‹ Le torrentChapitre 82 sur 176 · ACTE III, SCKXE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCKXE II

L'ABBÉ BLOQUIN

Oh ! c'était une pensée abominable !

VALEXTIXE

Je me suis récriée comme vous, Monsieur le curé; alors ce jeune homme m'expliqua qu'il ne parlait pas avec une arrière-pensée libertine, mais -qu'il prenait avant tout souci de la beauté : or, il prévoyait que cette jolie fille désirable serait désirée par des rustres, destinée à de rudes travaux domestiques, battue peut-être et, en tout cas, vieille avant Tâge d*ètre vieille ; c'est pourquoi il souhaitait qu'elle vînt à Paris et que grâce à une vie plus facile, elle se conservât belle plus longtemps. Je pense qu'il avait raison.

LABI3É BLOgUIX

Ne parlez pas ainsi, ma chère enfant, c'est offenser Dieu.

VALENTIXE

Je ne vous dis pas, mais il y a bien du mal sur la terre.

L'ABBÉ BLOOLIN

Oui, oui, je sais tout ce qu^on peut dire

là-dessus et, moi-même, je pense bien souvent à ces choses... Tenez! encore ce matin, avant que vous veniez me trouver, j'étais à ma fenêtre et je regardais mon petit jardin plein de fleurs ; il y avait en face de moi un vieil arbre où chantaient des oiseaux ; le ciel était bleu, l'air léger et je me disais : « Ces quelques mètres carrés recouverts d'herbes entre de vieux murs vêtus de lierre, n'est-ce pas un coin de terre béni et tout n'esi-il pas pour le mieux dans le plus pauvre et le plus riche des presbytères ? » Et je louais le Seigneur ! Mais je suis descendu au jardin, et je me suis amusé à analyser cette tranquillité, à décomposer cette harmonie. Or, partout, c'était la lutte âpre pour la vie; c'était l'activité formidable des fourmilières ; c'était dans des toiles frêles tendues entre les branches de mes rosiers, des araignées guettant leur proie et, dans mon herbe innocente, c'était, le poison des boutons d'or et la malveillance des orties. Mais, de ma fenêtre élevée seulement de quelques pieds au-dessus du sol, je

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