ACTE II, SCKXK VI
nonce... c'est un sentiment que je ne connaissais pas et qui soudain m'envahit tout entier et me remplit de trouble, de joie et d'orgueil! Certes, j'aimais déjà Valentine; mais je Taime encore davantage et plus que tout, et le sentiment nouveau dont je vous parle m'empêche d'avoir trop de pitié pour une poupée ingénieusement stérile !
MORIXS
Là, nous sommes d'accord et je ne peux plus la défendre. D'ailleurs, tout ce que je vous ai dit, c'était par acquit de conscience et parce que je devais vous le dire d'abord. Mais que, de propos délibéré, elle n'ait pas rempli sa fonction de femme, voilà de quoi elle peut être justement punie, car au-dessus de son exception il y a une règle, au-dessus de son caprice il y a une loi, et au-dessus de son individualité il y a l'espèce. Sa seule excuse, c'est qu'elle ne s'en doute même pas, mais que voulez-vous, tant pis! Elle n'avait qu'à s'en douter.
VERSANNES
Et, malgré ça, les lois, les mœurs, les préjugés, les habitudes, tout m'enferme dans un absurde mariage!
MORINS
Il ne faut jamais se laisser enfermer dans l'absurde. Examinons votre mariage : comme sacrement, il n'existe pas, puisque votre femme n*a pas de religion et que la cérémonie à Saint-Augustin fut surtout mondaine avec le caractère d'une brillante représentation et, comme acte civil, il n'existe pas davantage, car le seul fait d'avoir engagé sa foi pour la vie entière dans une mairie, devant un individu ceint d'une soie tricolore, est une formalité qui ne résiste pas à l'analyse . On peut admettre, à la rigueur, à la rigueur, que cela soit nécessaire pour constituer légalement la famille; mais, dans le cas qui nous occupe, et puisque votre femme ne veut pas avoir d'enfants, elle n'a pas droit à plus d'égards que la plus frivole et la plus inféconde des maî-