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nesse où le cœur et l'esprit ont une part égale ?
Robert n*essayait point de définir l'impression qu'il ressentait ; mais chaque année il avait retrouvé Marthe plus digne d*être aimée , et il l'aimait. A l'enfant rieuse et caressante, succédait une jeune fille douée de toutes les qualités que recherche un cœur de vingt ans. Marthe était d'une taille élancée, flexible et même frêle en apparence. Sa tête , encadrée dans les boucles de ses longs cheveux blonds, posait sur un col d'une élégance antique, ses grands yeux étaient d'un bleu azuré, céleste miroir de l'âme ; et son teint — la comparaison , pour da-
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ter d'Homère, n'en est pas plus mauvaise — son teint avait la fraîcheur et l'éclat de la rose. Et puis Marthe était à la fois si bienveillante et si enjouée ; il y avait si peu d'atiéterie dans ses manières, tout en elle était d'une simplicité si attrayante, que Robert, sans tenir compte des ennuis qui l'attendaient à ses débuts dans le monde, songeait amèrement à la nécessité de partir, sinon pour toujours , au moins pour un nombre d'années qu'il ne pouvait calculer. , , ,
En jetant les yeux sur les grands bois , il aperçut à travers les taillis le château sur lequel se reflétaient chaudement les rayons obliques du soleil; il s'anèta,
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s*appuya contre un arbre et laissa le champ plus libre à son imagination. La souveraine enchanteresse lui montra le bonheur au seuil de l'antique manoir; il fut heureux un instant :
Marthe, la noble héritière, répondait à son amour ; lui s'était fait un nom illustra ; après une absence de peu de durée, il revenait, non plus en étranger, mais en fiancé, en époux.
Qui n'a caressé de pareilles chimères, n'a jamais eu vinst ans.
. • ^ tîOYf
Son joli roman touchait au dénouemenl; auquel il se complaisait avec délices, lorsqu'un brunit de pas cadencés se fit entendre dans l'allée voisine. Le cré-
puscule avait succédé au jour, tout était sombre autour de Robert ; il allait quitter sa retraite, mais les pas se ralentirent; il entendit distinctement des sanglots étouffés et deux voix qui se parlaient tout bas.
L'une était fraîche, au timbre argentin, mélodieux de tendresse; l'autre plus grave et plus sonore; toutes deux jeunes et pures. Elles se rapprochaient toujours :
— Yvon, mon bon Yvon, mon ami, disait la première, prends courage, au nom de la sainte Vierge, ne perds pas l'espérance. Cinq ans sont bien longs, ah ! je le sais, je ne le sais que trop ; mais tu me
retrouveras à la ferme. Je ne t'oublierai pas, va! sois-en sûr, je te le promets sur ma foi. Je prierai pour toi chaque jour, matin et soir, comme à présent ; je prierai pour que le bon Dieu te protège et te ramène.
— Et moi qui comptais qu'ils m'avaient fait grâce ! moi qui ne craignais plus d'être rappelé! Hier encore nous étions là, tranquillement, à la veillée, l'un à côté de l'autre. Et ton père riait de nous voir nous donner la main comme frère et sœur; et ma mère riait aussi, la bonne femme; et nous étions tous si contens ! Mon cœur se brise de partir, Périne ; j'allais être si heureux ! Le mois prochain on
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aurait fait la noce, ma mère me le promettait tous les soirs ; c'est que, vois-tu, c'était décidé, c'était fait !
Une grosse larme tomba sur la main d'Yvon, qui s'était interrompu pour donner un libre cours à sa douleur.
— Périne, je t'en prie, reprit aussitôt le jeune paysan, ne te désole pas. Non! non ! ce n'est pas à moi de me plaindre quand tu soulfres. J'aurai de la patience et du courage, sois tranquille, je veux être un vaillant soldat !... Au retour tu seras fière d'avoir un homme qui pourra se vanter d'avoir bien servi le roi !
— Pauvre aiiji , murmura Périne en s'essuyaiit les yeux avec son tablier, il
voudrait m'empêcher de pleurer. . . Va! ne prends pas tant de peine ; pleurons ensemble, Yvon ; ça fait du bien quand il faut se séparer pour si longtemps.
Le recrutement militaire rappelait impérieusement Yvon sous les drapeaux , après l'avoir laissé deux ans dans ses foyers ; il fallait qu'il obéit au moment où il avait oublié sa position et que son mariage allait se conclure ; l'ordre était arrivé le matin même.
— Les riches sont bien heureux ! reprit amèrement le jeune conscrit;, croistu , par exemple , que M. Robert serait parti s'il avait eu un mauvais numéro ?
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—Les riches s'aiment-ils comme nous?
répliqua simplement la paysanne.
Les pas s'éloignèrent peu à peu, Robert n'entendit bientôt plus ce que disaient les fiancés; seulement leurs voix continuaient à se répondre. Aux soupirs, aux sanglots, succédaient encore des paroles de consolation, des prières, des promesses de constance et parfois de rians projets pour un avenir éloigné sans doute, mais certain.
— Ils s'aiment et se le disent, murmura Robert ; ils se le disent franchement, ouvertement, sans arrière-pensée, dans la joie et dans la peine, avant comme après, toujours ! Pauvre Yvon ! il me nom-
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maitî... liltiiesuis-jc donc pas aussi forcé de partir, moi ! Et qui me consolera? qui songera seulement à mon angoisse ?
En faisant ces réflexions, Robert se dirigeait à grands pas vers le château ; lorsqu'il entra dans le salon où la famille se trouvait réunie, tout le monde s'entretenait du rappel d'Yvon. La fatale nouvelle avait passé de bouche en bouche, de la ferme à la cuisine, de la cuisine à l'office ; Madame venait d'en être instruite par sa femme de chambre. Marthe surtout semblait vivement touchée du malheur du jeune paysan.
~ 11 est vraiment dommafje, dit le vicomte de Saint-Ermei, que je ne puisse
racheter ce garçon-là^ sa position est intéressante; mais ce serait créer un fâcheux précédent; tous les autres métayers voudraient que j'en fisse autant pour leurs fils, ma fortune n'y suffirait pas.
— Et votre bonne action d'aujourd'hui vous attirerait plus tard la rancune irréfléchie de tous les autres, ajouta madame de Saint-Ermel. Donnez à Yvon quelque argent pour son voyage, promettez -lui une ferme à son retour du service, et vous aurez mieux fait sous tous les rapports.
— Si encore il avait été marié, j'aurais pu passer outre.
— Mon Dieu ! dit Marthe, comme Périne sera triste ! Elle paraissait si con-
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tente depuis que son mariage était arrêté.
— Mon cher Robert, interrompit le viconte de Saint-Ermel, puisque vous êtes décidé à nous quitter et que rien ne peut vous retenir, voici une excellente occasion pour vous. Nos paysans doivent accompagner Yvon jusqu'au bateau ; faites route avec eux; tout naturellement ils ramèneront ici votre cheval.
— J'y songeais, répondit le jeune homme qui ajouta d'une voix étouffée : — Que le moment des adieux est pénible !
Marthe leva sur lui ses grands yeux bleus.
— Aussi, poursuivit le vieux genlil-
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homme, je vous recommande comme une œuvre de charité, de raffermir par quelques mots d'encouragement le moral de notre infortuné conscrit.
Le lendemain matin, un nombreux attroupement avait lieu dans les environs du château ; Vvon partait. Tous les habitants des fermes voisines l'entouraient , le plaignaient, lui prodiguaient les consolations. Sa fiancée était auprès de lui, sa mère raccompagnait en pleurant, son père et celui de Périne venaient ensuite, et lui ne dissimulait pas sa douleur ; pourquoi Faurait-il cachée ?
Le vicomte de Saint-Ermel, qui avait eu déjà un entretien particulier avec le
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jeune paysan, était monté sur un tertre ; madame de Saint-Ermel et sa tille se tenaient à côté de lui ; ils assistaient à la scène dont Yvon était le principal acteur. Ce dernier en passant salua le seigneur châtelain et sa famille d'un air de respect et de lïratilude.
— Cou rage ; mon ami, courage ! lui cria M. de Saint-Ermel.
Alors Robert s'approcha, prit congé de son hôte en termes affectueux et polis ; le vicomte lui serra cordialement la main en l'invitant à revenir au château le plus tôt possible; madame de Saint-Ermel lui souhaita des succès et du bonheur.
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— Mon bonheur, pensa Robert, je rp'en éloigne, je le fuis !
Et il adressa plus particulièrement ses dernières paroles à Marthe, qui répondit avec une bienveillance marquée ; puis elle s'inclina en souriant; le joli mot: Adieu ! effleura ses lèvres.
Robert fut reconnaissant de l'expression toute aimable qu'elle donna à cette formulesi simple et pourtant si poétique.
Enfin il sauta à cheval et prit seul une allée détournée au bout de laquelle il devait revenir sur la route où se trouvaient les paysans. Mais il tenait à ne point trahir son émotion. L'allée était déserte. Cette solitude lui permettait
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d'ôler pour un instant le masque des convenances, d'être lui-même, de soupirer librement ; son cœur battait, ses yeux étaient humides.
— Yvon ! heureux Yvon ! dit-il à demivoix, tu te plains ! Et ta Périne t'aime, et tu le sais ! Elle t'attend et tu t'affliges, et tu dis en parlant de moi : Les riches sont bien heureux! Ah! que le sac de soldat me paraîtrait léger si dans cinq ans Marthe devait m'appartenir!
Ce ne fut qu'au moment de disparaître derrière les massifs que Robert se retourna pour revoir de loin, une dernière fois, la blonde et rieuse jeune fille dont il emportait le souvenir. Marthe
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était entre son père et sa mère qui reprenaient tout doucement le cliemin du château. — De qui parlaient-ils donc?
— Du pauvre Yvon sans doute !
Robert les vit remonter le perron et rentrer dans l'intérieur du château.
Alors, comme son cœur se gonflait, il prit bravement son parti, piqua des deux et se laissa emporter au galop jusqu'à l'embranchement des routes. Les paysans, eux, allaient à petits pas : l'un portait le sac , l'autre la gourde d'ïvon , un troisième son bâton de voyage, car à présent le jeum- conscrit donnait un bras à sa mère, il tenait de l'autre main la niain do Périne. Robert fit halte. Dans
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l'éloi^îoement le château lui apparut encore sur la hauteur d'où il domine la vaste plaine et les grands bois de Saint- Ermel.
— Adieu, Marthe î adieu î Adieu tout mon bonheur ! dit-il en composant son visage, car les paysans s'approchaient.
Ils étaient moins nombreux; la plupart étaient retournés aux travaux.
Une heure après, lorsqu'on arriva au bord de la rivière , l'escorte du conscrit se réduisait à sa famille et à celle de sa fiancée. Nous ne décrirons pas leur séparation. Yvon pressait Périne sur son cœur, il l'embrassa tendrement ; sa mère les bénissait, et les vieux laboureurs eux-
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mêmes avaient des larmes dans les yeux. Après avoir remis son cheval à un petit garçon de la ferme, Robert descendit dans le bateau; du fond du cœur il enviait le sort d'Y von.
Cependant, quand les sinuosités de la rive cachèrent au jeune villageois ses amis, ses parents, sa fiancée, tout jusqu'au clocher du bourg ; quand le dernier cri, le dernier geste, le dernier regard furent échangés, et que le pauvre garçon laissa tomber pesamment sa tête entre ses mains, Robert vint à lui, frappa familièrement sur son épaule et fit de son mieux pour remplir les intentions du pèie de Marthe.
Le semestre.
Au bout de trois ans, Yvon, alors caporal de grenadiers , remontait la rivière au lieu de la descendre ; il venait en semestre à Saint-Ermel. Nous laisserons juger de sa joie; il allait revoir sa vieille nière, sa bonne Périne et passer
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son congé près d'elles. Il ne devait plus
ensuite s'absenter que pour dix-huit
mois, et alors enfin les cinq ans seraient
révolus.
Dans Je même bateau se trouvait un
visage ami:
— Ah! par exemple! monsieur Robert, voici un hasard, quoi ! Vous revenez au pays le mênie jour qu'Yvon
Mais apparemment ce n'est pas votre premier semestre , à vous , depuis le
jour vous savez. Je n'étais pas gai,
cette fois-là, et vous me dîtes de bonnes paroles que j'ai toujours gardées ici, monsieur Robert, ajouta le grenadier en mettant la main sur son cœur. Vous
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voyez qu'elles ojit profité, poursuivit-il en montrant ses galons et ses épaulettes de laine.
Robert sourit tristement.
— Pardon ! mon brave caporal, dit-il, c'est aussi mon premier semestre ici, et probablement il ne sera pas aussi long que le vôtre.
— Possible que oui! possible que non ! répliqua le militaire, dont la physionomie prit une certaine expression de finesse ; qui vivra verra, comme on dit. Il n'y a pas que Périne à Saint-Ermel , n'est-il pas vrai ? C'est ce qu'on se disait le soir à la veillée, voici déjà trois ans de ça. Vous étiez jeune alors, vous n'aviez
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pas un brin de barbe ; mais à présent vous êtes un homme. Mademoiselle Marthe était déjà grande dans ce temps-là ; j'imagine qu'a cette heure elle est tout à fait montée. Elle aura du plaisir a vous revoir, j'en suis bien sûr, allez !
Robert sut gré à son franc interlocuteur de formuler ainsi l'espérance chimérique dont il se berçait si souvent; mais il se garda bien de répondre, même à mots couverts , aux hypothèses de l'honnête grenadier. Seulem.ent il ' se complut à l'entendre mêler 'le nom et l'éloge de Marthe aux louanges de Périne, qui, disait le soldat, n'avait jamais passé un mois sa.is lui écrire.
Parfois , Robert étouffait un soupir et détournait la tête.
La conversation des deux compagnons de roule se prolongea sur le même sujet jusqu'au moment où Tantique manoir se dessina au sommet de la colline.
Un instant après, Périne était dans les bras d'Yvon ; la joie se répandait parmi les paysans, on accourait de toutes part* au devant du jeune grenadier. Robert eut le temps d'être témoin de cet accueil avant d'entrer dans le salon da château.
— Soyez le bienvenu , mon cher enfant! s'écria le vicomte de Saînt-I">rmel
avec une vivacité cordiale. Comment vont vos affaires? Parlons-en, je m'intéresse à tout ce qui vous touche.
Madame de Saint-Ermel félicita bientôt le jeune ami de son mari de la manière dont il avait débuté dans le barreau.
— Continuez ainsi, dit-elle, vous avez devant vous un bel et solide avenir. Aujourd'hui l'on arrive à tout par la carrière où vous êtes entré d'une manière si brillante.
Marthe regarda Robert et baissa les yeux en rougissant ; Robert, qui rougissait aussi, s'approcha d'elle pour lui adresser quelques paroles auxquelles la
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jeune tille répondit avec autant d'esprit que de sensibilité.
— M aimerait-elle ? se demanda le jeune homme en tremblant. Par une transition naturelle, il vint à songer à Yvon et à Périne, à l'entretien qu'il avait entendu dans le bois, au départ et au retour de l'heureux conscrit. Il en parla, ne dit que, ce qu'il fallait dire, mais il espéra peut-être que Marthe le comprendrait. Le comprit-elle? et les jours suivants saisit-elle quelques unes des nombreuses allusions que Robert semait à tous propos presqu'involontairement ?
Plusieurs fois il fut tenté de s'exprimer en termes plus clairs et plus positifs ; les
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occasions ne lui manquèrent pas. Il fut souvent laissé en tête-à-tête avep Marthe ; mais, par-dessus tout, Robert était un noble cœur, incapable d'abuser de l'hospitalité, de la confiance absolue qu'on lui témoignait; il s'en tint aux énigmes les plus délicates.
Le bruit avait déjà couru que le vicomte de Saint-Ermel projetait un riche mariage pour sa fille, unique héritière de son immense fortune. Robert l'avait appris pendant son absence, il en avait bien souffert. Pourtant, comme rien n'était changé dans l'intérieur de la famille, il conservait encore une faible illusion. On renonce si difticilement à un espoir
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qui. pendant trois années de luttes et de travaux, a rempli tous vos loisirs, a fait tout€S vos délices.
Uobert se contenta de causer avec la mère de Marthe, il parla de son désir de se marier; d'avoir lui aussi son intérieur, une famille, des affections solides; — on lui dit qu'il était encore bien jeune; on l'engagea fortement à fréquenter le monde , car, du reste , on abondait dans son sens.
Dans quelques années , quand sa position serait bien assurée, il était impossible qu'avec sa naissance, son éducation , ses bonnes manières et sa réputation qui aurait nécessairement grandi,"
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il ne trouvât point une alliance convenable. Tout cela était entremêlé de réticences transparentes, de remarques fort judicieuses et remplies d'à-propos. Un avocat devait épouser une jeune personne élevée à la ville et habituée à y vivre. Le barreau nécessitait une grande assiduité :
— Ce qui ne nous empêchera pas , je l'espère, poursuivit la bonne dame, de vous voir tous les ans, n'est-ce pas? Vous avez des vacances sur lesquelles Saint- Ermel a des droits imprescriptibles. Je suppose que désormais vous ne resterez plus trois ans sans revenir ; c'était bien, la première fois , il s'agissait alors de
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vaincre les obstacles du début, mais à l'avenir cette cause n'existera plus et vous ne serez plus infidèle.
— Soyez assurée, Madame, queSaint- Ermel est toujours présent à la mémoire de mon cœur.
— Je vous crois, mon ami, répondit la mère de Marthe en souriant.
-— Et s'il dépendait de moi, je voudrais y passer mes jours, ajouta le jeune homme avec chaleur.
Madame de Saint-Ermel détourna fort simplement la conversation ; au bout de trois phrases elle parlait de sa lille ; puis, sans avoir l'air d'y attacher aucune importance et cependant d'un ton presque
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confidentiel , elle dit que Marthe étant destinée à posséder de grands biens i'onciers, il convenait qu'elle épousât un propriétaire , un habile agriculteur.
De tout ce que Robert ignorait, l'agriculture était certainement ce qu'il ignorait le plus ; il s'en était tenu sut-ce point aux Géorgiques de Virgile.
Congé déliuitif.
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Deux ans entiers s'écoulèrent avant que Robert put revenir au château de Saint-Ermel; sur ces entrefaites, cependant, il avait revu Marthe pendant un hiver qu'elle passa à la ville , il avait dansé avec elle, il avait évoqué tous leurs communs souvenirs d'enfance, il crut