‹ Le Tonkin et la mère-patrie; témoignages et documentsChapitre 9 sur 25 · tonnes · texte numérisé non relu

tonnes

On voit donc que l'on peut espérer, à courte échéance, un écoulement annuel de 100,000 tonnes pour les produits du bassin houiller de Hone-Gâc. Ce chiffre ne tient aucun compte du développementque prendraient, sous l'influence de la mise en valeur, les ports du Tonkîn ; il a été également établi en dehors de toutes les hypothèses de création d'industries métallurgiques, notamment celle du fer et de Tétain qui prendra naissance à Saigon, le jour où Ton exploitera le puissant gîte de fer de Ph^nom-Deck au Cambodge.

(Mémoire sur V exploration des gîtes de combustibles et de quelques-uns des gîtes métallifères de l'Itido-Chine, par MM. Fuchs et Saladin, 1882.)

Ajoutons que M. Zeiller, ingénieur des mines, a examiné les plantes rapportées du Tonkin par M. Fuchs (Voir Ann. des mines^ 1882); qu'un arrêté du 6 septembre 1884 a institué une commission des mines de TAnnam et du Tonkin, sous la présidence de M. Lamé-Fleury, inspecteur général des mines, conseiller d*État; et qu'en 1888 le régime des mines au Tonkin a été définitivement réglé par un décret inséré à V Officiel.

M. Petiton, également ingénieur des mines, et qui a fait un long séjour en Indo-Chine, écrit sur le même sujet :

Les montagnes du Tonkin contiennent des richesses considérables en mines de toutes sortes Les richesses minières

du Tonkin sont considérables, au dire des missionnaires que j'ai connus et qui sont dignes de foi, comme M8^' Gauthier,

provicaire général du Tonkin, où il a exercé son ministère pendant 28 années ; Mg' Croc, provicaire général actuellement encore au Tonkin. M. Fuchs, ingénieur en chef des mines, a tout dernièrement entretenu la Société de Géographie de Tétude des gisements importants de charbon et de sables aurifères dans le Tonkin, qu'il avait faite en 1881, pour le Gouvernement français.

{Voyage dans rindo-Chine, par M. Petiton, 1883.)

Voici encore le témoignage de Tun des hommes qui ont le plus vu et le plus parcouru le Tonkin, M. Ernest Millot, qui fut le second de Dupuis :

Sous le rapport de la, production aurifère..,, Tévêque Retord rapporte qu'en 1853, on découvrit de nombreux placers aurifères dans les montagnes du Tonkin occidental. Dès la seconde année, ces placers occupaient plus de 10,000 chercheurs d*or, presque tous Chinois Mais cVst surtout dans

les montagnes du haut Tonkin, dans le bassin du fleuve Rouge et de son affluent la rivière Noire, que le précieux métal se rencontra en plus grande abondance M. Dupuis a encore remarqué du minerai d'or en plusieurs autres endroits.

Le Tonkin est également très riche en mines d* argent;' mais les richesses minérales de ce pays sont comme toutes les autres, fort peu et mal exploitées. Un voyageur anglais, Crawford, nous apprend que le Tonkin a eu autrefois une production annuelle de 6,000 kil. d'argent. L'évéque Retord, qui fait autorité par ses 25 ans de séjour au Tonkin, signale des mines d'argent dans les montagnes de la partie occidentale M. Dupuis a également signalé des mines d'argent

très productives dans les enviro/is de Hoyang.

Quant au cuivre, on le trouve partout dans les montagnes du Tonkin. Il semble que celte contrée ainsi que le Yunnan,

ne forment qu'un seul et vaste gisement, dont Timportance laisse bien en arrière ceux du Chili et des autres gisements connus d'Amérique.

Le Tonkin possède des mines d'étain^ principalement dans les environs de Lao-Kaï, qui ne sont pas exploitées faute de capitaux... Le prix de l'étain presque pur est de

10 taels (65 fr.) à la mine les derniers cours de la bourse

cotent Tétain de 260 à 267 francs les 100 kilos.

Je ne saurais passer sous silence les importantes mines de houille qui viennent encore d'être tout récemment reconnues par M. Fuchs, un des ingénieurs des plus distingués. Cette dernière exploitation est certainement appelée à révolutionner les affaires de rExtrême-Orient. Avec la houille et le fer on est, en effet, maître de toutes les industries M. Fuchs Ta exploré sur une étendue de 110 kilomètres, et sur une largeur de 15 kilomètres. En faisant une large part aux éventualités, M. Fuchs a trouvé que la masse de charbon exploitable dans ce bassin jusqu'à 100 mètres de profondeur seulement au-dessous du niveau de la mer, dépasse le chiffre total de 5 millions de tonnes.

{Le Tongkin et la voie commerciale du fleuve Rouge, par M. Ë. MiLLOT, 1882.)

Lia mission Sarran. — Ainsi que nous Tavons dit, une autre mission que celle de MM. Fuchs et Saladin a été envoyée parle Gouvernement pour étudier les gisements miniers du Tonkin. Elle était dirigée par M. Sarran, ingénieur colonial des mines, et comprenait plusieurs maîtres mineurs brevetés de TÉcole d'Alais. Elle est restée pendant près d'un an au Tonkin. Ses constatations confirment pleinement, en les complétant au point de vue pratique, celles de

MM . Fachs et Saladin . M , Sarran s'est attachée étudier les facilités d'exploitation, la nature du combustible, les débouchés, etc. Le rapport qu'il a publié à son retour a une importance capitale, et nous en reproduisons pour cette raison des passsages complets :

Le terrain hooiller forme une longue bande de près de 200 kilomètres; Tépaisseur totale du combustible utile y est d'environ 20 mètres. La proximité de la mer et les cours d'eau du Delta sont pour les futures exploitations une circonstance heureuse qui évitera la construction des voies ferrées autres que celles du service. On trouve, en eflfet, en plus d*un point de la côte et dans le Song-King-Tay et ses tributaires, à proximité du terrain houiller, des fonds suffisants pour recevoir des bâtiments d'un fort tonnage pou- Tant être affectés au transport des charbons.

.Tous les cours d'eau, sauf ceux de l'intérieur de la baie d'Hone-Gay, de l'île de Kébao et d'Ha-Tou, ont des profondeurs suffisantes pour permettre l'emploi de bateaux d'un certain tonnage pour le transport de la houille.

Tous ces charbons, quoique provenant de galeries ayant de 12 à 25 mètres de profondeur, ne sauraient être considérés autrement que comme charbons d'affleurement. Cependant, telles quelles, les indications que nous fournissent ces essais sont précieuses à noter. Elles nous permettent de conclure que le type est bien celui que nous avons dit : charbon maigre, ayant son équivalent en France, dans le Gard, à la Grand'Gombe, et dans le Nord, à Anzin. Nous pouvons, en outre, déduire des opinions exprimées par les rapports faits au sujet de ces essais que cette houille sera utilisable, sous forme de briquettes, aux chaudières marines. Il ne faut pas oublier que les résultats peu satisfaisants obtenus d*abord aux chaudières sont dus à l'état poussiéreux du charbon, favorisé par les nombreux

transbordements qu*il a dû supporter pour arriver de la mine au point de consommation. En exploitation normale, le combustible sera rendu aux bateaux dans les conditions habituelles, c'est-à-dire avec une proportion de roche et de fins équivalente à celles de nos meilleures houillières françaises.

Ces expériences font, en outre, ressortir la pureté du charbon, qui donne peu ou presque pas de mâchefer, son grand pouvoir calorique, et Tabsence presque complète de fumée, condition qui n*est pas sans vsdeur pour la flotte de guerre.

Quant à nous, notre opinion est que le Tonkin possède une richesse immense en excellent combustible que la marine de guerre emploiera avec des avantages marqués sur n'importe quel charbon des mers de Chine et d'Australie, rivalisant avec TAnzin et le Cardiff, par leur extrême pureté, la rareté de la pyrite de fer, et par un développement de calorique, tout au moins équivalent à celui fourni par ces charbons.

Tous les renseignements que nous fournissons aussi complets que possible sont suffisants pour juger, en pleine connaissance de cause, de la valeur d'un gisement qui, sur une étendue de 40,000 hectares, contient un massif de charbon de plus de 12 milliards de tonnes.

C'est, comme on le voit, une immense richesse en combustible^ qui pourrait fournir pendant six cents ans une production égale à celle de toutes les houillères de France^ estimée à 20 millions de tonnes par année.

La marche ascendante dans les ventes, le développement des charbonnages établis, seront les conséquences naturelles des relations de plus en plus grandes que les nations européennes, notamment la France, auront avec l'Extrême-Orient. Mais, sans spéculer sur l'avenir réservé aux premières houillères importantes de ces contrées, il est acquis d'ores et déjà à l'actif des premières mines houillères qui s'ouvriront au Tonkin, un débouché de 100,000

tonnes de consommation locale, se répartîssant ainsi qa*il suit : (suit un tableau détaillé).

Pour les personnes versés dans Tari des mines, conclut M. Sarran, ce que nous avons dit des couches de charbon, de leur mode de gisement, de la nature du combustible, etc. , est largement suffisant pour permettre de reconnaître que Texploitation sera placée dans des conditions ordinaires des houillères françaises, notamment de celles des départements du Gard et de la Loire.

G^est à ce moment, moment peu éloigné si Ton

active la mise en valeur des mines du Tonkin, que tomberont d'elles-mêmes toutes les critiques peu raisonnées et plus ou moins malveillantes qui se sont produites à Tocca-

sion de notre nouvelle possession On ne saurait trop

encourager Tindustrie minière dans les parties montagneuses du Tonkin, de même qu'on ne saurait trop favoriser les établissements agricoles et industriels qui pourraient s'établir dans Icîî nombreuses vallées qui aboutissent au delta. G'est en encourageant et favorisant les industries diverses qui peuvent donner du travail aux indigènes qu'on pacifiera le pays, en apportant en outre une somme de revenus considérable au budget. La piraterie cessera d'exister le jour où le travail sera distribué en abondance à tous les bras inactifs, et où chaque indigène sera sûr de recueillir sa part de bien-être en consécration d'un travail journalier.

(Etude sur le bassin houiller du lonkin, par E. Sarran, ingénieur colonial des mines, 1884-85.)

Opinion d^un Anglais. — Sur ce point comme sur tous les autres, Tattention des étrangers semble s'être plus sérieusement éveillée que la nôtre. Voici par exemple la conclusion d'une

intéressante étude parue en octobre 1889, dans la Pall Mail Gazette, Elle vient d*un correspondant de ce journal^ qui a fait en Extrême- Orient un séjour prolongé. Il apprécie, comme on va le voir, les richesses naturelles de Tlndo-Chine, et en particulier les mines de charbon de Hone- Gay, de Campha et de Hatou (Tonkin) :

En résumé, en ce qui concerne les métaux, la richesse du Tonkin n'est pas douteuse, il y a deux ans, Tingénieur des mines envoyé en mission spéciale par le ministère de la marine et des colonies pour faire un rapport sur les gisements de charbon du Tonkin, dressa une liste des autres mines exploitées par les indigènes, au nombre de 117, parmi lesquelles 32 mines d'or, 13 mines do cuivre, 29 de fer, 7 d'antimoine et 6 de zinc. Ici je commence à parler d'après ma propre expérience.

Sur la concession de la Société française des charbonnages du Tonkin, en un lieu appelé Campha, j'ai vu un filon d'antimoine d'une pureté remarquable, long de 3,000 yards sur une épaisseur moyenne de 20 pieds, et j'ai rencontré un bloc compact de pur oxyde d'antimoine pesant 16 tonnes...

Infiniment plus importants, ajoute le correspondant anglais, sont les charbonnages qui s'étendent tout le long des côtes orientales du Tonkin. Depuis des années, l'existence de ces dépôts était connue et maintes fois les commandants des canonnières françaises, frappés de la multitude des affleurements, avaient envoyé en France des rapports signalant les avantages énormes qui résulteraient pour la France de l'exploitation régulière de ces gisements.

Enfin, la compagnie que j'ai mentionnée plus haut fut formée il y a deux ans, pour exploiter une concession obtenue par M. Bavier-Chauffour, et un grand nombre d'actions fu-

rent placées à Hong-Kong. A cette époque, l'affaire paraissait aventureuse et bien des capitalistes français et étrangers se tinrent sur la réserve...

Maintenant la Société emploie déjà mille ouvriers indigènes, deux ingénieurs et une douzaine de maîtres mineurs. Sa concession s'étend sur quelques vingtaines de milles carrés, dont un dixième à peine est encore exploré. Elle se compose des trois districts de Hone-Gay, Hatou et Campha, les deux premiers exclusivement houillers. J'ai parcouru deux fois l'ensemble des chantiers et pénétré dans chacune des galeries ; j'ai même pris des photographies des mineurs à l'ouvrage. Ainsi j'en puis parler avec quelque compétence. Pour la quantité delà houille, elle est en réalité inépuisable. Il y en a 3 millions de tonnes en vue, et personne ne peut prédire ce qu'on en trouvera au-dessous.

J'ai pénétré dans une vingtaine de galeries, dont chacune traverse une veine compacte, épaisse de 10 à 20 pieds. A Hatou, il y a sept veines côte à côte, formant une masse de houille épaisse de 54 pieds. Et encore est-ce là simplement le résultat des recherches préliminaires. La « Mine Marguerite », à Hone-Gay, est une grande montagne de houille. Quant à la qualité, les résultats sont également bons. Les travaux faits jusqu'à présent ont eu surtout pour objet de découvrir les points favorables pour l'établissement de puits profonds, et, en conséquence, le charbon extrait était surtout du charbon de surface. Cependant l'analyse a donné des résultats excellents. On a essayé le charbon avec succès à bord de la canonnière V Arquebuse. J'ai moi-môme voyagé pendant deux jours dans une chaloupe de 50 tonneaux avec des machines à vapeur à haute pression brûlant constamment de ce charbon.

Uû premier contrat pour la vente de 500 tonnes a déjà été passé ; et, dans la dernière semaine, on a extrait de la « Mine Marguerite n du charbon donnant à l'analyse 16 pour cent de matière*s volatiles. C est justement ce qui manquait

dans les analyses précédentes pour donner au charbon indigène une légère supériorité sur celui de Gardiff. Chose curieuse, c'est exactement ce dernier résultat qu^avait prévu, il y a deux ans, Tingénieur des mines français dont j'ai parlé plus haut. « Notre opinion, concluait son rapport, est que le Tonkin possède des richesses immenses en excellent combustible, capable de rivaliser avec le charbon d'Anzin et de Gardiff par son extrême pureté, par Tabsence de pyrites de fer et par un calorique au moins égal à celui que fournissent ces charbons. »

Je demandai à l'ingénieur en chef quelle était son opinion : M Cest une richesse immense », me répondit-il. Et il paria sa réputation — et il jouait gros jeu — que dans quatre mois d'ici il fournirait une quantité de charbon égale à celle que donne Gardiff.

En Europe, dix compagnies se formeraient pour exploiter ce qu'on a déjà découvert sur cette seule concession. Quand elle aura pris tout son développement, la Société aura besoin d'une petite armée permanente de mineurs et d'un étatmajor d'ingénieurs.

Gomme preuve de l'importance qu'on y attache dans l'Extrême-Orient, je puis ajouter qu'aujourd'hui on trouve à Hong-Kong des acheteurs des actions de 500 francs de la compagnie à 700 dollars l'action, — 400 pour cent de prime, . — et pas de vendeurs, bien qu'il y ait des millires de ces actions placées dans la colonie.

Si les charbonnages du Tonkin tiennent leurs promesses, conclut le correspondant anglais, il est impossible d'exagérer leur importance pour l'Indo-Ghine. Au port de Hong- Kong seul, on consomme ^30,000 tonnes de houille par mois.

{Pall Mail Gazette, octobre 1889.)

Autres opinions. — Poursuivons nos citations :

S'il est au Tonkin un minerai qui possède une grande

richesse, c'est sans contredit le cuivre. Il est reconnu que tous les cours d'eau qui descendent des plateaux du Thibet roulent des paillettes d'or. Sur les marchés de Thanh-hoa, l'or sert d'échange. Le Tonkin est également très riche en minerai d'argent,,., dans les marchés de Thanh-hoa, l'argent est^ de môme que l'or, une matière à échange.

{Le Tonkin industriel et commercial^ par Calixte Imbert, négociant à Haï-Phong, 1885.)

Les plus importantes (mines) sont à Hong-Haï (Hone-gac) et les autres à Kébao, où elles affluent vers le sol, à

10 mètres environ au-dessus du niveau delà mer L'utilité

de ces exploitations résultera des chiffres suivants : Au Tonkin, nous avons payé le charbon 84 francs la tonne et nous en avons envoyé à l'amiral Courbet qui est revenu à 216 francs. Une Compagnie qui demandait la concession des mines, offrait de nous livrer le charbon à 22 francs.

(Procès-verbaux de la commission parlementaire des crédits du Tonkin^ déposition de M. le lieutenant de vaisseau Hautefeuille, le !•' décembre 1885; Officiel 1886.)

Un récit très intéressant et très probant à la fois, est celui que fait M. Grozat de Fleury; c'est un explorateur expérimenté, connaissant bien TExtrème-Orient, et qui voit surtout le côté pratique des choses. En 1886, il a passé plusieurs mois à explorer les rives du fleuve Rouge entre Hanoï et Lao-Kaï et celles de la rivière Noire jusqu'à Cho-Bô, marché indigène situé à la hauteur du barrage.

Grâce aux basses eaux du fleuve, dit-il, j'ai pu sur cer-

tains points examiner un peu les couches inférieures de ces terres. J'ai trouvé là des terrains d'ancienne formation, et comme P aspect seul de ces terres m'a fait de suite songer à la présence possible de Ter, j'ai fait, séance tenante, Texpérience suivante : J'ai pris à peu près le volume d'un litre de cette terre, je l'ai lavée, c'est-à-dire que j'ai fait . une « battée » pour employer, je crois, le terme des chercheurs d'or. Eh bien, cette poignée de terre contenait une très belle paillette d'or, et plusieurs autres morceaux très fins alors, mais très visibles dans le sable en employant une loupe. Je conserve le sable de cette « battée ».

Du reste, dans la dernière partie de mon voyage, j'avais aussi fait de fréquentes recherches. J'ai eflfectivement trouvé de l'or sur plusieurs points, et j'ai ainsi acquis la conviction que les terrains aurifères, au Tonkin, s'étendent sur de très grands espaces. Je n'estime pas à moins de î francs à 2 IV. 50 la quantité d'or qui peut être extraite d'un mètre cube de ces terrains. Et, cependant, je n'ai jamais lavé que des poignées de terre prises toujours à la surface du soi pour ainsi dire, alors qu'il faudrait aller à 5, 6 et même 11 mètres, disent les Muongs, pour trouver les grosses pépites. La plus grosse que j'aie trouvée égale à peu près le volume d'un grain de blé noir ou sarrasin^ je crois, ou encore, si vous aimez mieux, la grosseur d'une petite lentille.

Les Muongs qui ont eu chez eux des Chinois chercheurs d'or, ne finissent jamais par l'avouer qu'après de longues réticences, et lorsqu'on leur a prouvé le fait, par des traces matérielles irrévocables. Je suis ainsi arrivé à faire parler quelques vieillards et à obtenir des renseignements intéressants sur le travail fait par ces Chinois. Ces derniers ont exploité des terrains aurifères sur bien des points du pays, et cela presque toujours clandestinement. Malgré l'imperfection de leurs moyens d'extraction, c'est-à-dire impossibilité de faire des puits, ni de creuser de profondes galeries, lavant tout à la main et sans mercure, ils ne gagnaient pas moins de

2 fr. 50 à 4 francs par journée d'homme. Au dire des Muongs, il y a eu des bandes chinoises qui ont gagné ainsi beaucoup d'argent; je le savais déjà, l'ayant entendu dire souvent, il y a de cela 11 ou 12 ans, lors d*un séjour de

3 ans que je fis dans ce pays.

{Les rives du fleuve Rouge et de la rivière Noire^ par M. Crozat de Fleury; Hanoï, 1886.)

Dans le Haut Tonkin , on y trouve dès à présent, dans

des emplacements qui sont parfaitement connus, on y trouve des mines. Nous ne parlons pas des mines d'or et d'argent, dont on a beaucoup ri, peut-être à tort, mais des mines exploitées, des mines de fer et de cuivre. Ces mines sont à une distance variable, mais jamais très grande^ des cours d'eau. Les minerais peuvent très facilement être descendus par les cours d'eau -jusqu'au bord de la mer où se trouvent les mines de charbon étudiées par MM. Fuchs et Sarran. A côté des mines, se créent des usines, et à côté des usines s'élèveront des villes. Le Tonkin a en soi, je le répète, une valeur intrinsèque considérable. . .

{Le Tonkin et son commerce^ par Jp'» Ghailley, ancien Chef de cabinet de Paul Bert, au Tonkin, 1887.)

Il y a un fait que Ton ne saurait mettre en doute aujourd'hui : c'est que le Tonkin est un pays minier important. Le charbon s'y trouve en quantité considérable, et au bord de la mer, ce qui constitue un précieux avantage ; dans son voisinage, le fer se trouve en quantité, et les minerais sont très riches. Le Haut Tonkin renferme des mines d'or, à' argent ^ de plomb ^ (ïétain; on y trouve à profusion le soufre, V antimoine, le salpêtre^le cuivre.

(Le parti à tirer du Tonkin, communication de M. R. R. à la Société de géographie commerciale, 1887-88.)

Dans un discours déjà cité, M. Richaud, gouverneur général de l'Indo-Chine, s'exprime ainsi , au sujet des mines :

Mais ce qui doit surtout constituer au Tonkin une source de richesse, ce sont les nombreux' gisements miniers dont Texistence ne peut plus être mise en doute. Déjà la Société des charbonnages a commencé son exploitation, et tout fait espérer qu'avant deux mois elle pourra livrer ses produits à Pindustrie et à la navigation. Le concessionnaire des mines argentifères de Cao-bang commencera bientôt ses travaux. Plusieurs mines d'or et de cuivre étaient exploitées avant la guerre par les Chinois et les indigènes, et quoiqu'elles le fassent avec des moyens très sommaires, donnaient des résultats rémunérateurs. Je suis saisi de demandes pour la reprise de leur exploitation ainsi que pour celle de gisements d'antimoine récemment découverts.

{Discours de M. Richaud, 1889.)

... Aussi bien, il n'y a pas que les gisements houillers. Lors de la prise de Hanoï, on trouva dans les archives de Fadministration annamite des cahiers en caractères chinois contenant Ténumération des mines de métaux exploitées jadis en Annam et au Tonkin. La liste en est très longue. On pouvait douter de l'authenticité de ce document, tant qu'aucune recherche sérieuse n'avait été faite. Or, je suis heureux d'être à même d'annoncer la mise en exploitation imminente d'une de ces mines portées comme des plus importantes sur les registres annamites : c'est la mine d'argent de Ngan> Son, dans la province de Thaï-Nguyen, sur les confins de la province de Caobang. A la suite de travaux faits sur place, à deux reprises, par M. l'ingénieur Bédat, l'administration du protectorat vient de concéder la propriété définitive à une société en nom collectif Bédat et Saint-Mathurin ;

les filons ont été reconnus et une grande quantité du minerai extrait a é(é traitée sur place, suivant la méthode chinoise. Malgré Timperfection du traitement, le rendement moyen a été plus que satisfaisant.

En effet, on a obtenu trois kilos et demi d'argent fin par tonne de minerai brut.

Ce résultat inattendu a une importance capitale, car il doit provoquer la reprise de toutes les exploitations abandonnées à l'instigation des autorités annamites, dans le but de retarder le plus longtemps possible une prise de posses* sien effective du territoire par les colons français.

{Lettre du Tonkin adressée au Temps^ 11 janvier 1890.)

Une des richesses que beaucoup de personnes se refusaient à reconnaître au Tonkin, est la richesse minière. Chaque jour elle s'augmente, ou pour employer une expression plus exacte, elle est mieux connue. Le Journal officiel publiait dernièrement des renseignements sur les mines de la province de Cao-Bang.

Parmi celles qui appartiennent au domaine, il y a de nombreuses mines d'or, à Tiuh-da, à Vo-bac et à Noi-chiem ; à Vinh-son et à Giang-ngo ; à Tuong-pha et à Ha-pha ; à Thuan-mang. Des mines d'argent à Tuong-an, à Quangtru ; et une mine d'étain à Vu-nong.

Il est à souhaiter que ces mines soient étudiées sérieusement, car leur exploitation serait de la plus grande importance pour le pays.

(Lettre du Tonkin^ adressée au Moniteur des Colonies et des pays de protectorat, 1890.)

M. de Lanessan est, croyons-nous, le seul à mettre encore en doute Texistence des mines, excepté celles de charbon, dont il conteste presque la

valeur. Dans son volume, Y Indo-Chine française^ paru en 1889, il dit à peu près en propres termes qu'on ne connaît encore rien des mines. Que vaut une telle allégation, en présence des constatations minutieuses et scientifiques de la mission Fuchs et Saladin en 1882, et de la mission Sarran, en 1884- 1885; des expériences intéressantes de M. Crozat de Fleury en 1886, — sans parler de tous les travaux ou renseignements antérieurs que nous avons cités, ni des affirmations indiscutables de M. le gouverneur général Richaud en 1888, visant des concessions accordées et exploitées ? Chacun l'appréciera. Le voyage de M. de Lanessan a beau dater de plus de deux années déjà, il n'en est pas moins postérieur aux travaux que nous venons d'énumérer.

Une correspondance du Tonkin, relative aux mines de charbon de Kebao, adressée au Moniteur des Colonies et Protectoi^ats, montre que l'exploitation donne de bons résultats. Il s'agit de la mine concédée à MM. Dupuis et Millot, qui l'exploitent avec des capitaux exclusivement français.

M. Sarran, l'ingénieur en chef, vient, d'après cette correspondance, de faire deux essais très heureux de son charbon. Les expériences ont eu lieu sur la chaloupe le Phœnix^ des Messageries fluviales, pendant un voyage aux montagnes de marbre, et le lendemain, pendant la montée

de Haïpbong à Hanoï. Les soutes avaient été préalablement nettoyées à fond, pour que Ton fût certain qu'il n'y aurait aucun mélange. Pendant le voyage aux montagnes de marbre, la moyenne de pression fut 76<*, la moyenne des nombres de tours de itO. Les feux furent allumés à 11 heures, le départ eut lieu à 1 heure ; on arriva au mouillage à 3 heures 10, on en repartit à 3 heures 50 pour arriver à Haïpbong à à 5 heures 35. On avait consommé 1,600 kilogrammes de charbon, dont 300 pour Tallumage, et il restait 400 kilogrammes d^escarbilles bonnes à repasser. « Conduite du feu sans fatigue pour les chauffeurs, belle flamme courte, blanche, pas de fumée, très joli foyer, » dit le rapport.

Le lendemain le Phœnix fit le voyage d'Haïphong à Hanoï emportant 10 tonnes de charbon. Les résultats furent aussi satisfaisants que la veille. La dépense fut d'environ 150 kilogrammes par heure de marche. Le charbon produit une très belle flamme, la puissance de chaufife est considérable avec ce combustible maigre, très pur et très riche, contenant plus de 15 0/0 de matières volatiles, et déplus très dur et résistant. . . . Nous n^avons pas besoin de faire ressortir Pimportance de ces deux essais (1). Ils prouvent qu'avec du charbon de Kebao, pris à 6 mètres de profondeur seulement, on a obtenu les mêmes résultats qu'avec les charbons d'Australie et du Japon provenant de mines depuis longtemps exploitées.

{Le Moniteur des Colonies et des pays de Protectorat^ 18 janvier 1890.)

Voici encore un extrait du dernier ouvrage paru sur le pays (avril 1889).

Les conditions réunies au Tonkin pour l'exploitation des charbonnages permettent de tenir pour certain que la houille

(1) Des essais analogues ont été faits avec un pleia succès, le 5 mars 1890, abord de VAréthuse, entre Hanoï et Hong-Kong.

pourra se livrer au port d'embarquement à raison de 9 à 10 fr. la tonne, et que les briquettes pourront Télre au prix de 20 à 22 fr. Si l'on compare ces prix entre eux, on reconnaîtra que, le prix du fret ajouté, il existe encore un écart considérable en faveur des charbons tonkinois.

Gomme on le voit, les houilles du Tonkin, indépendamment de leur utilité pour la flotte et nos colonies de rindo-Chine, ont des débouchés assurés, et pourront entrer en lutte, sur les marchés de l'Extrême-Orient, avec des avantages incontestables.

(UEmpire d*Annam et le peuple annamite^ par J. Sil- VESTRE, administrateur principal en Cochinchine, 1889.)

Enfin tout récemment, un correspondant du Temps à Haïphong a tenu à voir par lui-même les divers gisements, à les visiter en détail ; écoutons son récit :

. . « J^ai tenu à me rendre compte des travaux dans les charbonnages de la baie d'Along, autour desquels on a tant fait de bruit. . .

Aujourd'hui, une série de constructions s'élèvent en ce même emplacement ; le fourmillement des ouvriers employés à rédifîcation des i)ureaux, habitations, magasins et laboratoires, baraquements, donne l'illusion d'une ville qui se crée. Un vaste remblai va servir de point d'appui aux quais et appontements. Là se trouve le siège de l'entreprise, point terminus où doit aboutir un réseau ferré de plus de 50 kilomètres de développement, sillonnant les divers chantiers qui s'étendent entre Hongay et Gampha.

Nagotna, que n'avait pas vue M. Fuchs, est la région la plus proche d'Hongay ; après de longues recherches, les ingénieurs ont déterminé l'emplacement du puits dont le

forage va être entrepris. L'exploitation est commencée par des galeries percées dans les couches offrant un relief suffisant et s'étendant, partie vers la baie, partie vers le continent.

L'analyse a démontré que le charbon était chimiquement très pur, mais pauvre en matières volatiles.

Plus loin nous arrivons à la mine Marguerite, désignée sous le nom de « Henriette » dans les rapports ou sur les cartes de MM. Fuchs, Saladin et Sarran.

Un petit embranchement prenant les produits à* trois kilomètres environ du point d'embarquement, est en construction ; la mine Marguerite est exploitée à ciel ouvert et le tracé du chemin de fer découvre à chaque pas, de nouveaux affleurements ; mais on prépare aussi des galeries à flanc de coteau.

La composition de ces charbons est supérieure, comme matières volatiles, à celle des produits de Nagotna.

C'est à Hatou que les plus grands efforts paraissent avoir été faits. Le point central des chantiers de cette région se trouve distant de douze kilomètres d'Hongay ; la route de terre, à peine tracée, étant fort pénible, nous préférâmes traverser la baie en chaloupe et remonter en sampan la petite rivière qui coule à proximité des mines. Je recommande cette excursion fort pittoresque aux touristes de l'Extrême-Orient qui s'égareront dans nos parages; ils verront un des coins les plus curieux du golfe et débarqueront dans une vallée rappelant les plus beaux sites des Vosges ou du Jura (les arbres en moins).

Nous longeons une voie qui aboutit, deux kilomètres plus loin, au campement des mineurs. Avant d'y arriver, nous pénétrons dans une première galerie de recherches assez rapprochée de la mer où la couche de charbon a une épaisseur d'un mètre vingt.

Après avoir gravi une rampe assez dure, nous nous trouvons, à flanc de coteau, devant un trou béant qui indique'

l'ouverture de la galerie principale de la mine Fanny. Le travail de boisage, dont la mauvaise qualité des bois de la région a augmenté les difficultés, a été fort bien mené ; précédés par des indigènes porteurs de lampes, nous pénétrons dans la galerie et atteignons bientôt une profondeur de 75 mètres.

Les murs de charbon se dressent hauts et épais tout le long du parcours; à mi-chemin, une deuxième galerie, partant de celle dans laquelle nous circulons, traverse le toit noir, allant chercher Paération sur le sommet de la montagne. Nous pataugeons dans Teau qui suinte de toutes parts, et sortons de là trempés, mais émerveillés. Cette couche, dont on suit du dehors la disposition, grâce à une tranchée à ciel ouvert, n*aurait pas moins de 15 mètres d^épaisseur.

Il y a deux autres chantiers dans ces gisements d'Hatou ; Fun, désigné par le qualificatif de c recherche inondée », donne du charbon contenant de 12 à 14 0/0 de matières volatiles ; les ingénieurs affirment que ce n'est pas le dernier mot. L*autre, appelée « la grande recherche », a servi à montrer la régularité de la couche.

A 25 kilomètres au delà d*Hatou se trouvent les gisements de Gampha, qu'on n'a pu relever encore très exactement. Ce point excentrique de la concession des charbonnages français est en prolongement de Kébao sur la côte ; les premières fouilles ont donné du charbon maigre, très pur et très riche.

Je ne vous parlerai cette fois ni de Kébao, où M. Sarran, ringénieur chargé de la direction des travaux vient de sMnstaller, ni des houillères d'Annam (Nong-Son), où le mode d'exploitation va être transformé ; il faut laisser à ces deux entreprises le temps de s'organiser. Mais je voulais pouvoir affirmer, au moment opportun, la richesse des terrains miniers tonkinois.

{Lettre du Tonkin adressée au Temps^ 11 janvier 1890.)

Et pour terminer nos citations sur cette question des mines du Tonkin, pour la montrer sous un aspect plus large et plus élevé, nous reproduisons Topinion d'un officier anglais de l'armée du Bengale, le capitaine Norman qui a écrit en 1884 un livre tout exprès pour signaler à ses compatriotes l'accroissement de force que la France tirerait de son établissement dans rExtrême-Orient.

Le Tonkin est un des plus riches districts de la grande péninsule indo-chinoise ; arrosée par un fleuve magnifique qui est navigable pendant plusieurs centaines de kilomè* très, cette province est une des principales sources de richesse de la Chine occidentale,,. Ne serait-ce que pour s'emparer de ce commerce important, la possession du To7ikin est très désirable, mais il existe d*autres avantages qui rendent cette possession non moins enviable. Les versants méridionaux des montagnes qui forment sa frontière au nord sont couverts de forêts pareilles à celles qui sont une si grande richesse pour le Birmanie ; les districts qui se trouvent dans le voisinage de nombreuses rivières sont les plus fertiles dum^nde ; on y récolte du thé, et, détail très important pour les Français, et aussi pour nous, c'est qne de nombreuses et abondantes mines de houille existent dans plus d'une des localités du littoral.

On ne doit pas oublier que le traité de Francfort (1871) a privé la France de presque tous ses grands terrains houillers de TEst. Les chemins de fer français dépendent aujourd'hui presque exclusivement de notre pays pour le combustible ; les comptoirs maritimes de la France sont, à cet égard, sous notre entière dépendance. Si une guerre européenne éclatait, les magnifiques vaisseaux cuirassés de la République manqueraient de charbon et ses colonies deviendraien

facilemeut la proie de la nation qui possède des mines de houille en Orient. Malgré les riches terrains houillers que nous possédons aux Indes, nos chemins de fer et nos navires sont encore alimentés par la mère patrie ; et si une guerre venait à mettre la France et l'Angleterre des deux côtés opposés, les efforts tentés sans succès au commencement du dix-neuvième siècle redoubleraient aujourd'hui. Si les croiseurs français étaient ravitaillés par les mines houillères du Tonkin, ils nous barreraient le chemin de la Chine ; la Birmanie et Calcutta seraient bloqués et la sécurité de nos possessions serait gravement compromise... Il nous serait impossible de protéger notre marine marchande ; et si un seul Alabama français, dans les mers orientales, avait la facilité d^aller se ravitailler dans les ports du Tpnkin, il pourrait paralyser notre commerce en Orient.

(Le Tonkin ou la France dam V Extrême-Orient, par C.-B. Norman, ancien capitaine de Tétat-major du Bengale et du 90® régiment d'infanterie, 1884).

Page 1