I.R TOKÈADOR
dureront trois jours consécutifs.. Dès le lendemain, un révérend père Franciscain, du couvent le plus rapproché, doit unir les futurs époux.
Les domestiques se réjouissent des bonnes aubaines qui leur adviendront ; les maîtres sont heureux. L'austère figure du vieil hidalgo est moins sombre que de coutume. Mais l'heure s'avance
et déjà les tables sont dressées pour le premier des repas de cérémonie après lequel don Alvaro et sa belle fiancée ouvriront le bal.
Un aide de-camp arrivé de Séville à bride abattue entre tout-à-coup dans la
salle du festin ; ses traits présagent une mauvaise nouvelle. Il attire à l'écart le commandant-général. Les conviés se demandent avec inquiétude quel message peut apporter en pareil moment un officier de service ; déjà quelques voix ont prononcé le nom des Bartuleiros.
On était encore en suspens, lorsque le marquis del Puntal rentra le sourire sur les lèvres :
— Mauvaise plaisanterie, dit-il. Je crois, Mesdames, qu'un malicieux diablotin a pour métier de chercher à troubler les fêtes ; mais il ne réussira point à troubler la nôtre. Nos bons amis les
regidores (officiers municipaux de Séville) s'inquiètent de ce qu'une poignée
de bandits a été vue ce soir dans les ruines d'Italica et quelle a échappé aux miquelets de ronde. Voilà cette grave affaire qui motive l'envoi d'un exprès ! Oubliez sa mal-venue, chers hôtes, et soyons tout au bonheur d'être réunis.
On se prit à rire. Le marquis plus gaiement que jamais porta la santé des nouveaux mariés. Chacun y fit honneur.
Bientôt on ne pensa plus ni au message, ni au messager, nul ne remarqua, lorsqu'on entra dans une vaste cour marbrée disposée en salle de bal, que le vieux
marquis s'était absenté.
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Les nouvelles apportées n'avaient par Itî fait rien de rassurant. Ce n'était point une poignée, mais une véritable légion de brigands qui avait été vue auprès de Santi-Poncé. Elle avait taillé en pièces un corps de carabiniers royaux ; un château avait été saccagé la nuit précédente ; les milices étaient sous les armes.
Le commandant général écrivit aux autorités qu'il serait à Séville le lendemain soir. Il indiquait en même temps les dispositions à prendre. Puis il congédia l'ofticier de service qui n'était pas Vvjuu sans une bonne escorte.
Les gardes d'honneur reçurent secrè-
LE TOHÉADOR. 1 O*
tement Tordre de préparer la défense et ' de prendre des postes dans les tourelles et sur les remparts extérieurs. Les pontslevis étaient levés, et tandis qu'on dansait dans le patio, rien ne fut omis en cas de surprise ou d'attaque.
L'orcbtstre jouait un de ces airs vifs et capricieux dont le chant des folies d'Espagne avec ses variations sans fin est le modèle. Les danses nationales se succédaient, quand le marquis se glissa dans les groupes de danseurs. Il attirait successivement à lui chacun des cavaliers ; — avant de retourner à la danse, chacun avait soin d'aller donner un coupd'œil à son épée.
Don Alvaro Barros resta hors de la salle pendant un temps assez considérable, car il avait été nommé par son vieux parent capitaine provisoire de la garde d'honneur du Puntal. Quand il revint auprès de sa fiancée, il eut beau donner un prétexte plausible de son absence, dona Mariquita ne s'en contenta point :
— Alvaro, dit-elle, vous me cachez quelque chose ?
— Rien, chère âme, en vérité ; que pouvez-vous donc supposer?
— Mon père affecte une p;aîté qui n'est pas dans son caractère.