ne savent que répondre et ils s*étODnent qu'on puisse penser à exiger une pareille exactitude et un esprit d'analyse aussi profond.

Cela vient de ce que les maîtres n'enseignent jamais autre chose que la lettre et le gros sens littéral, et encore, pour cela, ils se servent d'un langage barbare et confus, qui n'apprend rien d'ordinaire.

{Aperçu sur la géographie, etc., du royaume d'Annam^ document officiel rédigé en 1858, publié par le Courrier de Saigon en 1875-76.)

Cette langue « barbare et confuse », la seule enseignée dans les écoles du Tonkin avant notre établissement, c'est Tannamite, idiome aussi compliqué que le chinois, et qu'il est à peu près impossible à des Européens de connaître et d'écrire, sinon de parler, pour les raisons que voici.

Dans l'écriture chinoise et récriture annamite, on ne se sert pas, comme chez nous, de vingtquatre lettres pour écrire tous les mots. Chaque mot est représenté par un signe spécial : il faut donc, en étudiant la langue, retenir à la fois le sens d'un mot et le signe écrit qui le représente. — Pourquoi, dira-t-on, ne peut-on pas modifier cet état de choses et, par exemple, écrire Tannamite au moyen d'un alphabet simplifié comme le nôtre ? Cela n'est point possible, parce que les mots annamites ne sont que des monosyllables, dont chacun peut avoir jusqu'à six sens différents, selon qu'il est prononcé différemment (haut, bas, rapidement, etc., etc.). De là cette nécessité de rendre la différence de ton^dn langage parlé par une différence de signe dans le langage écrit.

La difficulté semble insurmontable. On a cependant imaginé un moyen d'en triompher, et c'est à l'esprit ingénieux des missionnaires que l'honneur en revient. Ils ont trouvé le quoongUy véritable alphabet, composé des caractères latins pouvant se ponctuer chacun de six manières différentes. Avec les caractères, on écrit le mot; avec la ponctuation qui l'accompagne, on indique le ton qui lui donne le sens. D'où cette conséquence heureuse qu^on peut écrire l'annamite sans se bourrer la tête de milliers de mots et de signes, et qu'il n'est plus be-

soin de travailler beaucoup pour, finalement, ne pas savoir grand'chose.

Le quoc-ngu^ en somme, est un peu à la langue annamite ce que le sabir est à la langue arabe : une simplification usuelle, essentiellement pratique. Il a ce triple avantage, dans tous les cas, de permettre aux Européens d'apprendre plus aisément l'annamite; de mettre à même ceux qui le parlent de le lire s'il est écrit (traduit si Ton veut) en caractères quoc-ngu, et enfin de leur donner les moyens de récrire eux-mêmes, toujours avec ces mêmes caractères.

Il suffisait donc d'introduire l'étude du qnoc-ngu dans les écoles annamites, de l'y vulgariser, pour amener un rapprochement immédiat entre les Français et les Tonkinois, leur permettre de se comprendre, de se parler, de s'écrire. Mais y parviendrait-on ? Les instituteurs indigènes voudraient-ils, pourraient-ils se prêter à cette étude encore peu connue? On l'ignorait, mais on n'en tenta pas moins l'expérience. M. G. Dumontier, doué d'une activité infatigable, se fit l'apôtre, le propagateur de la langue nouvelle. Parlant couramment l'annamite, il ouvrit à Hanoï un cours de quoc-ngu et y convia les instituteurs indigènes, après avoir fait savoir que ceux qui consentiraient à l'enseigner dans leur école recevraient une indemnité. Le succès fut

éoorme. Près de deux cents instituteurs accoururent de tous les points du Tonkin, et bientôt après ils retournaient dans leurs villages pour enseigner à leurs élèves ce qu'ils venaient d'apprendre euxmêmes. Au commencement de 1887, il y avait ainsi m écoles libres de quoc-ngu^ et peu après on en comptait plus de 160, fonctionnant régulièrement et sans rien coûter à TÉtat.

A l'arrivée de M. Paul Bert, il n'y avait dans tout le pays que trois écoles françaises; moins d'une année après, à l'ouverture de l'Exposition, il y avait :

1 collège d'interprètes ;

9 écoles primaires de garçons ;

4 écoles primaires de filles;

1 école libre de dessin ,

Et 117 écoles libres de caractères latins.

Sur ces écoles, 421 ont pu obtenir des résultats suffisants pour figurer à l'Exposition d'Hanoï,

. . . Des écoles primaires sont aujourd'hui installées dans toutes les résidences... Il v a au Tonkin 4 écoles de filles, % à Hanoï, 1 à Nam-Dinh, 1 à Haïphong.

{Les Débuts de Renseignement français au Tonkin^ par G. DuMOUTiER, organisateur et inspecteur des écoles franco- annamites au Tonkin. Hanoï, 1887.)

Eie Commerce et rindnstrie. — II est permis

de compter sur un développement considérable de l'industrie et du commerce.

Au point de vue industriel, écrit un commerçant du

Tonkîn, il y a beaucoup à faire, et les capitaux sont sûrs ici de ne pas végéter. 11 se passe des choses dans ce bon pays annamite que la routine a consacrées et qui sont de nature à faire tressauter les industriels en possession de quelque argent. Vous ne voudrez pas croire que le coton produit par le pays va en Chine pour être filé et qu'il revient au Tonkin, où les habitants le tissent et en font des vêlements. Si une filature se monte, elle économisera sur le prix des filés de coton retour de Chine le prix d'aller et retour et la différence de main-d'œuvre entre les ouvriers chinois et les Tonkinois moins rétribués. — Le riz est mal décortiqué par des machines primitives, tournées à bras. Il ne peut se présenter avec avantage sur les marchés de TKxtréme-Orient. — La canne est broyée à l'aide de machines invraisemblables, mues cependant par des butfies ; mais quelles pertes, quels déchets, quelle infériorité dans la qualité du sucre produit! — Pour la soie^ c'est bien plus grave. Il y a tout à faire ; mais quelle grosse entreprise, et malheureusement peu rémunératrice dans les débuts I Les soies grèges du Tonkin sont actuellement très défectueuses... les procédés de filature sont enfantins. Que d'amélioi ations à apporter et que de bénéfices ces moindres efforts produiraient à la longue.

{Lettre d'un commerçant de Nam^Dinh à la Société de géographie commerciale, février 1883.)

De son côté, M. Paulin Vial écrit :

* . • Lorsque les commerçants pourront circuler en sécurité, lorsque la police sera faite régulièrement dans les villages par les autorités des villages, la population du Tonkin produira facilement, comme celle delà Cochinchine, le double au moins de ce qui est nécessaire pour la nour-

rir ; le surplus sera Tobjet d*un commerce aclif, prospère, qui provoquera raugmentation rapide de la production.

Avec ses bénéfices, PAnnamile, qui n^est nullement rebelle aux innovations, augmentera son bien-être et achètera les produits qui lui seront apportés de Textérieur.

C'est à ce moment que le commerce français devra être prêt à lutter contre la concurrence étrangère, à se faire connaître, à se faire préférer.

{Nos premières années au Tonkin, par Paulin Yial, 1889-90.)

Industries à créer. — La culture du coton et son emploi industriel au Tonkin ont été soigneusement étudiés sur place par M. H. Perret, qui, dans un repaarquable travail publié par le Globe^ montre combien serait aisée à créer et rémunératrice Tindustrie du coton. Il ne se paye pas de mots; il a vu les choses dont il parle; il a fait des essais de culture, calculé les prix de revient, la main-d'œuvre, les frais de construction. Les chiffres qu'il produit sont € largement établis » «

Parmi les industries à créer au Tonkin, dit-il, il en est une qui mérite d^attirer plus spécialemenl Taltention des industriels français, parce qu'il est hors de doute qu'elle est appelée dans un avenir prochain à devenir une des plus importantes et surtout des plus florissantes exploitations. que les capitalistes pourront créer dans cette colonie : je veux parler du coton.

Le coton est cultivé sur plusieurs points du Tonkin ; c*est du coton courte soie, fin et soyeux, d'un très beau blanc...

L* exportation atteint annuellement environ 700,000 kilogrammes.

Ëtant donné que les indigènes en font une assez grande consommation pour le ouatage de leurs vêtements d'hiver et le doublage des nattes sur lesquelles ils couchent, on peut sans exagération évaluer la production du coton au Tonkin à 13 ou 1,500,000 kilogrammes par année.

L'exportation se fait en Chine par Pakhoï et Hongkong ; le prix, à la production, varie de 10 p. 50 à 11 p.lepic'il(i), soit de 69 fr. 55 à 72 fr. 85 les 100 kilos, égrené et non emballé.

Pour comprendre quelle importance pourrait acquérir Tindustrie cotonnière au Tonkin, il suffit de citer les chiffres officiels d^importation de 1886 pour celte seule partie de nos colonies indo-chinoises.

Les cotons filés figurent, dans le relevé des douanes, pour une somme de 5,884,318 francs, représentant environ 1,120,000 kilogrammes. Les cotonnades sont représentées par 2,776,686 francs.

On peut dire, sans dépasser les bornes de la plus scrupuleuse exactitude, que les quatre-vingt-dix-neuf ccntiènfies des cotonnades et des cotons filés sont d'origine anglaise.

En colons filés, c'est le n® 20 qui est le plus demandé; il se paye de 1 fr. 85 à 1 fr. 96 le kilo.

Tous les cotons étrangers sont frappés d'un droit à leur entrée au Tonkin; malgré ce droit, il n*a pas été possible aux Français de soutenir la concurrence sur cet article de très grand écoulement.

Cependant cette concurrence est à la discrétion de Tindustriel qui osera créer une filature au Tonkin.

(1) Le picul est de ôOi^c, 403, et la piastre a uns valeur qui \arie, suivant le change, de 3 fr. 7o à 4 francs.

Poursuivant son étude, M. Perret donne d'intéressants renseignements sur le pays, le caractère industrieux des Tonkinois, le prix delà main-d*œu* vre, etc., afin de se rendre un compte exact des ressources qui sont à la disposition de l'industrie cotonnière.

La culture actuelle du cotonnier donne un l'evenu approximatif de 70 à 72 francs par hectare au cultivateur indigène. . . Il ne sera pas difficile d'augmenter la culture du cotonnier dans ces contrées et d'introduire les meilleures espèces, comme le Jumel, le Géorgie longue soie, ou le Louisiane, dont le rapport dépasse 200 kilos à Thectare, production qui est supérieure de moitié à celle que donne le cotonnier du Tonkin.

Puis il trace les règles à suivre pour la culture du coton, et les essais à faire sur un grand nombre de points. Enfin il indique avec une compétence toute particulière les conditions dans lesquelles pourra se construire et fonctionner une filature lorsqu'on osera en créer une. Il démontre par des chiffres clairement alignés que, pour un outillage complet de 12.000 broches, le prix de revient de cet outillage sera d'environ 20 francs la broche; celui des moteur, transmissions, chaudières, etc., et frais de montage, de 12 fr. 50 la broche, et celui de la construction, de 10 francs la broche. Au total, et en laissant une large . part à l'imprévu,

M. Perret établit que le capital nécessaire à rétablissement d'une filature de 12,000 broches ne dépasserait pas 530,000 francs.

Reste à calculer le gain que réaliserait l'usine en pleine marche. M. Perret entre à ce sujet dans de minutieux détails techniques, et conclut que le bénéfice serait:

... pour un capital tolal employé de 670,000 francs, auquel on a déjà servi un intérêt de 5 0/0, un revenu net de 20 0/0.

Quant aux débouchés, ils sont assurés :

Trois provinces chinoises bordent noire frontière, ce sont; le Yunnan, le Quang-si et le Quang-long. Elles comptent une population d'environ 80 millions d'individus, qui s'approvisionnent de cotons filés et de cotonnades pour une grosse part chez les Anglais. Je ne crois pas que ces derniers puissent conserver longtemps cette clientèle si les Français savent s'installer convenablement au Tonkin.

On n'a donc pas à craindre que l'écoulement de la production d'une industrie cotonnière vienne à souffrir d'un manque de débouchés. Le champ d'exploitation est le plus vaste qu'il soit donné à un industriel de souhaiter, et les certitudes de succès sont telles qu'aucime déconvenue n'est possible si on se donne la peine d'étudier sérieusement cette affaire et si on sait la conduire avec l'esprit de suite que comporte une semblable entreprise.

(U7ie Industrie à créer au Tonkin, étude de M. A. Perret, dans le Globe, 26 juillet et 2 août 1889.)

Ces conseils n'ont pas été perdus. Nous venons

d'apprendre qu'une société française est constituée pour la création d'une filature de 20,000 broches, avec le nombre de métiers à tisser correspondant, aux environs d'Hanoû

Dans des Notes sur le Tonkin adressées à la Société de géographie de Paris, M. A. Gouin, résident de France à Nam-Dinh en i886, donne de longs détails sur les industries existant au Tonkin et aur celles qui pourraient y être créées. Parmi ces dernières, il cite notamment : les usines à décortiquer le riz, les filatures de coton, Textractiou du coton de sa graine, l'extraction de l'huile de la graine de coton, la fabrication de la soie, la fabrication du sucre, les distilleries d'alcool de riz, la fabrication locale d'un certain nombre de médecines, l'établissement de compagnies ayant un matériel flottant (vapeurs et chalands) approprié à la navigation des arroyos.

M. Paulin Vial précise le sens dans lequel pourront se développer le commerce et l'industrie, de façon à faciliter la tâche et à éviter les déboires :

Ce sont des entrepreneurs, des chefs d'atelier, des contremaîtres qui vont avoir le rôle le plus utile à remplir dans cette nouvelle phase de notre organisation. En même temps, les négociants auront à pourvoir à rapprovisionnement des Asiatiques qui achetaient avant notre arrivée, à des prix assez élevés, des marchandises de provenance européenne

de qualités inférieures^ des cotonnades, des lainages, des flanelles, etc.

Il sera facile à nos compatriotes de se renseigner exactement sur les besoins de ces nouveaux acheteurs qui viennent de montrer à l'Exposition de Hanoï qu'ils étaient tout disposés à s'approvisionner de nos mains.

La création de grands établissements agricoles et industriels au Tonkin est également à désirer. Mais ces entreprises considérables, qui demandent l'emploi de grands capi» taux sans qu'aucun bénéfice immédiat puisse leur être assuré, comportent des risques auxquels de simples particuliers ne doivent pas s'exposer imprudemment. Des associations puissantes et bien dirigées peuvent seules se charger do mener à bien de grandes opérations dont les résultats sciaient si avantageux pour la colonie. La petite culture est très bien pratiquée par les indigènes et les Chinois, qui ont mis en valeur tous les terrains voisins des grands centres. Les colons européens ne peuvent prétendre faire concurrence sur ce point aux cultivateurs déjà en possession du sol. Ils supporteraient d'ailleurs bien difficilement les rudes labeurs qu'entraîne l'exploitation de la terre, sous un climat qui est moins rigoureux que celui de Saigon, mais qui cependant est excessivement chaud pendant trois mois de Tannée.

{Un Voyage au Tonkin^ par M. Paulin Vial, ex-résîdent supérieur au Tonkin, 1887.)

Renseignements eommereiaux. — Yoicî, d*a>

près les derniers documents émanant du service des douanes, les chiffres complets du commerce du Tonkin pendant ces dix dernières années :

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