‹ Le toréador (volume 2)Chapitre 8 sur 14 · I.K TOKKADOlt · texte numérisé non relu

I.K TOKKADOlt

— Je porte une arme pour me défendre, mais pitié, pitié pour le seigneur

del Puntal. Si vous m'aimez, pouvezvous me refuser justice?

— Je t'aime avec rage ; sois à moi, à moi seul...

Zaléa porta la main à la garde de son épée.

— N'ajoutez pas l'impudence à la barbarie, capitaine. Laissez aller le marquis et je vous pardonnerai vos insultes.

— Pourquoi cette défiance et cette colère , cher ange ? je vous aime. Je le dis, je demande votre cœur; soyez bonne et

compatissante, je serai clément à mon tour.

— Il ne s'agit pas d'amour, capitaine , reprit la gitana qui ne savait plus quelle attitude prendre , il s'agit de mettre fin aux tourments de ce noble seigneur.

— Zaléa, si tu voulais être moins fière, si tu ne me repoussais pas, je serais ton esclave. Fais-moi la promesse de me préférer à tous les autres, accorde-moi un baiser pour gage, le marquis est sauvé.

— Vous me vendriez donc sa vie pour mon honneur? dit la bohémienne du ton le plus méprisant.

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— Eh bien, oui ! soit! répliqua Zorrastron jetant tout-à-fait le masque, j'offre un marché : le marquis, sa fille et le fiancé de sa fille sont à toi, si tu consens à subir mon amour.

La gitana s'échappa comme un serpent d'entre les mains du capitaine, et, tirant son épée :

— Bartuleiros, s'écria-t-eile, cet homme est un lâche, un traître, un infâme; il voudrait me faire acheter au prix de mon honneur la délivrance d'un infortuné digne de nos respects. Il me promet jusqu'à des prisonniers réservés par ordre du général.

— Silence, Zaléa! silence! interrompit le bandit. — Allons , les cordes ! — et qu'on chasse cette folle!

Nul n'osa porter la main sur la jeune

fille, Zorrastron essayait maintenant de

la désarmer lui-même. Elle se défendait

vigoureusement sans ménager ses coups, et tentait de frapper le capitaine qui vint à bout cependant de faire voler son épée loin d'elle.

L'agile gitana prit la fuite et glissant au milieu des Bartuieiros :

— Protégez-moi! protégez - moi ! disait-elle. Au nom d'Yunqué, noire chef à

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tous, au, nom de Diego le toréador, ne me laissez pas tomber au pouvoir de cet homme sans cœur.

Zorrastron ne riait plus maintenant, car c'était en vain qu'il ordonnait à ses soldats de s'emparer de la jeune fille. Les insurgés restaient immobiles , ne se prononçant ni pour ni contre, et s'amusant peut-être du nouveau spectacle qui résultait pour eux de la lutte engagée entre le capitaine et la gitaua. Le supplice était ainsi retardé. Deux fois le bandit s'élança l'épée nue à la main du côté où se tenait l'alerte bohémienne, deux fois elle lui échappa en invoquant

encore le secours des hommes qui l'entouraient.

Le capitaine dont les ordres n'étaient point écoutés, vit ce qu'avait de ridicule sa colère inopportune , et ne s'occupa plus que du marquis del Puntal. Mais la vaillante bohémienne profitant de son inattention s'arma d'une autre épée et fondit sur lui.

— Quoique pris à l'improviste , Zorrastron parvint à parer le premier coup, et cette fois il ne mit plus aucune réserve dans sa défense : Zaléa blessée à l'épaule poussa un grand cri et tomba.

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Quelques hommes empochèrent Zorrastron de la frapper de nouveau.

Diego Tudilla et ses cavaliers ayant mis pied à terre dans la cour, entrèrent en ce moment.

— Ah! mon maître! mon père! mon

sauveur ! à moi ! au secours ! cria la jeune fille aussitôt, délivrez le marquis ! vengez-moi, punissez cet infâme !

— Quoi de nouveau? demanda Zor-:

rastron au toréador. Mais ce dernier en voyait et en entendait assez; il alla droit au marquis et le prit en quelque sorte sous sa protection.

— Or çà, qui commande ici? s'écria Zorrastron. Soldats, vous êtes restés neutres lorsqu'il s'agissait de cette insolente gitana ; mais à présent nous sommes des hommes contre des hommes!

Une semblable apostrophe peint suffisamment la situation.

Les plus détestables bandits se déclarèrent pour Zorrastron, quelques soldats et tous les cavaliers qui étaient gens du pays prirent parti pour le toréador. Un bruyant cliquetis d'armes retentissait dans le patio.

— Ils vont s'entrégorger , murmura

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don Alvaro Barros avec une cruelle satisfaction.

Mariquita, depuis longtemps évanouie, était froide comme une statue de marbre, la tète posée sur la poitrine de son fiancé, qui ne pouvait la secourir et frémissait de colère.

— Diego Tudilla ! reprit Zorrastron, as-tu donc si tôt oublié ton serment d'obéissance à tes chefs ?

— Zorrastron ! répliqua le toréador, tu as abusé de l'absence de Pablo Yunqué , tu as fais ce qu'il n'aurait jamais permis, tu as agi contre ses ordres ex-

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près en parlant de porter la main sur deux prisonniers qui m'appartiennent, tu as même proposé leur délivrance à cette jeune fille. Ton manque de foi dégage ma parole en ce qui te concerne.

Bartuleiros! le seul chef ici, c'est moi!

On voit que Diego avait eu le temps

de tout apprendre de Zaléa.

— Le seul chef, c'est moi ! répéta Zorrastron, qu'on m'obéisse !

— Le seul chef, c'est moi ; s'écria une troisième voix qui fit tressaillir tous les bandits. Paix entre vous! me voici de retour!

Pabio Yunqué avait mis à feu et à sang le couvent voisin; il revenait à temps pour empêcher une collision imminente.

— Qu'on arrête et qu'on désarme ces deux hommes ; dit-il en désignant tour à tourZorrastron et son frère.

Ce commandement fut exécuté sur-lechamp et sans murmures. Les deux antagonistes eurent successivement une brève conférence avec le général qui apprit du toréador, qu'après un court engagement les cayaliers de Séville avaient pris la fuite et qu'on n'avait pu les atteindre tous.

Il importait de se mettre sur la défensive. Appelant alors quelques bas officiers de la troupe, le général prit les dispositions nécessaires. Il mit bonne garde à tous les postes , passa la revue de toutes les parties du château et rentra enfin suivi de son état-major, dans le patio qu'on avait eu le temps de disposer comme une sorte de tribunal. Une estrade était élevée à l'extrémité opposée a la porte , c'est là que le juge suprême alla s'asseoir.

Mais pendant la ronde militaire , le vieux marquis avait été porté dans le cabinet où se trouvaient déjà sa fille et

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don Alvaro Barros ; Zaléa, dont la blessure n'avait rien de grave, s'était t'ait panser par une prisonnière compatissante. Il est inutile d'ajouter que les deux prévenus furent déposés dans deux étroites cellules dont on les fit sortir l'un après l'autre pour être entendus.

Yunqué les interrogea longuement , détourna les charges qui pesaient sur la jeune bohémienne en traitant d'enfantillages d'abord et puis de juste colère ce qu'on lui en disait. Il ne négligea rien pour bien s'éclairer sur les faits , les témoins étaient nombreux et ne cachèrent rien. Enfin il se leva, se découvrit et

prononça ce jugement remarquable :

— « En premier lieu , attendu que Zorrastron Emmanuel, capitaine supérieur de l'infanterie des Bartuleiros , s'est porté envers un prisonnier à des violences extrêmes, et qu'il a dépassé ses pouvoirs à cet égard ;

« Attendu qu'il a osé promettre à une jeune fille de notre parti, dans un but que nous n'avons point à apprécier, la délivrance de deux prisonniers réservés, si toutefois elle l'exigeait ;

« Attendu enfin qu'il a négligé ses devoirs de commandant provisoire du châ-

teau dcl Purital, puisque la place n'était pas militairement gardée lors du retour du général;

« Ledit Zorrastron Emmanuel est condamné à être passé par les armes jusqu'à ce que mort s'ensuive. »

Un murmure d'une interprétation difficile se lit entendre à ces mots parmi les bandits; néanmoins personne n'interrompit Yunqué qui poursuivit en ces termes :

— « En second lieu , attendu que Diego Tudilla, dit le toréador, capitaine supérieur de la cavalerie des Bartulei-

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