‹ Le toréador (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · LA JUSTICE DES BAETULEIROS · texte numérisé non relu

LA JUSTICE DES BAETULEIROS

vu

La justice des Bartuleiros.

Lorsque Pablo Yunqué donna Tordre à la cavalerie commandée par Diego de courir à la poursuite des cavaliers évadés, Zaléa la rousse parlait encore à Mariquita qui passai! tour à tour de la colère à l'étonnement, de l'étonnement à la stupéfaction la plus profonde, et puis

à une terreur croissante, car les bandits déchaînes, après le départ du toréador et du général, s'étaient jetés sur les belles prisonnières et les outrageaient en les conduisant à la salle haute d'après Tordre de Zorrastron.

Au milieu du tumulte, la gitana tout occupée de la fille du marquis, perdit de vue le toréador. Ensuite quand le capitaine bartuleiro fit mettre dans une chambre à part don Alvaro et Mariquita, Zaléa les y suivit. Elle prodiguait ses soins à la fille du marquis, elle essayait aussi de justifier son maître.

— Hélas! oui, disait-elle, il a le mal-

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heur de vous aimer; vous êtes si belle, vous êtes si bonne, qui ne vous aimerait pas comme lui? mais je vous jure qu'il a été entraîné de. force dans cette révolte, il ne souffrira pas qu'aucun de vos proches soit victime de la rage des bartuleiros. Diego Tudilla est un noble cœur digne de vous !

- Don Alvaro, les fers aux mains, était

à côîé de sa fiancée, mais il n'entendait

pas, il restait plongé dans une sombre

douleur.

Zaléa aurait voulu délivrer les fiancés. Elle qui implorait le pardon de Mari-

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quila pour Diego, elle aimait Diego de toute la puissance de son organisation d'Indienne, et elle aussi était jalouse, malgré son dévouement sans bornes.

Mais une vive reconnaissance la rendait bienveillante envers Mariquita, sa protectrice et sa rivale. Tout bas elle était désolée que le mariage de la jeune héritière ne fut pas encore accompli, et pourtant elle avait horreur du cavalier don Alvaro Barros, car c'était l'homme dont les insultes avaient irrité le matador au point de lui faire accepter les ouvertures des conjurés. Tous ces sentiments bien opposés se trahissaient dans les paroles qu'elle adressait à Mariquita. Zaîéa re-

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grettait encore de n'être pas, suivant son usage, au près de Diego qui courait maintenant de nouveaux périls sur la route de Séville ; enfin elle tremblait pour ellemême, car Zorrastron, tout puissant dans le château, pouvait l'avoir remarquée, et la pauvre jeune fille avait mille secrets motifs pour craindre rameur sauvage du capitaine bartuleiro.

Elle parla longtemps, pleurant et suppliant tour à tour. La belle fiancée, quoique sensible à tant d'empressement, n'y répondait qu'à peine. Mariquita soutirait des tourments qu'endurait don Alvaro morne et silencieux.

Peu à peu les clameurs désespérées des prisonniers et des femmes cessèrent dans le patio que Zorrastron faisait évacuer ; aussitôt commencèrent les chants joyeux des bandits qui soupaient.

Les deux futurs époux, assis l'un près de l'autre, échangèrent enfin quelques mots; Zaléa s'éloigna d'eux.

Elle examinait avec attention ce qui se passait dans la cour; elle attendait impatiemment le retour du toréador, et levait les yeux vers le ciel en priant tout bas pour lui.

Mais quand la voix de Zorrastron com-

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manda que le marquis fût amené, quand à un court interrogatoire succéda l'horrible torture que nous avons décrite, Alvaro , Mariquita et la bohémienne , consternés tous trois, retinrent leur respiration en écoutant.

Zaléa était libre, elle oublia les dangers qui la menaçaient elle-même si elle osait se montrer au terrible bourreau, elle sortit, et s'élança dans le patio, tandis que Mariquita défaillante laissait tomber sa tête sur Pépaule d'Alvaro Barros enchaîné.

— Tes trésors ! tes trésors ! répétait incessamment Zorrastron.

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Le marquis del Puntal poussa un premier cri de douleur, on crut qu'il allait parler. Le farouche capitaine des insurgés fit suspendre le supplice et le vieil hidalgo se trouva bientôt debout, en face de lui.

— Les tiens nous ont vaincus, outragés et pillés à leur aise, dit-il; j'ai fait mon devoir pour les repousser; vous avez eu le dessus : il faut bien céder à la force. Mais maintenant tu veux savoir où sont mes trésors, el tu comptes venir à bout de moi par des tortures infernales ; tu te trompes !... Attends ! attends ! je n'ai pas achevé. Il ne tient qu'à toi de

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connaître le secret «le nies trésors. Les bandits redoublèrent d'attention.

— Fais délivrer nies hôtes , ma fille et son fiancé , fais-les conduire à Séville, et alors, foi de gentilhomme] je te livrerai tout ce que tu voudras , nies biens et ma vie

— Aux cordes! aux cordes ! hurla Zorrastron.

Le marquis eut encore le temps d'ajouter : — Il ne me reste d'autre vengeance qu'un silence absolu; eh bien,' je te défie de vaincre ma volonté par tes plus cruels tourments.

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— Ta fille et son fiancé seront torturés après toi , s'écria Zorrastron, ils le seront sous tes yeux ; parle donc, pour leur éviter le supplice qui t'attend.

— Les personnes de Mariquita et de Don Alvaro sont sacrées, dit à haute voix la bohémienne, elles sont sous la sauvegarde de Diego Tudilia.

Cette parole raffermit le courage du

marquis. Zorrastron , hors de lui , ordonna de recommencer la torture; mais Zaléa ne put supporter un pareil spectacle; elle se précipita vers le marquis, jeta la pierre sur le soi et s'écria de nouveau :

— Capitaine Zorrastron, ce que tu fais

là est infâme; les Tudilla ne l'auraient

point permis, camarades, mettons un terme à ces cruautés.

Quelques murmures approbateurs accueillirent la généreuse démonstration de, la bohémienne; un sourire étrange erra sur les lèvres de Zorrastron.

— Belle amour, dit-il en s'approchant d'elle , je suis désolé de ne pouvoir vous satisfaire, mais ce vieil entêté parlera , je le veux !

— Et moi je ne veux pas que l'on continue à le martyriser ainsi î cria la bohémienne en implorant du regard le con-

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cours des b;irtu!eiros les mieux disposés en sa faveur. Au même instant, elle coupa les deux cordes qui étaient encore attachées aux pieds du marquis.

Zorrastron, irrité tout a l'heure de l'énergique résistance du seigneur châtelain , traita en riant l'opposition de la jeune tille qu'il attira jusqu'à l'entrée du patio.

— Zaiéa, dit-il à demi voix, les Tudilla sont absents.

— Je \ous demande grâce pour le marquis.

• — Jeune tille, je suis seul maître à présent, et je t'aime!

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