‹ Le toréadorChapitre 10 sur 16 · I.F. TORlUnOR · texte numérisé non relu

I.F. TORlUnOR

dadorer un être imaginaire ou absent.

< — Ce qui est absolument la même chose. Mais voici venir notre amoureux.

«— Eh bien ! seigneur cavalier, votre bague ?

« — Ils savent tout.

« — Vous connaissiez donc un remède à l'absence, cher ami !

« — Vous m'en avez indiqué la recette, mes beaux seigneurs.

« — Que pensez-vous de la Catalane ?

« — Adorable, sur ma foi !

« — Bien ! bien ! mais qu'il ne lui arrive pas de partir.

« — D'ailleurs vous saurez qu'un de mes amis arrivé hier de Séviile m'a as-

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suré que le soir même de son départ, votre Juana donnait amoureusement le bras à un jeune officier des carabiniers de la reine. — Elle semblait annoncer à la ville entière qu'il était son favori.

€ — Tant mieux ! s'écria Bartholoméo, je n'ai plus le moindre remords ; j'en aimerai davantage ma Catalane.

< — Encore un de gagné, se dirent en sortant don Pérez et Juanito.

« L'absence ! oh î l'absence ! c'est la plus grande des douleurs... ou le plus

doux des plaisirs.! — » , ^ ^

M. Arthur de Basseville, enchanté de lui-même, promena sur l'auditoire un regard satisfait, — on l'applaudit.

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Hélas! faut-il le dire, Edmond de Saint-Ange l'applaudit aussi, et en riant de bon cœur.

Pauvre Fénella!...

L'absence à la façon de M. Arthur ressemblait bien peu, cependant, au conte de la dernière veillée, à l'histoire chevaleresque du prince Almanzor et de sa princesse !

Le retour de noces.

Femme du monde par-dessus tout, madame de Villeneuve, malgré son grand âge, continuait à fréquenter les cercles les plus distingués d'Aix , où elle était appréciée pour la tournure de son esprit, toujours plein d'enjouement. Sa

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complaisance pour sa petite-fille lui fut fatale.

Une nuit, en revenant d'un bal qui s'était prolongé fort tard , elle fut atteinte d'un catarrhe en dépit de sa douillette , de son manchon et de sa chaise à porteurs ; une grave maladie qui en résulta la conduisit au tombeau.

Fénella perdait en madame de Villeneuve la plus tendre et la meilleure des amies.

La bonne dame lui avait tenu lieu de tous ses parents ; le souvenir de son affection particulière et de ses bontés lui brisait le cœur. Les causes mêmes de cette mort l'aftligeaienl doublement.

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Les conséquences en furent aussi bien douloureuses ; la jeune fille abandonna à jamais riiôtel où s'étaient écoulées ses années heupeuses ; elle dut entrer comme une étrangère dans un nouvel intérieur.

^j^jjFénella aurait désiré se rapprocher de Joséphine, il en fut autrement: des considérations de famille firent choisir madame Duval pour remplacer madame de Villeneuve auprès d'elle.

La jeune fille s'y résigna sans murmurer; mais la tristesse voila son beau front. Edmond alors revint souvent à sa nensée. Le cœur qui soufïre a soif d'être aimé.

Edmond était à Paris ; Joséphine elle-

même n'avait pas la confidence de cet amour; Fénella pleura et pleura longtemps.

Plus d'une année s'écoula ainsi dans le deuil et les larmes les plus sincères; mais, suite inévitable d'une réputation fondée sous bien d'autres rapports , le bruit courut que cette profonde douleur était encore une affectation ; des langues malveillantes surent en dénaturer la pureté.

L'on se plut à dire que mademoiselle de Marsan ne regrettait autant que son brillant état de maison et le luxe dans lequel on l'avait élevée. Une semblable affliction ne pouvait être produite par

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une autre pensée ; elle devait être faite à l'idée de perdre sa grand'mère, et ne jouait qu'une ridicule comédie.

Infortunée Fénella , on oubliait qu'elle avait un cœur. ,

La njort de madame de Villeneuve fournit à Emile le sujet d'une longue lettre à Edmond qui en fut vivement touohé. Le malheur de Fénella l'émut sincèrement; il en sentit renaître une affection nouvelle ; mais la correspondance se trouva bientôt interrompn^e encore une fois. M. de Saint-Ange exigeait que son fils fît un voyage dans les différentes parties de l'empire Français. Les distractions de la route , la diversité

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des lieux, mille incidents variés , éloignèrent des pensées d'Edmond l'image de son amour, il ne revint à Paris qu'aux approches de l'hiver, el en instruisit son amiien lui racontant les épisodes qui avaient signalé ses nombreuses excursions ; il parlait à peine de mademoiselle de Marsan.

Emile sentit dès lors l'inutihté de son entremise , et ne se pressa guère de répondre. Ses fréquentes visites daii'S la famille de Mérail le mettaient pourtant à même de rencontrer souvent Féiièlla ; mais la comparaison qu'il établissait entre elle et Joséphine n'était point favorable à la première. Il décou-

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vrait chaque jour en elle de nouveaux ridicules, contrastes perpétuels des grâces naturelles de sa cousine. S'il parlait d'elle à Edmond , c'était sous l'impression de préventions fâcheuses qui , s'emparant peu à peu du Parisien , achevaient de détruire en lui les faibles vestiges de sa passion.

Le deuil de Fénella était achevé , madame Duval elle-même se hâta de la reconduire dans le monde , où la jeune fille fut de nouveau admirée , choyée , adulée à l'envi ; Emile l'observait sévèrement; d'innocentes étourderies pre-

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liaient sous sa plume de tristes couleurs; il outrepassait sa mission sans le vouloir.

Emile aimait Joséphine, hélas ! il n'était plus impartial. Enfin l'on dit dans la ville que M. de Saint-Hilaire allait obtenir la main de mademoiselle de Marsan, le jeune avocat l'écrivit à son ami , et c'en fui fait!

Quelques mois encore , Edmond serait revenu à Aix ; son premier amour pouvait renaître de ses cendres, mais la nouvelle de ce mariaj^e suffit pour déraciner le dernier sentiment qui le rattachait encore à Fénella : Un scrupule d'honneur.

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Il semblait encore à Edmond que l'équivalent d'une promesse avait eu lieu : il n'aurait jamais voulu rompre le premier.

Le mariage projeté dégageait sa parole, un nouvel amour avait pénétré son âme, il l'écrivit aussitôt à son père ,

qui remportait ainsi la victoire la plus complète. A cet aveu de son fils, M. de

Saint-Ange partit en toute hâte pour

Paris.

Fénella, elle, ne se doutait de rien ; le monde était son élément , elle revenait à la vie, on l'admirait, on l'adorait; elle se plaisait à désespérer les cœurs , pensait souvent à Edmond et attendait son

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retour. Quelquefois elle en causait indifféremment avec Joséphine :

— Et que devient Tami de monsieur Emile , demandait-elle , doit-il revenir bientôt?

Joséphine répondait vaguement que M. de Saint-Ange se portait bien, cela paraissait suffire.

Cependant, vers la fin de l'hiver, M. de Forbin , longtemps assidu auprès de Fénella , peut-être par bravade , qui sait par quel motif , la demanda en mariage. La démarche fut secrète ; il croyait sans doute pouvoir éblouir la ville entière par l'éclat de son triomphe; mais la jeune fille attendait ; elle fit re-

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mercier, prétextant qu'elle ne comptait pas encore se marier,

Edmond s'était gardé d'aller à la recherche du vrai ; ses récentes affections avaient à jamais effacé en lui le souvenir de Fénella ; s'il y songeait par fois , il était mécontent de lui-même.

— Comment ai-je pu aimer une pareille coquette, se disait-il? Qu'Emile aime Joséphine, je le conçois; mais Fénella!...

Il souriait ironiquement et ses pensées le reportaient vers ses nouvelles amours.

Au printemps suivant , (un mois encore , et les deux années étaient accom-

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plies) Edmond reçut d'Emile l'invitation de revenir à Aix , pour assister à son union avec mademoiselle de iMérail, la lettre ne disait pas un mot de Fénella.

Courrier par courrier , Edmond remerciait Emile en lui faisant secrètement part de son prochain mariage avec mademoiselle de Fontanes dont l'éloge longuement délayé en quatre grandes pages répondait merveilleusement à celui que l'avocat avait fait de sa future épouse dans la lettre précédente.

Ces deux niissives énamourées et iouamteuses furent les dernières d'une

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correspondance qui durait depuis près deux ans.

En province , dans une ville où de nouveaux époux ont une nombreuse parenté, un mariage amène toujours après lui une suite de fêtes et de réunions que l'on nomme retours de noces.

Emile et Joséphine, tenant tous deux à des familles d'Aix , furent successivement invités à des bals chez tous leurs parents.

Madame de Mérail voulut clore dignement la série des plaisirs et ne le céder en rien à personne. C'était le

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dernier bal; nul ne voulut y manquer; les toilettes les plus éblouissantes , la plus étourdissante fouie, le meilleur orchestre , les rafraîchissements les mieux choisis, rien ne manquait pour rendre mémorable la soirée où Joséphine devait encore une fois rempHr le rôle de reine. Tous les yeux comtemplaient la nouvelle mariée; le suprême bonheur était peint sur sa gracieuse figure, et ses louanges circulaient de bouche en bouche. Emile se trouvait au comble de ses vœux.

Madame de Mérail était dans le ravissement, tout marchait au gré de ses désirs', elle venait d'assurer l'avenir de

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sa fille, et son bal était incomparable. Son amour maternel était satisfait , son amour-propre de maîtresse de maison flatté. Aussi semblait-elle triomphante ; elle allait, venait, donnait ses ordres, trouvait quelque chose d'aimable à dire à chacun, et lorsqu'elle s'asseyait c'était pour admirer aussi à son tour sa fille chérie. *>«!

Si la nouvelle mariée brillait pardessus toutes ses jeunes amies, Fénella n'en recevait pas moins son tribut d'hommages accoutumés ; ses adorateurs l'entouraient, M. de Forbin luimême lui débitait les plus sentimentales tirades. Elle continuait ses minau-

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deries perfectionnées par plus d'usage : déjà Fénella entrait dans sa vingtième année, et n'en avait que plus de facilité pour exceller dans son genre prétentieux avec esprit et d'une originalité piquante.

A dix heures du soir, le bal était dans son éclat, quand M. de Saint-Hilaire parut pour la première fois dans le salon. Il passa derrière Fénella qui figurait à la contredanse, et s'approchant de madame Duval assise tout auprès :

— Délicieuse soirée ! dit-il, nos réunions sont de plus en plus brillantes.

Est-il possible de rien voir de mieux.

— Vous avez bien raison, ma sœnr a merveilleusement disposé les choses , mais vous conviendrez aussi qu'on ne saurait trop bien faire lorsqu'on marie sa fille. Quand viendra le tour de ma petite Julie, je tacherai bien d'égaler madame de Mérail.

— Mademoiselle Julie n'a que douze à treize ans, je crois?

— Vous la voyez , elle fait vis à vis à ma nièce et danse avec son cousin Gabriel.

— Charmants enfimts! reprit Sainlllilaire, mais, mon Dieu ! j'oubliais, j'ai reçu de Paris tout à l'heure une nou-

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velle qui vous surprendra , j'en suis sûr.

— Quoi donc ?

— Vous connaissez M. de Saiqt^Ange ,

père ?.

— Fénelia détourna la tête pour écouter , mais la mesure la força d'aller en avant.

— ... Et vous avez su qu'il partît pré-

nJ kl cipilamment pour Paris , il y a environ

six semaines.

— Peu avant le mariage de Joséphine, en effet; sans quoi nous l'aurions ici. J'ai regretté dans nos réunions son fils, élégant cavalier qui prenait d'excellenti s manières ; je n'oublierai jamais un

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conte fort singulier qu'il racontait à mes enfants la veille de son départ.

Fénella était revenue à sa place.

*- Eh bien , madame , ma grande nouvelle est son mariage !

— Quoi ! s'écria madame Duval , il se marie aussi!

Saint-Hilaire lut :

« M. le comte de Fontanes , officier ft de l'ordre de la Légion-d'Honneur, c et madame la comtesse de Fontanes, a ont l'honneur de vous faire part du « mariage de mademoiselle ÉHsa de « Fontanes , leur fille , avec M. Edmond ( de Saint-Ange. »

— J'ai reçu cela ce soir même , au moment où je sortais pour venir ici.

Un cri déchirant fit tout à coup taire l'orchestre. Fénella venait de tomber en défaillance ; son cavalier la soutenait; on l'emporta hors du salon.

— Qu'a donc mademoiselle de Marsan ?

— Quoi !

— Qu'est-il arrivé?

— Mademoiselle Fénella vient de se trouver mal.

— En savez-vous la cause ?

— Je l'ignore.

— Et vous?

— Je crois , dit son danseur , que c'est

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la nouvelle du mariage de M. Edmond de Saint-Ange qui a produit en elle celte révolution subite !

— Ah! vraiment!

— Quelle sensibilité nouvelle ! murmura M. de Forbin.

L'orchestre avait repris avec fureur, les quadrilles se rétablirent et l'évanouissement de Fénella , heureux sujet de conversation, tira certainement d'embarras plus d'un danseur à court d'idées. Madame de Mérail inquiète et mécontente, sortit un moment et rentra assurant que sa nièce se trouvait bien :un léger malaise était seul la cause de cet accident, la chaleur de l'appartement,

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une mauvaise disposition , la fatigue des bals précédents.

La gaîté ne tarda pas à renaître ; quelques instants après on ne parlait plus qu'en souriant du saisissement de Fénella.

Mais elle avait été transportée dans la chambre de Joséphine; madame Duval , la nouvelle mariée , plusieurs femmes de la maison l'entouraient et lui prodiguaient leurs soins. La jeune fille rouvrit enfin les yeux, une pâleur extrême couvrait ses joues , elle rappela ses souvenirs et baissant la tète :

— Ce n'est rien , dit-elle , la chaleur, mon corset, Joséphine va m'aider. Je

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VOUS en prie , ma tante , veuillez nous laîsser seules.

Madame Duval insistait pour rester.

— Inutile, ma tante. Vous ne pouvez vous éloigner plus longtemps de Julie ; je vous serai reconnaissante de me confier aux soins de Joséphine.

Madame Duval céda à la fin; tout le monde sortit, les deux cousines restèrent en tète-à-tête.

— Que t'est-il donc arrivé , ma bonne amie ! Qu'as-tu ? demanda Joséphine.

Fénella fondit en larmes en serrant la main de sa cousine.

— Tout est fini, s'écria-t-elle ; je suis perdue à jamais!

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Les san[jlots étouffaient sa voix. Joséphine s'efforçait en vain de calmer une douleur dont elle ignorait la cause; elle ne pouvait que prolester de son amitié , prodiguer les expressions les plus tendres, essuyer les larmes de Fénella. Celleci voulait parier, son secret lui pesait sur le cœur, elle éprouvait une difficulté inouie à l'avouer :

— iMarié ! dit-elle avec angoisse.

— En serai-je moins ton amie, reprit Joséphine en la caressant, allons, ne crains rien, qu'as-tu? Il est peut-être un remède à tout mal, je te promets tout ce que tu voudras...

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— Tu ne peux rien, c'est lui qui est marié.

La figure de Joséphine devint sérieuse.

— Qui ? lui? qui est marié?

— Edmond Saint-Ange ! s'écria tout-àcoup Fénella se tordant les mains et pleurant à fendre le cœur.

—Tu l'aimais donc V dit doucement Joséphine, pourquoi ne me l'avoir pas dit? T'ai-je jamais caché mon penchant pour Emile ? pauvre sœur!

Joséphine était si empressée, si caressante, si bonne, elle partageait si bien sa douleur, que Fénella lui raconta tous les détails de sa liaison avec Edmond, appuya sur les moindres circonstances, donna la

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valeur de chaque mot, de chaque geste d'autrefois.

—Mais Emile est son ami, si cette nouvelle était fausse ! s'écria Joséphine avec joie, c'est peut-être une ruse de M. de Saint-Hilaire.

— J'ai vu la lettre , dit tristement Fénella.

— Tu ne l'as pas lue, n'est-ce pas ?

— Oh! non!

Joséphine se jeta sur le cordon de la sonnette.

— M. Marcel, cria-t-elle. C'est son ami/' et je te réponds de sa discrétion.

Fénella baissa la tête en signe d'assentiment. Emile accourut.

LE TOIIÉADOK. 234*

— Rassure la pauvre Fénella, dit José-' phine; mais c'est un grand secret, fît-elle en plaçant le doigt sur ses lèvres comme la statue de la discrétion, au moins n'en parle pas.

Emile devina et pâlit ; Fénella le regardait fixement:

— As-tu depuis quelque temps, reçu des nouvelles de M. Edmond de Saint-' Ange?

— Sa dernière lettre est du mois dernier.

— Du mois dernier! Et te parle-t-il de son mariage? Oh ! console notre bonne cousine.

La voix de Joséphine était douce et

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suppliante; un ange en prière n'aurait pas prononcé ces mots avec autant d'harmonie.

Emile se leva parcourant la chambre à grands pas. Il se sentait coupable d'avoir brisé le cœur de la jeune fille ; il fut muet; son silence était une réponse cruelle.

Ses regards rencontrèrent ceux de Fénella.

— 11 y a un mois, dit-elle avec effort, il y a un mois, Monsieur, j'ai refusé M. de Forbin. Oh ! Edmond, Edmond ! je l'aime, jei'aimerai toujours, monsieur Emile.

Ses yeux étaient secs et égarés, ses lèvres violettes tremblaient; elle tomba

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dans un abattement complet. Emile et Joséphine échangeaient de tristes regards.

Ce fut une afïreuse nuit que celle du dernier retour de noces. Ainsi qu'une sensitive brusquement heurtée , Tàme ulcérée de la jeune fille se replia sur ellemême. Mademoiselle de Marsan ne brilla plus dans aucune réunion , elle fuyait le monde; mais, encore mise avec recherche, on la remarquait chaque dimanche toujours agenouillée à la même place, priant et paraissant résignée. Six longues années s'écoulèrent ainsi; le temps seul

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put mettre un peu de baume »ur sa blessure.

On dit qu'Edmond eut vaguement connaissance de tout ceci; la médisance avait décoloré la vérité : lui était heureux; éloigné, il y fit à peine attention. Joséphine, toujours bonne, s'étudia à calmer la douleur muette de sa cousine ; sa fraternelle amitié devint l'unique consolation de Fénella.

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