IV. TDISKAimn
ferveur que jamais, afin d'obtenir du ciel le rétablissement du vieillard.
La justice du roi n'est pas prompte comme celle des bandits. Deux mois s'écoulèrent en procédures. Pendant ces doux mois, une crise inespérée sauva le marquis del Puntal qui pouvait se traîner à l'aide de béquilles lorsque parut enfin le grand jour du prononcé de la sentence.
Toutes les hôtelleries de la ville regorgeaient d'étrangers ; on était venu de Cadix, de Grenade et même de Madrid pour suivre les débats d'un procès où chaque interrogatoire révélait des faits
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dramatiques du plus puissant intérêt.
Dona Mariquita del Puntal, quand elle fut appelée en témoignage, détourna de dessus la tête du toréador une foule de charges accablantes.
Zaléa-la-Rousse fut sublime. Inspirée par un amour qui s'était accru de toutes les terreurs de ces derniers temps et de tous les dangers courus par son maître, elle trouva dans son cœur des paroles qui émurent l'auditoire.
Le toréador en fut pénétré ; lé soir, au retour dans la prison, il prit la main de la gitanita :
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— Pauvre enfant, murmura- 1- il, tu m'aimes trop pour ton bonheur!
Il y avait encore dans ces paroles dites avec effusion un souvenir vivace de Mariquita ; la fidèle Bohémienne fondit en larmes :
— Il ne m'aimera jamais ! jamais ! s'écria-t-elle.
— Zaléa, ma fille chérie, tu as en moi le père ie plus tendre.
Les pleurs de la Gitanita redoublèrent:
mais ensuite voyant qu'elle attristait le prisonnier, elie fit un effort, cacha sa douleur sous un sourire et sortit un ins-
tant après , afin de s'y abandonner sans / contrainte.
La populace , qui dans tous les pays , conserve avec une sorte de vénération les noms des Mandrin , des Cartouche , des Schwartz-Peter et des FraDiavolo, était généralement favorable aux bartuleiros, qui pendant l'insurrection se disaient les défenseurs de la cause populaire.
On savait que de vieux soldats justement irrités avaient été le noyau de la bande ; les atrocités de Zorrastron n'infirmaient en rien cette opinion, puisque le chef de l'insurrection voulait le punir
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de mort. Aussi, le jour du jugement, une multitude immense accourue de toutes les parties de la province, remplissait les rues de Séville, et les abords du palais de justice étaient obstrués , lorsqu'enfin le président du tribunal donna lecture de la sentence qui condamnait Zorrastron et ses principaux camarades à être roués vifs.
Pablo Tudilla dit Yunqué, en sa qualité de chef de la conspiration , devait avoir la tête tranchée.
Les moins coupables, et entre autres
Diego Tudilla, furent traités avec indul- ». is
gence et seulement condamnés à être pendus.
L'arrêt passa de bouche en bouche; le peuple s'en émut profondément ; on entendit des voix qui demandaient grâce pour le toréador.
Zaléa s'évanouit dans les bras de Mariquita. Celle-ci ne put s'empêcher de verser des larmes : Alvaro Barros fut vivement touché.
Le jeune officier avait pardonné â
Diego des crimes causés par l'ardent
♦ amour de Mariquita.
i /exécution oevan avoir lieu le lende-
LR TORÊAIMÏR. 275
main en présence de tous les hauts dignitaires de la province , sur la grande place où dix ans auparavant la famille de Franchipargo avait été mise à mort , sur l'endroit même où le toréador avait recueilli la petite Bohémienne.
Dans les faubourgs et surtout à Triana, la populace murmurait et grondait sourdement. Il ne faut pas oublier que Diego était son idole, qu'elle l'avait porté en triomphe, qu'elle l'avait applaudi cent fois sur l'arène.
Lorsqu'un homme dont la gloire est véritablement comprise par les gens de la dernière classe doit être sacrifié aux
lois, les lois elles-mêmes cessent d'être respectées. Qu'un savant au moment d'accomplir une découverte utile à l'humanité expire sur l'échafaud , le peuple passera froid devant ses restes ; mais il ne souffre pas sans résistance qu'on lui brise son jouet favori , qu'on lui enlève son héros , son comédien , son bouffon ou son toréador.
La garnison fut mise sous les armes ; les miliciens firent des patrouilles durant la nuit , et les abords de la prison furent étroitement gardés.
L'on refusa même à Zaléa la permission d'aller revoir son maître une der-
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nière fois. Elle eut beau pleurer et prier, elle fut iiu pitoyablement repoussée.
Sur les entrefaites, d'une des hôtelleries principales sortit une troupe d'étrangers à la tète desquels marchait un personnage dont il a été question au début de ce récit : c'était Matéo le vieux toréador.