I.E TOHÉADOK. * <î
— Vous mentez! traîtres! s'écria le toréador, mon frère est mort à Rocroy depuis plus d'un an. Devant Dieu soit son âme!
— Tes injures et * tes menaces, reprit le négociateur avec modération, tes paroles outrageantes, rien ne saurait nous blesser. Nous remplirons notre mission jusqu'au bout. Apprends d'abord que ton frère a survécu ; tu le saurais s'il n'avait tenu à passer pour mort dans ce pays. Comme il prévoyait ta résistance il nous a chargés de te remettre cette médaille que vous trouvâtes autrefois ensemble dans les ruines d'italica.
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L'émissaire de Pablo Tudilla présentait à ces mots une pièce de monnaie à Diego le toréador.
— Eh bien ! reconnais-tu cela! demanda-t-il. Ton frère, pour achever de te convaincre, m'a chargé en outre de prononcer devant toi ces paroles que tu comprendras sans doute mieux que nous :
Faute d'un clou, un fer se perd, Faute d'un fer, un cheval.
Faute d'un cheval, un cavalier.
Pablo Tudilla était de dix ans plus âgé que Diego. Il servait depuis sa jeunesse dans ces fameuses bandes espagnoles
tE TOUiADoK. \'2\
qui passaient pour ia .première infanterie du monde avant d'avoir été défaites à llocroy. Quatre ou cinq années auparavant, Pablo, le sergent, était venu à Séville pour revoir son frère. Un jour ils trouvèrent, dans les ruines d'Italica, la médaille dont il est question, au moment où le matador confessait au militaire son amour pour dona JMariquitadel Puntal. Pablo, grave et laconique, parlait volontiers par apophthegmes, il prit solennellement la main de Diego en lui récitant le proverbe :
Por un clavo, se p»< r le nnn hcrrndura. Por una hVrradura, uncaballo, Por un caballo, un caballero ;
4 22 LE TOKÉADOR.
voulant entendre par là que la passion malencontreuse du toréador lui serait funeste.
— Je garderai cette médaille, qui ne vaut pas un maravédi, en souvenir de notre entretien, continua le sergent ; les femmes, à commencer par dona Mariquita, valent moins encore. Je la garderai comme tu gardes ce sot anneau de fer aux armes de Puntalcs, honteux slygmate qui t'humilie, car elle te dit que tu n'es fils de rien ; ceux-là se nomment fils de quelque chose, hijos dCaigo. Corps Dieu ! c'est être doublement sot que d'aimer comme tu fais un enfant de leur caste orgueilleuse.
Le secret de cette conversation était resté entre les deux frères : les messagers ne pouvaient saisir le sens attaché aux citations du sergent ; mais le toréador qui avait pleuré la perte de Pablo ne put maîtriser une vive émotion en apprenant à n'en plus douter qu'il vivait encore.
— Soyez donc les bienvenus, seigneurs, dit-il après un instant de silence, pardonnez-moi mes soupçons injurieux et ma colère. ..je vous suivrai!
Presqu'au même instant, Juan vint annoncer que les quatre chevaux étaient prêts ; mais avant de partir le matador
\'l'i I.E loi; LA DOT...
fit servir à souper aux çfnvoyés de son frère.
Il n'est pas hors de propos de dire maintenant que les trois émissaires de Pablo Tudiila projetaient d'abord d'accoster le brillant gladiateur au sortir du cirque, de le désarmer et de l'entrai ner avec eux de gré ou de force sans lui donner aucune explication. Mais ensuite, lorsqu'ils eurent été nécessairement témoins de la scène du patio chez le marquis del Puntal, ils ne craignirent plus de trouver de la pari de Diego une trop vive résistance à leurs projets. lis s'y prirent moins violemment.
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L'ambassade avait du reste été confiée par le servent au plus adroit de ses lieutenants, à Zorrastron (le vieux renard).
Pendant le souper, il apprit à Diego qu'iiï] grand nombre de conjurés étaient réunis dans les ruines d'Iîalica, bien que l'armée fut encore dans les montagnes. Les insurgés prenaient le nom de Bxirtaleiros par allusion à la manière dont ils comptaient administrer les affaires (bartu/os). L'idée du pillage qui s'attachait à cette expression provoqua de la part des convives un éclat de rire fort éloquent.
Diego fronça les sourcils,
Zaléa tout à l'heure si heureuse de la joie de son maître qui retrouvait Pablo, Zaléa frissonna de crainte :
— Ce sont des brigands, pensa-t-elle, mon Dieu ; je m'en étais doutée.
— Pablo Tudilla, votre frère, poursuivit Zorrastron, porte désormais le titre de général et son nom de guerre est Yunqué (ce qui signifie enclume, fermeté, constance).
Le souper ne fut pas long ; on mangea peu, on ne parla guère.
De temps en temps Zorrastron jetait des regards étincelants d'un feu sombre
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sur la jeune bohémienne qui s'en apercevait, mais ne tremblait pas pour elle, car elle tut la première à demander Raccompagner son maître. Les conjurés ne voulaient pas qu'elle pût parler après leur départ ; en conséquence, elle monta en croupe derrière le toréador.
Les chevaux partis au galop ne s'arrêtèrent qu'à environ quatre milles de Triana, non loin du petit bourg de Santi- Poncé.
Le temps était superbe et les étoiles scintillaient au ciel bleu d'Andalousie comme des diamants sur un manteau royal:
Après une longue journée d'un soleil ardent, dont les rayons terribles avaient embrasé la terre et le ciel, après un de ces jours d'été que les belles enfants d'Espagne redoutent et passent sous les tentures du patio, une brise caressante, aussi fraîche qu'un sourire de vierge, répandait dans les airs de suaves émanations.
Les cavaliers guidés par Zorrastron longèrent d'abord une route bordée de jardins et de bosquets d'orangers. Les feux du volcan s'étaient éteints dans l'atmosphère, mais brûlaient dans leurs cœurs. Mille passions grondaient au fond de ces cratères à laves humaines ;
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l'explosion ne devait pas se faire attendre longtemps.
Autour d'eux tout est solitude et silence. Ils fuient rapides comme le vent, les coursiers éperonnés dévorent l'espace. La lune qui se levait donnait aux ombres du toréador et de ses compagnons, des proportions fantastiques.
L'amour, la haine, la jalousie, la colère, la cupidité, aiguillonnaient ces hommes
Dans le patio du marquis del Punlal,
ie chaïro, les chants de bonheur, les
douces paroles, les longues causeries,
les regards tendres, les gracieux éclats i. v
4 50 lt ToriÉADOR.
d'un rire velouté, se déroulaient sous les colonnades.
Le toréador courait à sa vengeance.
Après les jardins de plaisance qui environnaient la ville, les riches moissons, les fertiles prairies furent dépassées. En approchant de Santi-Poncé, un autre aspect frappa les yeux des voyageurs.
Celait çà et là des fûts de colonnes blanches qui se dressaient dans l'ombre semblables à des fantômes ; puis des arceaux en ruines ; plus loin des constructions romaines chargées de mousses et d'agaves, — les chevaux n'avançaient
plus qu'au pas à travers les sables calcaires et les cactus hérissés d'épines.
On se serait cru transporté au centre de l'Afrique.
Zorrastron et le toréador entraient dans Séville la vieille (Sévilla la vieja), dans Italica, la patrie de Trajan, d'Adrien et de Théodose, ville jadis fameuse qui fut fondée par Scipion l'Africain, et peuplée dans le principe par les invalides de ses légions.
Italica eut ses jours de grandeur. Elle avait Vu Métellus battre dans ses plaines les soldats de Sertorius ; elle avait résisté aux Suèves et aux Vandales conduits par
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Gonderic. Théodoric y était entré en vainqueur à la tête des Visigoths. Mais, ruinée par les barbares, dédaignée par les Arabes, elle n'avait pas été relevée ; car déjà l'antique Ilispalis, sa sœur, était devenue Séville la neuve, Séville la Merveille qui s'épanouissait sur les rives du Guadalquivir.
A l'époque où se passe notre scène, au milieu du dix-septième siècle, l'Europe n'était pas encore atteinte de sa fièvre d'antiquaire ; on ne songeait guère à envoyer chercher à grands frais des bornes-fontaines à Louqsor ou à Ninive. Le Tigre et l'Euphrate ainsi que le Nil coulaient en paix. On laissait les monuments
historiques aux lieux où ils signifient quelque chose; — allait les voir qui en était vraiment curieux !
Alors aussi les Sévillais se contentaient de leur Alcazar brodé d'arabesques à jour, splendide et ruisselant d'éclat ; ils l'admiraient tel que l'avaient fait les rois maures, et ne l'encombraient pas, sous prétexte de musée, de toutes sortes d'horribles bustes sans nez, sans oreilles et sans menton, de chapitaux corinthiens mutilés, de médaillons frustes et de statues écartelées.
Il s'ensuit que les ruines d'Italica conservaient au moins la majesté des rui-
ries ; — elles en conservaient aussi les mystères.
Lorsque les cavaliers firent halte, le village de Santi-Poncé avait été laissé sur la gauche depuis environ dix minutes; Juan mit pied à terre et s'enfonça dans l'ombre. Un instant après il revint :
— Capitaine, dit-il à Zorrastron, le général est prêt à vous recevoir.
Les chevaux restèrent confiés à la garde de l'écuyer.
Zorrastron et son camarade, le toréador et Zaléa, se glissèrent alors dans un
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étroit sentier à peine praticable, à tra-
vers les ronces chevelues, les épines et les décombres. Au-delà de cet inextricable dédale de fourrés se trouvait une sorte d'arceau, débris de quelque aqueduc; une large dalle tournante, dont les conjurés seuls connaissaient le secret, livra passage aux guides du matador, et un homme muni d'une torche les éclaira pour descendre dans les catacombes de la cité romaine.
Des routes obscures s'étendaient autour d'eux; à travers les ténèbres ils croyaient voir parfois des lumières vaciller, puis disparaître, puis reparaître à des dis-
tances qui semblaient infinies. Les voûtes tremblèrent un instant au bruit d'un pas de chevaux qui s'affaiblissait par degrés. C'était Juan qui ramenait les montures à Santi-Poncé dans quelque écurie des Bartuleiros.
Diego marchait sans défiance, et tout préoccupé de l'espoir de retrouver son frère Pablo. Zaléa le suivait de près ; elle avait la main sur son inséparable tiavajitla, poignard coquet prêt à frapper quiconque eût insulté le toréador.
Là gitana craignait une trahison.
Ses craintes heureusement ne furent
pas justifiées; une large trappe s'ouvrit tout à-coup , des torrents de clarté en jaillirent.
Diego était clans les bras de son frère Pablo ïudilla.
Au moment où le toréador lut introduit par Zorrastron, l'on entendit un murmure confus de voix. Les conjurés exprimaient sans doute leurs opinions sur le compte de leur nouvel auxiliaire, et nous devons croire que leur première impression fut favorable, car jamais dans aucun cirque d'Andalousie, Diego Tudilla ne s'était présenté avec tant d'avantages.
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La colère qu'il avait éprouvée chez le marquis del Puntal, ses émotions de la soirée, le bonheur de retrouver son frère, l'espoir d'une vengeance digne de lui, et peut-être, on ne sait quelle arrière-pensée d'amour qui s'unissait à tout cela, avaient laissé des traces sur sa mâle figure légèrement colorée par suite de la course qu'il venait de faire.
Le toréador était d'ailleurs d'une taille au-dessus de la moyenne, bien pris, admirablement musclé, — véritable gladiateur espagnol dont chaque attilude avait une grâce vigoureuse et dont
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chaque pose était noble bien qu'un peu théâtrale.
Pablo Tudilla dit Yunqué, le sergent, ou si l'on aime mieux le général des Bartuleiros, faisait contraste; — grand, maigre, sec et jaune, c'était un hommesoldat, un homme à ressorts, variété mécanique de l'espèce humaine, façonnée à tout exécuter par temps et mouvements plus ou moins précipités. Une balafre qui allait de Tune à l'autre de ses oreilles, des moustaches déjà grisonnantes et des yeux d'un brun obscur très petits et non moins vifs, caractérisaient sa tête posée sur un cou d'une longueur peu commune.
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Tandis que les deux frères se tenaient encore étroitement embrassés, Zorrastron vsalua de nouveau la bohémienne avant de se confondre ainsi que son camarade dans la foule des conspirateurs.
Pablo leur fit un signe de remerciement pour la manière dont ils s'étaient acquittés de leur expédition à Séville.
Zaléa feignit de n'avoir point remarqué les prévenances affectées du capitaine ( — il faut bien conserver ce titre à Zorrastron — ) ; elle restait à quelques pas de la trappe qu'on avait refermée comme un pont levis, elle attendait que lesTudillas daignassent l'appeler.
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Les plus jeunes conjurés ne laissaient pas que d'examiner la belle gitana d'un air où la galanterie l'emportait de beaucoup sur la curiosité ; toutefois ils n'approchaient point d'elle, car il eût fallu pour cela passer auprès du général dont l'entretien nvec le toréador était évidemment confidentiel et secret.
Yunqué, répéta d'abord à Diego, mais avec les développements nécessaires, ce que Zorrastron lui avait appris à Triana.
En débarquant sur la terre d'Espagne, les vaincus de Rocroy avaient été abandonnés sans secours et sans pain à la
charité publique. Un pareil traitement n'était pas fait pour convenir à ces orgueilleux fantassins, qui s'intitulaient seigneurs-soldats ; troupes braves et respectées comme telles en Europe depuis plus d'un siècle ; gens, du reste, farouches, cupides, violents, impitoyables, qui ne patientaient sous le joug de la discipline que dans l'espoir de piller quelque bonne ville d'Allemagne ou de Flandre.
Lorsqu'ilsse trouvèrent délaissés, dans un état complet de misère, la plupart rallièrent les bandes de pillards et de contrebandiers ; les montagnes se peu-
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plèrent des débris de l'armée détruilev Une troupe d'Andaloux gagna la Sierra- Morena. Pablo Yunqué se mit à leur tête.
Pendant un an, pour ne pas compromettre son frère, il n'approcha point de Séville où il se fit passer pour mort; mais enfin, à la sollicitation des principaux chefs, à la requête de Zorrastron, son premier lieutenant, le général des Bartuleiros établit le centre des opérations et l'arsenal de l'armée dans les ruines d'ïtalica dont il connaissait les détours depuis son enfance. Toutefois, la masse des insurgés, grossie de tous les vaga-
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bonds de la province, était restée dans les gorges de la Sierra ; Yunqué ne voulant s'aventurer en rase campagne qu'après s'être ménagé des intelligences à Séville et aux alentours. Il tenait donc à s'assurer du concours de son frère Diego qui, prenant à son tour la parole, raconta comment il se trouvait amené par les offenses de don Alvaro Barros à désirer une vengeance éclatante.
— Quoi! tu aimes encore celte petite fille ! dit Yunqué en parlant de dona Mariquita.
— Plus que jamais?
— Folie ! Je. t'ai toujours prévenu que les femmes perdaient les hommes. —
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Les femmes ne valent rien à Valence, dit le proverbe, et j'ajoute, moi : ni ailleurs !
— Je l'aime, interrompit Diego. Je ne demande pour prix de mon concours que la disposition entière de sa personne et de celle de l'insolent Alvaro Barros.
— C'est bien, frère, tu les auras ! Lorsqu'il en sera temps, je proclamerai moimême cette concession qui t'est faite, et tu peux être sûr de l'unanimité de nos camarades.
— Pour amour et vengeance! Telle est ma devise.
HO !.E TOIttiADOlt.
- Pour l'Espagne et la gloire! Telle est la nôtre, répliqua le général des Bartuleiros.
Les insurgés, les bandits et les coupejarrets de tous les temps mettent constamment ainsi le nom de leur patrie en avant lorsqu'ils ont envie de la dévaster; et, chose étrange, ils s'y trompent souvent eux-mêmes.
Yunqué fit alors signe à Zaléa de s'avancer; il la traita comme une enfant sans conséquence, qu'il avait vu grandir chez son frère, et, après quelques paroles familières, il ajouta d'un ton de protection amicale:
— Ainsi, ma petite, tu es ici de bon gré?
— Oui, seigneur Pablo, car je veillerai sur mon maître.
— Enfant! murmura le général.
— Cette enfant , s'écria la gitanita avec chaleur, cette enfant ne l'abandonnera jamais ! Cette enfant aurait voulu au prix de sa vie le détourner d'une révolte qui sera funeste à ses auteurs, je le crains. Mais puisque le sort en est jeté, seigneur, je vous demande des armes, je revêtirai un costume d'homme, et l'on verra que je puis manier une épée !
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Les deux frères sourirent à ce propos.
Pourtant, dès le lendemain, la fidèle bohémienne avait mis son projet à exécution ; au milieu des figures sévères des insurgés l'on voyait sa gracieuse tête se dessiner comme celle d'un page des vieux rois. Avec un reste de coquetterie féminine, elle s'était composé un équipement de garçon, tout brillant de vives couleurs. Quelques ballots pillés dans la montagne lui en avaient fourni les pièces principales, les autres furent empruntées à ses propres vêtements qu'elle sut tailler et arranger de manière à faire envie au plus adroit des costumiers de l'Opéra.
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Après la réponse de la gitanita ; — Frères! dit à haute voix le général en montant sur une estrade, Diego Tudilla le toréador va prêter le serment d'usage.
Zorrastron et les autres conjurés se formèrent en cercle :
— Seigneur soldat, reprit Yunqué, jurez de bien faire en toute occasion pour le peuple d'Espagne et le glorieux affranchissement des opprimés.
— Je le jure ! dit gravement Diego sa large épée nue à la main.
— Jurez obéissance à vos chefs, fidé-
lité à notre sainte cause, et fermeté à toute épreuve dans le cas où vous seriez pris par nos ennemis.
— Je le jure ! répéta le toréador.
— Et maintenant, compagnons, ajouta le chef des conspirateurs, puisque avant peu nous allons combattre en plaine, vous reconnaîtrez Diego ïudilla pour capitaine supérieur de notre cavalerie, il aura le troisième rang, après moi votre général et Zorrastron, capitaine supérieur des fantassins.
Les insurgés ne parurent pas étonnés de cette nomination à laquelle ils devaient s'attendre. La séance fut levée.
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Peu à peu les torches s'éteignirent dans toutes les directions. Zorrastron luimême avait pris les ordres du général et s'était retiré, mais non sans lancer un dernier regard à l'attrayante bohémienne.
Il ne resta plus dans la vaste salle d'armes que les deux frères Tudilla et Zaléa la rousse.