I.E TOIIKADOR
pris naturel que toutes les femmes professent pour l'homme qui les a oubliées, dès qu elles parviennent à en aimer un autre.
Hélas ! elle apprit bientôt que les vers (l'Arthur, vain hommage de galanterie, n'étaient inspirés que par un vague sentiment sans but et mal défini, sorte de pâle copie de l'amour. Le dandy en avait fait autant pour mille autres.
On dessilla les yeux de la jeune fille d une manière si évidente, si dure peutêtre, que son âme passionnée se prit à faibUr et à vaciller comme la lueur d'une belle lampe... Une maladie de lan/juenr la consumait; Joséphine était désor-
mais impuissante à calmer ses angoisses.
FénelJa dépérissait sans pleurer, ses grands yeux noirs brillaient seuls sur son visage amaigri ; elle négligeait jusqu'à son extérieur.
Ces symptômes effrayants rapprochèrent d'elle, encore plus, Emile et Joséphine, coupables tous deux, l'un par excès de prudence , l'autre par excès d'amitié, mais innocents devant le ciel , car ils avaient involontairement péché.
— Les derniers bals Tout tuée ! disait amèrement Joséphine.
— Edmond! Edmond! quel ange je
vous ai fait perdre ! pensait douloureusement Emile. T 'inî"i
L'infortunée Fénella n'avait plus d'autre pensée que celle de ses cruelles amours. . hittrj
Ua soir Joséphine et son mari étaient au chevet du lit de la jeune fille.
f— .le souffre un peu moins, dit-elle, le terme de mes douleurs approche ; j'ai prié , un peu de calme est revenu dans mon âme. Pardonnez-moi les peines que je vous cause et conservez mon triste souvenir, pour faire éviter à d'autres recueil où je péris... Je vois trop tard la source de mes maux , mes aîiiis ; l'aftéctation que j'ai apprise au berceau m'a
toujours fait paraître différente de ce que j'étais réellement... J'étais sensible, ce. pendant, mon Dieu !... j'aimais de toutes les forces de mon être... Que le. ciel leur pardonne !
Emile et Joséphine retenaient leurs sanglots avec effort.
— Oh ! dites-le moi , étais-je bonne?
Joséphine tenait sa main décharnée et
la baisait.
— Oh ! oui, tu es bonne, ma Fénella... ~ Adieu!... je meurs!
— Non, non, ne meurs pas ; mon ange, ma sœur, je t'en supplie.
Un léger soupir se fit entendre ; Emile crut reconnaître le nom de son ami.
LE TOnÉlDOK. 277
Et les deux époux agenouillés pleuraient et priaient au pied du lit.
Edmond de Saint-Ange resta fixé à Paris ; Emile Marcel à Aix ; ils conservèrent toujours l'un pour l'autre une tendre amitié. Quelquefois ils se sont revus, mais le nom de Fénella n'a jamais été prononcé par aucun des deux.
FllV DE FEtSELLA.