‹ Le toréador (volume 2)Chapitre 12 sur 14 · LA JUSTICE DU ROI · texte numérisé non relu

LA JUSTICE DU ROI

La Justice du roi.

A la requête de don Alvaro Barros, on rendit la liberté à Zaléa dès le lendemain matin , car il était constant que la jeune fille n'avait jamais fait usage de ses armes que pour détourner les coups dirigés sur son maître et seigneur Diego le toréador. D'un autre côté, sa conduite

2f>4 LE TORÉADOR.

envers les invités prisonniers dont elle avait été l'ange protecteur, son dévouaient au vieux marquis , sa blessure, les dangers qu'elle avait courus en bravant Zorrastron, lurent pris en considération; Zaléa devint l'objet des louanges populaires. Par faveur spéciale, elle reçut l'autorisation d'aller revoir les Tudillas dans leur cachot , où elle passait la journée avec eux, toujours bonne, attentionnée , aimante, prête à tous les sacrifices.

Si le toréador parlait de sa mort prochaine, la pauvre enfant pleurait; elle souriait à la moindre espérance , elle

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s'efforçait de distraire les infortunés captifs par ses chansons et ses propos.

Triste , mais résignée , si le matador parlait de son amour pour Mariquita dont elle lui apportait régulièrement des nouvelles , la gitanita n'ouvrait jamais la bouche de ce qu'elle avait osé déclarer avec tant de chaleur, quand elle suppliait le matador de délivrer don Alvaro.

La famille del Puntal était àSéville, le marquis y avait été porté en litière, les gens de l'art le soignaient, on conservait peu d'espoir de le sauver. On conçoit qu'en ces tristes conjonctures

le mariage des fiancés dût être ajourné indéfiniment

Zaléa n'ayant plus d'asile en trouva naturellement un dans la maison du marquis.

Don Alvaro Barros la traitait avec bonté ; mais quoi qu'elle eût fait lors des événements qui avaient ensanglanté le Puntal , elle ne lui pardonnait pas d'être la cause première des erreurs et des infortunes du toréador. C'était toujours la même lutte de passions et de dévoûments contradictoires dans le cœur de la gitanita. Elle aurait désiré que la main de la noble héritière fût à jamais

engagée, et comme elle voulait Mariquita heureuse, comme Mariquita aimait don Alvaro , Zaléa se surprenait à faire des vœux pour une union dont la pensée était encore le plus cruel tourment de Diego Tudilla.

A Séville , les hidalgos et la bourgeoisie étaient sans pitié pour les rebelles; cependant ce qu'il y avait de romanesque dans l'histoire du matador lui rendait assez favorables quelques hommes et toutes les femmes, même celles de haut parage. L'amour sera toujours une circonstance atténuante aux yeux des premiers, une excuse souve-

raine auprès des secondes.

A Madrid , on fit beaucoup de bruit de l'aventure ; le roi Philippe IV voulut témoigner sa sympathie à son vieux serviteur le marquis del Puntal en lui octroyant le titre de commissaire royal extraordinaire louchant l'affaire des bartuleiros. De grands privilèges étaient attachés à cette charge provisoire ; le bruit courut même que le commandant général des milices avait des pouvoirs assez étendus pour user du droit de grâce envers ceux des insurgés qui lui paraîtraient diones de clémence.

Zaléa se mit en prières avec plus de

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