‹ Le tour d'AsieChapitre 13 sur 39 · I CinXE l>l \(>HD · texte numérisé non relu

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roiniiie on l'a prétendu, t'hisloire esl un perpélnel reconiinenceiiient, pourquoi d'autres u'accompliraieul-ils pas à leur tour ce qu'oui accompli aulreroîs les Uonffola et les Mandchous? Lesprocédésseraîent dilTérenls. h rpussîlp ne serait point douteuse.

Quels seront ces maîtres de demain? De quelle contrée <loit venir la dynastie future? Peodant les lon<(uEs causeries le soir, sous la tente, mes hôtes mongnis m'ont demandé plus d'une fois avec iusistauce si mon empereur était le Trha Au Pair (le tsar blanc) ! A les entendre prononcer ce nom, il est aise de dciiner de quel côté vont leurs rêves, leurs espérances. On sent à quel point ils ont foi dans les promesses deslé<|endes populaires dont fut bercée leur enfance.

Et comme j'approchais de Pcking, au fur et à mesure que se détachaient trislemenl sur un ciel d'hiver les vieo\ remparts, la Monlajgne du Palais avec ses kiosques à toitures jaunes menaçant ruine, elle me revenait à l'esprit avec une insistance sin<]uliére. la prophétie mongole oii il est parlé d'un puissant pasteur de peuples qui doit, quelque jour, reconstituer l'empire de Gênais et de Kû-Hlai...

Jtérembri".

Voici l'hiver, le dur hiver de Mandchourie. Une bise aigre soulève de la plaine pnlvcrente d'immense tourbillons qui envahissent tout le ciel, semblables h des nuées chargées de neige. D'un jour à l'autre les glaces peuvent envahir le golfe de l'cichili; Péking sera bloqué pour trois mois. Le moment est venu de songer au départ, de gagner enfin la vallée du Yang-tsé-Klang. C'est d'ailleurs l'époque des eiiux moyennes, la saison la plus favorable pour remonter le grand fleuve, pour atteindre à travers ses gorges et ses rapides les loinlaînes provinces de l'inlérieur, le

Koiiei-TchÉou, le Sô-Tchouèn, puis rejoindre, piir delà les insles plateaux du Vunnan, la vallée du fleuve Rouge, la France indo-chinoise.

Mon passeport esl prôt, un passeport incomparable, calligraphié sur du papier pelure, élaboré par le Tsong-li- Vànien, à la demande de la Légation de France, et qui promet monts et merveilles, llfaut en prendre et en laisser, J'ignore si, comme l'affirme, parntt-il, celte feuille enlu- , minée de vermillon, les autorités de ces zones reculées sont dès à présent avisées de ma venue et se disposent h m'accueillir comme nn hôte espéré. C'est bien possible. Mais je compte surtout que ma bonuc étoile m'épargnera ' la peine d'invoquer leur aide et protection.

Dans quelques heures, j'aurai perdu de vue Péking. Il y aura bientôt trois mois que j'y pénétrais, au soleil couchant, par la porte de Ratamcn, Trois mois déjà : comme ces semaines ont coulé vile ! Il me semble que c'était hier. Ce n'est point sans regret que je m'éloigne, tant j'ai été pris par ces vieilleries, par l'étrangeté de ce décor terriblement élimé et souillé, mais unique au monde, majestueux encore dans sa guenille; par des amitiés aussi, nouées hier, qui ont déjà acquis la force d'alTections anciennes et font reculer de jour en jour l'instant redouté du départ.

Au bord d'un ancien canal dont les fanges ont disparu I sous les floraisons du gel.J'id arrêté mon poney; je m'oiH J blie à regarder, avec la même stupeur que le premier 1 soir, la vieille capitale au-dessus de laquelle le vent de'I Sibérie fait tournoyer en épaisses volutes la poussière Ae» I édifices en ruines, ta cendre des générations mortes.

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