‹ Le Tonkin et la mère-patrie; témoignages et documentsChapitre 24 sur 25 · total) coups de canon · texte numérisé non relu

total) coups de canon

Même en admettant ce nombre 2,176, qui est inexact, au lieu du nombre vrai 2,676, il y a lieu de remarquer qu'il y avait encore plus de coups de canon que nous n'en avions consommé avec les deux brigades dans les combats des 4, 5, 6, 11 et 12 février pendant la marche sur Lang-Son.

... Il résulte de ces explications, un peu longues parce que j*ai cru nécessaire d'entrer dans tous les détails susceptibles de ne laisser aucun doute dans l'esprit, que le lieutenant-colonel Herbinger, en annonçant au général en chef quHl évacuait Langr-Son faute de muniliotu et de vivres, a dit une chose inexacte, aussi bien pour les munitions que pour les vivres.

... En voyant cette décision si grave de Tabandon de Lang-Son, prise avec tant de légèreté et de précipitation, on peut se demander si le lieutenant-colonel Flerbinger, peu préparé à prendre le commandement, ne s'est pas trouvé enlouré d'officiers et de troupes démoralisés et n'a pas été entraîné, sans s^en rendre compte, sans pouvoir y résister, par un de ces courants d'opinion auxquels ne sont capables de s*opposer que les hommes exceptionnellement trempés.

Mais, le 28 mars, les troupes sont viclorieuses et elles ne sont nullement démoralisées, nous Tavons déjà dit plus haut; les dépositions des commandants Diguet et Servières ne laissent aucun doule à cet égard; et les officiers, en général, restent stupéfaits à Tannonce de cette fuite précipitée ; et le commandant Servières représente au lieulenantcolonel Herbinger qu*il ne partage pas sa manière de voir. Bien plus, il demande Thonneur de rester à Lang-Son avec le bataillon d'Afrique, et on le lui refuse !

Ce n'est pas tout, le général de Négrier, bien que blessé et souffrant cruellement, dicte à son officier d'ordonnance, M. Dégot, une note contenant sa manière de voir et conseillant de ne pas évacuer les positions. M. Herbinger reçoit cette note environ à 6 heures 20.

Et, après avoir écouté cette note sans y réfléchir une seule minute, il répond immédiatement: « C'est bien ! Ce que me dit le général de Négrier est impossible; je continue. » Et cet aveuglement, cet affolement (car il n'y a pas d'autre mots possibles) est si grand que Tordre donné est de battre en retraite, non sur Dong-Son et Than-Moi, mais sur Chu.

Abandon d'une batterie d£ 4 et du trésor. — Le lieute-

nant-colonel Herbinger a sacrifié la batterie de 4 rayée de montagne (capitaine Martin) parce que le commandant Schœffer n'a pas cru devoir accepter de se retirer par la route de Pho-Vi avec cette batterie et que, d'autre part, la route par Cut avait été signalée comme ne permettant pas à cette artillerie de passer sans de grandes difficultés à 8 kilomètres environ avant d'arriver à Cut, en venant de Lang-Son. Le capitaine Martin s'était fait fort d'emmener sa batterie par la route de Cut, en sacrifiant au besoin ses avant-trains.

. . . Quant au trésor jeté dans le Song-Ki-Kong, comme les canons de 4, le lieutenant-colonel Herbinger ne Ta pas fait enterrer parce qu'il n'avait pas le moyen de le faire et parce qu'il jugeait préférable de le jeter à l'eau.

... Il y a lieu de remarquer que la plus grande partie des bagages des corps sont partis avec leurs coolies, et qu'au lieu d'emporter des cantines de cuisine ou autres, des objets sans valeur de toute nature, il était du devoir du commandant de sacrifier tous ses bagages et d'emporter le trésor. Le capitaine du parc, M. Maistre , dans son rapport, constate que des coolies ne portant rien passaient devant lui, et il les força à prendre des munitions; il aurait mieux valu encore détruire quelques caisses de munitions, dont on n'avait nul besoin pour fuir si vite, et emporter les caisses d'argent.

Il résulte de ces faits :

1® Que la batterie de 4 a été abandonnée sans que le commandement ait fait le nécessaire pour la sauver ;

2® Que le trésor a été jeté à l'eau alors qu*il aurait été possible d'emporter tout ou partie de l'argent.

Abandon de Dong-Son et de Than-Moï. — L'évacuation de Lang-Son, la nuit, abandonnant une batterie d'artillerie et le trésor, laissant les vivres sans oser les détruire pour ne pas attirer l'attention de l'ennemi, avait agi, il faut le reconnaître, sur le moral de tous, et, dans cette fuite pré.

cipitée, lorsque la brigade arrive le 29 mars au soir, partie à Laug-SoD, partie à Than-Moî, la fatigue et FéDervemcal de tous, bien qa*on n^ait pas été poursuivi, sont tels qu il faudra au commandeinent beaucoup de calme et de sangfroid pour arrêter là le désordre.

Le général en chef échange nombre de dépèches avec le lieatenant-colonel Herbinger; il s'étonne de cette évacuation précipitée, des fatigues inutilement imposées aux hommes, et du défaut de renseignements où on le laisse en ce qui concerne le moral des troupes. Il prescrit de s'arrêter et de tenir à Than-Moï et Don-Son.

Hais le lieutenant-colonel Herbinger, toujours en proie à la même surexcitation, donne coup sur coup par le télégraphe, au commandant en chef, une série de renseignements inexacts ou exagérés, qui amènent le général Brière de Tlsle à télégraphier à son tour à M. Herbinger, qu'il doit se retirer à Chu, si la retraite est indispensable.

Immédiatement, la retraite est ordonnée; elle s^accomplit dans les conditions les plus fâcheuses et sans nécessité aucune.

A quatre heures du soir, le 30 mars, le payeur recevait Tordre par écrit de brûler ce qu'il avait pu sauver de sa comptabilité.

A six heures du soir, remployé de la poste et du télé^ graphe recevait Tordre de brûler la correspondance et les

archives, et de briser les appareils, bien quUl eût le moyen de les transporter.

A dix heures du soir, le sergent chargé du service optique brise par ordre les trois appareils optiques qui sont en sa possession.

On abandonnait les bagages des officiers , les vivres et les approvisionnements de Than-Moï.

... On abandonne les approvisionnements en vivres, relativement considérables, de celte place ; on est même sur le point d'y laisser une batterie de 4, et le commandant SchsefTer ne revient sur cet ordre que sur les observations qui lui sont présentées par M. le chef de bataillon Jorna de Lacale, commandant supérieur de Dong-Son, et le capitaine d'artillerie Renaud.

Les magasins de Pho-Cam sont abandonnés avec tous leurs approvisionnements : on n'ose pas encore les brûler de peur d'attirer Tennemi.

... Il résulte de ces faits que les positions de Than-Mo et le fort de Dong-Son ont été abandonnés après un combat insignifiant à Dong-Son ; que les mouvements tournants des masses chinoises sont de pure invention, ces masses signalées dans les télégrammes n'étant pas sur les lieux ; que la destruction des lettres, des appareils optiques et télégraphiques, des registres de comptabilité du trésor, et l'abandon des vivres et des munitions sans les détruire sont sans excuse.

Attitude du lieutenant-colonel Herbinger depuis sa prise de commandement jusqu'à son arrivée à Chu, — En voyant toutes les fautes commises par le commandement dans cette retraite, on est conduit à se. demander si le lieutenantcolonel Herbinger jouissait bien de toutes ses facultés ; mais on conçoit combien il est difficile d^élucider une pareille question, alors qu'on sort du domaine des faits pour entrer dans celui des appréciations.

Les officiers qui étaient sous les ordres dû lieutenant-

colonel Herbinger deviennent très réservés, on le comprend ; ils ne veulent rien dire quUl ne soit possible de prouver, et on ne peut en obtenir que des indications très générales.

Le rapport entre dans nombre de détails, donnés d'ailleurs avec une prudence et une réserve commandées par le sujet lui-même. Il énumëre les diverses dépositions reçues par M. le colonel Borgnis- Desbordes. Obéissant à des considérations que Ton comprendra, nous passons absolument sur cette partie délicate du rapport, pour arriver enfin à ses conclusions, que voici in extenso :

Conclusions. — De l'enquête à laquelle je me suis livré sur les faits qui se sont passés du 28 mars, à partir du moment où le lieutenant-colonel Herbinger a pris le commandement de la ?• brigade, jusqu'au 31 mars, il ressort à mon avis les conclusions suivantes :

1® Le lieutenant-colonel Herbinger a donné Tordre d'évacuer Lang-Son,

Sans s*étro rendu un compte exact de la situation des vivres et des munitions et en trompant, à cet égard, la confiance du général en chef dans sa dépêche du 28 mars, quatre heures du soir ;

Sans avoir voulu faire le nécessaire pour connaître les secours en personnel, matériel et munitions qui lui étaient envoyés ou allaient l'ôlre, alors qu'il avait le télégraphe à sa disposition ;

Sans avoir tenu compte des avis du général de Négrier et du commandant Servières, tous les deux opposés à l'évacuation ;

Sans avoir rien tenté de ce que lui prescrivaient les règlements et Thonneur pour conserver Lang-Son.

%° L'abandon de la batterie de 4 rayée de montagne et du trésor est sans excuse.

3® L'évacuation des positions de Tban-Moï a été faite par le lieutenant-colonel Herbinger contrairement aux avis du général en cbef et sans nécessité.

4° La destruction^ ordonnée par le lieutenant-colonel Herbinger à Than-Moï, des registres de comptabilité du trésor, des appareils optiques et télégraphiques est sans excuse.

5® L'évacuation du fort de Dong-Song a été ordonnée par le lieutenant-colonel Herbinger, malgré les avis du général en chef, sous des prétextes futiles ou imaginaires.

6® La retraite a élé conduite avec une précipitation que rien ne justifie et sans avoir pris les mesures nécessaires pour ne laisser entre les mains de l'ennemi ni vivres ni munitions.

7® A Lang-Son le 28 mars au soir, à Than-Moï le 30 mars, le lieutenant-colonel Herbinger était dans un état de surexcitation qui Tempêchait de jouir de toutes ses facultés.

Le colonel commandant par intérim la 2® brigade,

Signé : Borgnis-Dësbordes.

Chu, 24 avril 1885.

Crédits votés pour le Tonkin. — On a VU plus

haut ce que le Tonkin avait coûté en hommes ; voici maintenant ce qu'il a coûté en argent. Sur ce point comme sur Tautre, l'imagination des adversaires de la colonie s'est donné carrière. Les chiffres officiels sont heureusement là pour faire la lumière. Les voici.

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