ACTE II, SCENE VI
VOUS ne pensiez jamais quitter Paris, si ce n'est pour aller vers des Monte-Carlo ou vers des Deauville, et vous voyiez daos votre femme une petite personne qu'il serait assez flatteur d'accompagner dans les endroits chic. Et puis, tout à coup, vous l'emmenez dans le Périgord, au milieu des bois de châtaigniers et des champs de maïs, vous devenez gentleman-fermer... c'est très bien ce que vous avez fait là ; mais ça ne la regarde pas : il n'était pas convenu que vous vous transformeriez à ce point. En somme, vous étiez deux aveugles, et l'un des deux, seul, a recouvré la vue.
VERSANNES
Mais fallait-il donc que je reste aveugle, moi, parce qu'elle n'y verra jamais clair ? Et puis, voilà cinq ans que nous sommes mariés... elle est restée la même, elle n*a cherché à comprendre quoi que ce soit, malgré mes efforts, elle ne s'intéresse à rien de ce que je fais... j'ai essayé... c'est impossible; nous n'avons les mêmes idées sur rien. En-
core tout à l'heure, vous avez bien vu la scène ridicule qui a éclaté à propos de cette trousâe. Et c'est tout lé temps la même chose. Certainement, elle ne me trompe pas, mais il y a des indifférences, des inerties, des incompatibilités qui sont pires, oui pires que les plus cyniques trahisons, et qui font de Texistence journalière un enfer lamentable et morne... et je m'ennuie, je m'ennuie... je m'ennuie !
MORIXS
Comme je vous plains !
VKRSANXHS
Et puis, c'est cette résolution déterminée de se dérober aux devoirs essentiels d'une femme... Enfin, croyez-vous que si j'avais eu des enfants, tout cela serait arrivé ? Car enfin, je les aurais aimés ces enfants ; c'eût été pour moi, une occupation, un intérêt, un but... ils auraient apporté la gaieté dans la maison et la raison de vivre ! Je les aurais adorés, j'en suis sûr, et je sens bien ce qui se passe en moi depuis que Valentine m'a an-