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JEAN, M. ALLEYRAS, LE DOCTEUR, ROSE

Rose (entrant ^ effrayée).

Je ne sais pas ce que tous ces gens-là ont après monsieur... Ils parlent d'un enfant que monsieur aurait brutalisé et qu'ils conduisent en procession chez le pharmacien.

Le docteur Ils promènent le cadavre.

Rose

Il y en a qui crient je ne sais pas trop quoi : « A la colonie! »...

Le docteur On y va !

Rose

Enfin, tout ça n'est pas grave, à preuve que le malade crie plus fort que les autres.

M. Alleyras (à Jeanjie), Et Rose que vous oubliez !

Jeanne

Non, père, je ne Toublie pas. (A Rose.) Nous avons une mauvaise nouvelle à vous annoncer, Rose.

Rose Hé ! là ! madame, laquelle donc ?

Jeanne

Nous allons être obligés de nous séparer de vous.

Rose C'est pas Dieu possible !

Jeanne

Si.

Rose

C*est-il comme ça que vous retournez à Paris?

Jeanne Oh ! non nous allons beaucoup plus loin.

Le docteur

Et oîi nous allons, ma bonne Rose, vous ne nous suivriez pas.

Rose Une supposition d'voVpart !

Le docteur

Non, mais une certitude. Nous allons aller demeurer à la Clairière.

Rose Chez les sauvages ?...

Oui.

Rose [stupéfaite), Âh I ben, par exemple, si je m'attendais à ça !...

Le docteur Qu'est-ce que je vous disais ?

Rose [suivant son idée).

Des riens du tout, des gens qui ont le diable au corps... Faut qu'ils vous aient ensorcelés... Heureusement que monsieur et madame ne sont pas encpre partis.

Le docteur C'est tout comme, Rose.

Rose

Alors, monsieur et madame nous reviendront bientôt.

Le docteur Je ne crois pas.

Rose Moi, j'en suis ben sûre.

M. Alleyras Et il n'y a pas que vous,, Rose...

Rose

Quand madame verra comment elle est servie

Je n'aurai pas à voir comment je suis servie, puisque 'je serai notre servante à nousmômes.

Rose {ahurie).

Madame ne prendra personne à ma place ?

Jeanne Mais non...

Rose {avec effort).

Alors, c'est une supposition d'ma part, c*te fois, si je ne demandais pas mieux que de vous accompagner?...

Jeanne

Nous vous saurions gré de votre proposition. Rose, mais nous ne l'accepterions pas.

Rose

Je disais ben... vous n'avez pas d'estime à votre servante.

M. Alleyras

Vous ne les comprenez pas. Rose... vous ne pouvez pas les comprendre.

Rose

Je demande pardon à monsieur... je comprends très bien que mes maîtres ont des embarras... des ennuis... qu'ils veulent diminuer leurs frais, enfin... C'est bien naturel... Si les clients de monsieur ne le paient pas, il ne peut pas mç ^ayer... Mais j'ai raison de dire que vous n'avez pas d'estime à votre servante, puisque vous ne pensez pas que je puisse rester auprès de vous... pour rien.

198 L\ CUIRIÈRB

Jeanne

Vous êtes dans Terreur, ma bonne Rose : nous savons parfaitement combien vous nous êtes dévouée, mais la question n'est pas là... Nous ne vous emmènerons pas à la Clairière, parce que ses habitants, les sauvages, emnme vous dites, considèrent les serviteurs en général, comme des gens qui consomment, dépensent... et ne produisent pas.

Rose Des propres à rien, quoi ?

Le docteur

Non, des adjoints que ne comporte pas le genre d'existence qu'ils ont adopté, voilà tout. Enfin, il y a aussi la dignité personnelle, qu'ils entendent à leur manière.

Rose

Et v'ià à présent que leur manière est celle d'monsieur et d'madame. On m'avait ben dit que c'te maladie était contagieuse ; mais j'aurais jamais cru tout de même que monsieur qui est médecin l'attraperait... Enfin, j'suis toujours à la disposition d'monsieur et d'madame quand ils auront besoin de moi.

M. Alleyras

Eh ! bien, en attendant, moi. Rose, je vous prends à mon service. Nous partirons pour ia Suisse defmain matm. Vous allez aider ma fille à faire ses malles et vous ferez ensuite la mienne. Tout le monde ici s'en va en vacances !

Le docteur Non, père, pas en vacances : en apprentissage.

Rideau

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