‹ Le toréadorChapitre 7 sur 16 · LE T011É4D · texte numérisé non relu

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saient grandement les fâcheux résultats d'une éducation mal conçue.

Mais tandis qu'elle était livrée sans défense au redoutable scalpel de l'opinion, par une autre conséquence du même principe , un combat constant avait lieu en elle , à son inscu , entre les élans de son cœur sensible et la fausse direction donnée à son esprit.

La simple Josépliine avait innocemment porté le trouble dans les pensées de son amie : Fénella. venait de soupçonner l'ardeur d'un amour timide.

Alors, l'hiver touchait à sa fin, l'époque des réunions brillantes allait faire place aux méditations solitaires. Il était

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cruel de laisser échapper une occasion aussi belle de régner en souveraine sur une âme éprise.

Un monde nouveau se révéla à la jeune fille, et, fût-ce un jeu, fût-ce un penchant naissant, elle fit aussitôt à Edmond une large part dans ses bonnes grâces : des contredanses lui étaient toujours réservées à point, quelques paroles habilement ménagées le ravissaient, un mot, un rien lui allaient droit au cœur, un sourire de bienveillance le transportait ; sa timidité céda devant cette confiance inespérée.

Edmond parut alors aux yeux de son adorée tel qu'il était réellement ; la glace

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était brisée désormais ; il s'étonna luimême de ses progrès rapides dans une sphère si ardue au premier abord. Au dernier bal , quelques regards échangés à la dérobée , une conversation badine et piquante sur les regrets qu'on éprouvait à voir finir sitôt la saison des plaisirs, de délicates allusions à la douleur de rompre avec certaines personnes dont la présence est le suprême bonheur, quelques compliments d'un goût exquis qu'Edmond osa enfin hasarder, et puis l'expression d'une respectueuse crainte d'avoir déplu , tout cela dessina clairement les contours d'une passion longtemps voilée par la contrainte.

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Edmond rendit compte en peu de mots des difficultés qu'il avait eues à surmonter pour parvenir à respirer plus librement dans l'atmosphère embaumée des salons ; il expliqua la cause de cette timidité sans cesse renaissante en dépit de sa volonté , appuya sur l'éloge de celles qui, loin de rebuter un nouvel adepte, daignent l'encourager dans ses essais, et le font avec grâce ; il finit par la comparaison de l'existence d'une demoiselle élevée dans le monde et dès l'enfance accoutumée à ses usages, avec celle d'un jeune homme comme lui , voyageur inexpérimenté sur un élément inconnu, victime d'une retenue indomptable qui

paralyse toutes les facultés de l'esprit sans diminuer l'intensité de celles du cœur.

Avant l'a fin de la soirée , Fénella de Marsan était captivée à son tour.

lin têle-à-têlc.

FéHella de Marsan, maîtresse de son cœur, s'était de plein gré exposée au péril; dès qu'elle se sentit atteinte, elle songea non sans effroi aux conseils de madame de Villeneuve.

Son art de femme du monde, luttant sans cesse contre son émotion, elle ne

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se laissa pas deviner entièrement par celui dont elle partageait désormais l'amour. Edmond se croyait préféré , mais doutait encore de son bonheur ; Fénella se sentait aimée ; elle n'osait répondre à la passion désintéressée qu'elle inspirait. "^ ••

Le jeune Saint-Ange, dans son premier éioignement pour le monde, avait négligé de se présenter chez madame de Villeneuve: ce n'était que malgré lui, et cédant aux instances de sa famille, qu'il avait fait son apparition dans quelques cercles brillants; il se trouva donc nécessairement éloigné de Fénella , et ne la rencontra plus qu'à grands in-

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tervalles dans des réunions où il lui fut impossible de s'approcher d'elle.

, Son exaltation cependant était arrivée au point où il faut la laisser déborder. D'ailleurs, le bruit courait que M. de Forbin avait demandé la main de mademoiselle de Marsan ; Edmond résolut de brusquer une démarche décisive, il alla confiera son propre père la violence de son amour.

M. de Saint-Ange, qui désirait pardessus tout le bien de son fils , se donna de garde de heurter directement une passion semblable; seulement son expérience le porta à temporiser; il dit qu'il ne refuserait pas sou consente-

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ment, mais qu'il y mettrait de sévères conditions.

— Mademoiselle de Marsan est trop jeune, a trop peu de fortune et me paraît trop coquette pour vous convenir. Vous débutez dans le monde un peu trop tard peut-être; séduit par des dehors brillants, vous êtes amoureux, c'est très bien! Pourtant, par mille raisons, et surtout pour vous empêcher de faire une folie , vous voyagerez ; vous vous absenterez au moins pendant deux ans.

A votre retour, mademoiselle de Marsan n'en aura pas vingt, et ne craignez rien, vous pouvez être sûr qu'elle ne sera pas encore mariée. Vous avez quelques

amis à Aix , choisissez le plus digne pour vous tenir au courant de ce qui se passera ici pendant votre absence.

Je vous offrirais bien de prendre moimême ce rôle, mais vous me taxeriez de partialité ; je crois donc qu'il vaut mieux vous confier à l'entremise de votre meilleur camarade. Je désire que vous alliez à Paris ; vous verrez le grand monde, vous y formerez votre jugement par des réflexions convenables ; ensuite, si vous êtes toujours dans les mêmes intentions , je ne ferai plus obstacle à ce que vous appelez le bonheur. Enfin vous partirez quand il vous plaira, mais

songez-y bien ; je n'entends pas per-

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