YVON ET ROBERT
Le Départ.
Tel voudrait bien être soldat A qui le soldat porte envie.
Le soleil allait se coucher, ses rayons étincelaieni en paillettes dans le feuillage des grands arbres qu'agitait une fraîche brise du soir ; une paix profonde régnait dans les campagnes , les petits oiseaux gazouillaient gaîment leur dernière chanson d'amour ; l'air était plein de
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pieuses harmonies; au loin l'on entendait la cloche du village ; à travers mille sentiers ombreux passaient les bons laboureurs qui revenaient des champs ; — Robert descendit lentement le perron du château, et, tout entier à ses rêveries, il s'enfonça au hasard dans le plus épais du bois.
Robert était l'hôte du vicomte de Saint- Ermel. Depuis bien longtemps il venait, chaque année , passer quelques jours auprès. du vieil ami de sa famille : c'était autrefois pendant ses vacances d'écolier ou d'étudiant ; mais maintenant ses études et son droit étaient entièrement achevés ; il avait vingt ans révolus , et
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c'était avant de choisir définitivement iirte carrière, qu'il faisait son dernier séjour ,'''^efit-être , au château de Sàini- Ermel.
''Les mystères de l'avenir sont toujours pleins d'inquiétudes, surtout lorsque l'on est sans fortune , sans protecteurs puissants, sans expérience, et que cependant on est capable de réfléchir. — Or, tel était le cas de Robert ; — toutefois , le jeune étranger s'abandonnait en ce moment à des pensées d'une nature bien différente. 11 pensait à Marthe, la blonde fille du seigneur châtelain , à Marthe, qui n'avait pas tout-à-fait quinze ans , blanche fleur à peine éclose , lys
naissant encore imprégné de la transparente rosée du matin ; — car, à l'aurore de la vie, une àme candide n'a que des larmes pures et douces ; sa tristesse naïve ignore le mal , elle soupire à l'approche de la douleur qu'elle ne connaît que de nom ; sa mélancolie n'est qu'une vague révélation des soutfrances futures. Les anges du ciel, eux aussi, versent quelquefois des pleurs ! Si telle est la tristesse de la jeune fille, qui dira sa joie? qui peindra ses gracieux et francs sourires , ses regards animés du feu pétillant de l'innocence, sa gaité mesurée et pourtant folâtre , sa causerie charmante, méianjje de sensibilité , de raison et de fî-