‹ Le toréadorChapitre 2 sur 16 · LA DERNIERE CORRIDA · texte numérisé non relu

LA DERNIERE CORRIDA

Ar

la dernière Corrida.

L'heure du spectacle national vient de sonner. — Séville fait silence.

La corrida l^ien-aimée est, cette fois, la suite d'un drame récent qui a jeté le trouble dans tous les cœurs ; le héros de l'arène est en même temps le héros

d'une insurrection redoutable qui a mis en péril la ville, la province, l'Espagne entière.

L'orchestre prélude par une brillante fanfare. Toutes les voix se sont tues, les éventails même cessent de s'agiter, l'on n'entend pas le frôlement d'une seule robe de soie, et la brise du soir s'étonne de passer sans emporter sous son aîle quelque soupir e^moureux.

Les picadoresà cheval, la lance haute, défilent devant la foule ef vont se ranger de distance en distance autour du champ de bataille.

La joute préparatoire commence.

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Un léger murmure semblable au bruit d'un ruisseau parmi les rochers circule autour des galeries; le nom de Diego passe de bouche en bouche, on est impatient de le voir, de l'applaudir. Les causeries se raniment ; mais une seconde fanfare annonce le taureau. Mille clameurs soudaines raccueillent et se calment graduellement.

L'animal , jusque-là enfermé dans l'obscurité, est à la fois ébloui par la lumière, étourdi par le bruit, irrité par les coups qu'on lui a donnés pour le faire sortir, il s'élance sur le premier picador dont la lance inoli'ensive ne peut luifair^

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■ < li àe blessure grave. —Une rondelle placée à deux pouces environ de la pointe, empêche le fer de pénétrer plus profondément. Aussi le cavalier réussit-il rarement à détourner le taureau qui s'acharne plus ou moins contre le cheval.

Une série dé monstrueux exploits commence alors. Les malheureux coursiers sont éventrés tour à tour; à peine si deux ou trois picadores ont pu soutenir le premier choc. Hommes et montures roulent sur le sable. Le cavaher rembourré de tous côtés se relève et s'abrite derrière des coulisses ménagées exprès

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pour lui à chaque poste de picador, mais le cheval reste [disant sur le lieu où il est tombé.

Après avoir éveiitré cinq ou six chevaux, ranimai sauvage semble reprendre haleine; il frappe des pieds la terre, hume l'air et mugit; il se dirige lentement vers l'un des picadores.

Le cavalier se prépare à un assaut moins impétueux mais plus opiniâtre que le premier.

Si le taureau hésite, il s'avance de quelques pas et lui enfonce sa lance entre les cornes ou sur le cou.

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L'animal essaye d'éviter le ter et de se précipiter sur le cheval. Souvent la lance rompt et le taureau remporte une seconde victoire, parfois le picador tient bon et le force à reporter sa rage sur un cavalier moins heureux qui sera démonté.

Il faut voir alors avec quelle furie la bête sauvage enfonce ses cornes dans le ventre du cheval et en fait jaillir les entrailles.

Si le picador n'est pas bien tombé, et qu il soit en péril, comme il arrive quelquefois, des valets de pied accourent à son aide ; avec leur longues pièce d'é-

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tolfe de couleurs tranchantes, ils détournent la colère du taureau, qui abandonnant sa victime, n'a plus pour assouvir sa rage qu'une vaine banderolle sur laquelle il s'escrime aux rires bruyants de l'assemblée.

Les chevaux blessés à mort expirent ' aux bords de l'arène ; le taureau las et couvert de sang se tient au milieu, il voudrait fuir cette lutte inutile, car il n'y voit pas de terme, il semble découragé de rencontrer sans cesse de nouveaux ennemis.

Le moment est venu de rallumer sa

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rage, il faut le rendre furieux afin que le toréadoi' triomphe avec {;loire.

Le peuple hurle de toutes parts, interpelle et insulte sa farouche victime, lui jette des pierres, l'excite du geste, ou le frappe et le pique, si c'est possible.

Les coureurs du cirque, les banderilleros s'avancent portant chacun deux dards aigus garnis de bandelettes et de pétards, techniquement nommés banderillas. Chaque agile garçon se présente droit en face de l'animal qui baisse le front ; plus prompt que l'éclair le banderillero enfonce ses dards à droite et à

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jjauche sur le cou de Taninial qu'il évite (l'un bond.

Dix ou douze banderillas sont plantées de la sorte auprès des oreilles du taureau; il s'agite pour s'en débarrasser, mais les bandes de papier frissonnent, les pétards éclatent; il arrive au paroxisme de la rage. 11 écume, il gronde, il frappe la terre et s'y roule même par moment, puis il court ça et là, menaçant, l'œil en feu.

Le peuple se passionne d'ordinaire pour ces cruels préliminaires de son délassement favori; mais on attendait Diego Tudilla ; qu'importaient les coups

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de lance et les coups de cornes ; on allait revoir en brillant gladiateur, l'homme qui huit jours auparavant était le patient du bourreau, après avoir commandé la cavalerie des Bartuleiros.

Les picadores perdirent leur adresse

en vain le taureau fut saperbe de fureur,

dix chevaux étaient évenlrés,— le public

y prit à peine garde.

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Les fanfares recommencèrent entin, enfin le tour du matador était veau.

Diego Tudilla ne pénétra dans l'arène que lorsque le taureau lancé, harcelé, enivré par l'odeur du sang et par les cris

tumultueux de la foule lui parut digne de périr sous le glaive du roi des toréadores.

L'athlète avait revêtu son plus riche costume. Sa veste légère étincelait de paillettes d'or : un haut-de-chausse brodé et boutonné d'argent, de grandes guêtres de maroi^uin ornementées avec art dessillaient ses formes vigoureuses; une ceinture de soie isabelle embrassait sa taille ; une toque surmontée d'une aigrette brillante était posée sur sa tête.

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Il salua ; le peuple applaudit avec frénésie.

Le chulillo reçut la toque du gladiateur et lui présenta en échange un large morceau de drap écarlate et une épée à deux tranchants.

Le toréador procéda dans les règles ; il s'avança vers le taureau qui voyant l'étofïe rouge baissa la télé et fondit sur elle. Diego sans bouger enfonça le glaive au défaut de l'épaule gauche ; la pointe perça le cœur de l'animal qui tomba mort à ses pieds.

L'assemblée battit des mains en atten-

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dant mieux, car Dié^ifo Tiidilla l'avait accoutumée à des scènes plus longues et plus dramatiques. On disait qu'il se réservait pour la fin. Aussi les cris de joie ne furent pas moins bruyants que de coutume.

Des viva prolongés partaient de toutes les banquettes; mais ie matador, promenant enfin ses regards sur les spectateurs, vitdona Mariquitaet don Alvaro Barros lui applaudir ainsi que les autres.

Zaléa observait son maître ; elle pâlit et trembla.

— Mon Dieu? murmura-t-elle , ayez

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pitié de nous ! Comme il la re*»arde ! il frémit!... il est jaloux!... il l'aime toujours !

La seconde fois, le toréador fut magnifique, il avait affaire au monstre le pliis redoutable de la Sierra Morena.

Pour bien mériter aux yeux de Mutéo et des autres maîtres, il ne lui porta le coup mortel qu'après dix minutes de passes et de feintes d'un intérêt palpitant.

Aux respirations haletantes d'un peuple entier succéda une explosion de trépignements et de bravos.

Les promeneurs qui n'avaient pu trou-

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