SIEGE ET SORTIE
Siège et sortie.
Diego et sa cavalerie n'ayant pu empêcher que les autorités de Séville ne fussent instruites de ce qui se passait au Puntal , la consternation s'était aussitôt répandue dans la ville. Le tocsin fut sonné par l'immense cloche de la Giralda ; tous les citoyens coururent aux
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armes; les régidores et le commandant en second des milices avaient organisé la défense ; des canons étaient braqués à toutes les issues de la ville , le haut et le bas du Guadalquivir étaient gardés sur l'une et l'autre rive; des patrouilles parcouraient les rues pour maintenir la populace dans l'ordre.
Quand on eut ainsi pourvu à laVéfense de la cité , il fut unaniment décidé par les notables qu'une colonne expéditionnaire composée de la moitié deJa garnison, des chasseurs de campagne ou iniquelets qui sont les gendarmes du pays , et enfin des hommes de bonne
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volonté, partirait avec de l'artillerie pour aller reprendre le château del Puntal.
Il n'était pas de famille un peu considérable par son rang qui n'eût quelqu'un de ses membres parmi les conviés aux noces de dona Mariquita , présentement prisonniers des bandits.
Une troupe de volontaires délibérés se composa de parents , des amis et des clients des patriciens ! détenus par les Bartuleiros , pour nous servir d'une expression romaine qui a un sens en tous pays. Qu'on nous montre un homme riche sans clients!
La cohorte se mit en marche vers huit heures du matin, à onze elle était en vue du château, à onze heures et demie elle avait pris ses positions , cernait la place et coupait toutes les avenues.
Le drapeau noir à tête de taureau rouge flottait sur la plus haute des tourelles. Les bandits étaient en nombre bien suffisant pour résister a une attaque. Dans la campagne peu boisée autour de l'habitation , les moissons étant achevées, on avait la vue des moindres mouvements des nouveaux assiégeants qui s'approchaient.
Yunqué n'était pas sans inquiétude.
Zorrastron lui manquait : Diego, bien qu'il ne fût pas encore publiquement dégradé, ne pouvait plus en fait exercer aucune autorité ; les plus rudes brigands étaient mécontents de la condamnation à mort du capitaine ; une foule d'autres, ivres ou épuisés de débauches , gisaient çà et là sans mouvement. Cependant Pablo dit au Matador:
— Tu as compris, Diego, pourquoi j'ai fait acte de sévérité envers toi.
• — Oui, frère, répliqua le toréador; je t'approuvais intérieurement.
-*• Zorrastron était un scélérat qui
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nous eût assassinés au premier jour pour s'emparer du commandement; il ternissait l'éclat de notre cause par ses cruautés et son avidité de pillage.
— Pour s'en débarrasser l'on ne pouvait mieux faire que ce que tu as fait.
— Mais il fallait se montrer impartial , j'ai dû te punir.
— Frère , ne doute point de moi , dit le toréador.
— Je voulais seulement savoir si tu ne me reprochais rien.
— Rien, Pablo, rien. Toul-à-rheure
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je serai sur la brèche, et s'il faut y mourir, j'y mourrai !
Les deux frères ne s'embrassèrent pas , ils ne se serrèrent même point la main, de crainte de donner quelque ombrage, à leurs farouches compagnons. Diego avait déjà dépouillé ses ' marques du commandement ; il eut l'air d'avoir reçu du général un poste particulier, s'arma d'une longue carabine et se joignit à une troupe de bartuleiros qui devaient défendre la tour du nord.
Toutes les issues étaient gardées.
Yunqué ne perdait pas de vue Zorrastroh, toujours aiiaché à son trbre, et
qui demandait l'exécution immédiate de la sentence ou sa liberté : car midi sonna enfin. Mais les hurlements du bandit furent étouffés par les détonations de la fusillade et de l'artillerie.
Les Sévillais , jugeant bien que les prisonniers n'étaient pas dans' les tourelles pleines d'insurgés , battaient en brèche les points principaux et démantelaient ainsi la place ; les tours tombèrent successivement en écrasant une foule de bartuieiros; la terreur s'empara des autres , les gardes de Zorrastron furent du nombre, ils abandonnèrent leurs postes. Une sortie en armes
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fut décrétée par acclamations.
Pabio Yunqué se vit obligé de céder au vœu général , et au moment où il marchait à la tête des siens pour gagner la campagne , un des vieux forcenés de la bande courut couper les liens de Zorrastron qui ne poussa pas un cri , ne dit pas un mot , saisit un sabre et parut hésiter un instant.
Don Alvaro Barros cependant était libre dans la chambre voisine du patio intérieur, la sentinelle avait reçu la consigne de le laisser sortir s'il le voulait ; il attendit quelque temps Zaléa, puis il
alla voir ce qui se passait : les insurgés alors tenaient encore.
Enfin la bohémienne reparut :
— Toutes les poternes, dit-elle, sont gardées, je n'ai pas même pu délivrer les domestique du marquis ; mais voici toutes les doubles clés que le majordome vient de me remettre. Le brave homme n'était pas emprisonné, car il fournissait des vivres et du vin aux bartuleiros. Si , comme je le crains, les Tudilla sont obligés d'évacuer la place, ces clés, seigneur Barros, vous serviront à rendre la liberté à tous les hôtes du marquis.
Lorsqu'elle eut dit , la bohémienne sortit en courant pour aller, selon son usage, se placer auprès de Diego qui se battait maintenant comme un lion. Plus tard , lorsque les bartuleiros se décidèrent à gagner les champs, la gitana s'attacha aux pas du toréador.
Don Alvaro Barros, aidé par l'honnête majordome, eut bientôt ouvert les cachots des invités et des domestiques ; en remontant, il vit Zorrastron et son complice sortir à la dérobée à travers les débris d'une tourelle opposée à la brèche que les bartuleiros avaient choisie pour s'enfuir.
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— Messeigneurs, dit-il à quelques cavafïers, emparons-nous au moins de ces deux hommes, les plus criminels de tous les assassins.
Les gentilshommes ne se firent pas répéter cette invitation, ils suivirent avec ardeur don Alvaro qui ie premier iit teu sur Zorrastron.
Le cruel bandit opposa une résistance extraordinaire ; mais enfin, désarmé par le fiancé, il fut entouré de toutes parts et rapporté pieds et poings liés dans cette même cour où il avait déjà attendu le dernier supplice.
Les bartuleiros , décimés par l'artillerie , cernés par une troupe trois fois plus nombreuse que la leur, et voyant surgir sans cesse de nouveaux ennemis, firent en vain des prodiges de valeur , les gorges de la Sierra leur manquaient.
Pablo Tudilla, dit Yunqué le général , Diego le toréador, son frère, tous deux couverts de blessures, vingt-cinq autres bandits et la fidèle Zaléa, qui n'avait pas quitté son maître, furent faits prisonniers et renfermés le soir même dans les cachots de Triana.
Zorrastron, enchaîné comme une bête
féroce , y fut aussi conduit par les miquelets.