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Les Chinois, chacun sait cela, furent de grands inventeurs, ce dont ils se montrent très fiers, comme si l'esprit <:le découverte qui tourmenta leurs ancêtres n'avait pas epuis longtemps cessé de souffler sur le vieil empire. Ils urent assurément des précurseurs : ils connaissaient la oudre alors que l'Europe barbare en était encore au Anélier et à la catapulte ; ils ont inventé la brouette plusieurs ^^ iècles avant Pascal. Ils ont creusé le Grand Canal, édifié c^^ptte muraille de mille lieues de long, plus étonnante que M ^s Pyramides, travaillé à miracle le kaolin et le bronze. ^lais de toutes leurs reliques des temps glorieux et loiii- ^<Qins, il n'en est peut-être pas déplus intéressantes que les «:^ X pi citations minières poursuivies sans relâche, depuis l>lus de vingt siècles autour de Tse-Liou-Tsin. Aucun • ^nonument n'atteste de façon plus saisissante le génie V^atient de cette race pour qui le temps n'est rien, hostile 0.11X innovations, gardienne jalouse des procédés rudimentiaires légués par les aïeux. Tous ceux qui auront l'occasion Ae visiter cette région éminemment curieuse, d'en observer, fût-ce à la hâte, le mouvement industriel, ne pourront tnanquer d'éprouver un sentiment de respect et d'admiration pour le peuple qui, il y a plus de deux mille ans, concevait et menait à bien de si vastes entreprises. On
demeure coaf4>iidu devnnt l'œuvre accomplie, dcvuiit j^, simplicité de routillHi]e à Vaide duquel ces mineurs p^^^. mîtifg ont fouillé le roc, expluré le sous-sol a des profofti^ deors rarement atteintes de bm jours.
Dans le crépuicule, le premier eenp d'œil jeté sur cetlr"^ ' cité minière de trois cent mille âmes évoque d'ancien^^ souvenirs, des choses vues k des milliers de Ueues d'ici, ' d'autres villes noires d'Europe el d'Amérique : Saint- "^ Etienne, Ch&rleroi, CardifT, les coteaux de Pensylvanie où les cheminées d'usine remplacent la forât primitive, Pittsbarg oà le flvnboiemeut du gaz naturel se mâle aux lueurs deshauts-fourneaui. ht décor estle même : noircies par le temps et les ploies, ces grandes charpentes en bambou ont, à distance, l'aspect de lèrmes mët^Iiques. L'illn- ■ion serait complète, n'était le' silence inusité : El manque m» la chanson du fer et de l'acier, lès tfépidMbns, les eoups de gilHets stridents, le halètemeiit des* locomotives, les mille rumeurs qui, dans noscontrécj, moatcnt nuit et jour des foules au travail. La machinerie est restée ce qu'elle était plusieurs siècles avant notre ère ; point d'autres bruils qu'un murmure confus, un baltemenl de sandales sur la pierre el, autour des puils d'extraction, le grincement des treuils de bois actionnés par des buTfles. Une de ces scènes auxquelles peut seul vous faire assister ce peuple, le plus conservateur du monde ; un rêve matérialisé, une reculée soudaine, une exploration dans le passé, la grande industrie il y a deuK mille ans.
Les salines, ou plutôt les puils d'eaux-mères de Tse- Liou-Tsin, sont exploités par des compagnies ou par des familles qui les possèdent depuis plusieurs générations. Il serait difficile d'en préciser le nombre. Beaucoup ont dû élrc abandonnés : d'aulre part, de nouveaux sondages sont en cours d'exécution un peu partout, des compagnies se créent. Ensuite il arrive que des puits délaissés, à sec
depuis plusieurs années, s'emplissent subilemenl, et le travail esl repris déplus belle : selon toute vraisemblaace, il esiste à l'heure actuelle quinze cents à deux mille espioitntions ea pleine activité.
Ces puits sont, en fait, de simples tious de sonde, de 20 à 25 centimètres de diamètre. Leur profondeur est très variable : quelques-UQS ne mesurent pas moins de -iOO Ichaiigs (le Ichang équivaut à S mètres). Le fora{|e s'exécute de la manière suivante : la roche est d'abord attaquée à petits coups avec uue sorte de boudin de fer ^e 100 kilo<{ram]nes environ, terminé par une forte pointe ^n acier. L'instrument est retenu par un cAble confectionné ^u réunissant en faisceau, sans les tordre, des lamelles de ftambou. Le câble est solidement noué ii l'extrémité d'une longue tige de bois assez flexible: celle-ci repose en équilibre sur l'un des chevalets supportant une petite platcforine où prend place l'équipe composée, suivant le dc^rc' «d'avancement des travaux, de deux, quatre ou six indivi- «jus. Ces derniers, accoudés à une barre lixe formant balus- "C^rade, pédalent avec ensemble sur l'extrémité libre de la f i^e. de fai-on à imprimer à l'appareil un mouvement lent «Je balani;oire. La combinaison a pour effet d'éviter les <léviations qui pourraient se produire avec la barre à ■Tiine maniée par un ouvrier maladroit ou disirait. Le (loint d'attaque une fois choisi, le coup est porté rigourciisemeut suivant la verticale.
De temps à autre, la sonde est retirée; on verse de l'eau dans le trou, après quoi l'on y introduit un tube de bambou muni d'une valve, qui aspire et remonte à la surface le liquide boueux contenant la rocbe pulvérisée. Afin d'éviter les éboulements et les inCltralions, le puits est protégé par Un revêtement ingénieux formé de cylindres en bois de cyprès. Dejour enjour cette armature est cbassée plus avant, les anneaux se superposent soudas par des pointes de fer.
Il's joints lioiiriiéa avec de Téloupe et du lirai. I.ea parof ^^ désormais sont lisses et étanches comme l'Ame d'un caDon
Des accidents se produisent, assez rares, il est vrai. L^^* J câble casse; il s'agit de le relever ou, plus exactemeot^ 6e le repêcher avec tout un système de lignes et d'hameçons. Ou bien c'est le perforateur qui se brise et le déblaiement exige uoe manœuvre beaucoup plus longue, crochets et pinces n'ayant point prise sur le métal En pareil cas. une pesante masse de fer est attachée à une longue corde, lancée au fond àa puits, et l'on pile pendant des semaines, pendant des mois, jusqu'à ce que les débris soient réduits en poussière. Cela fait, on les noie, comme il a été dit plus haut, et ils sont extraits à l'état de bouillie.
Ces explications sommaires suffiront à faire comprendre ce que doit être un tel travail, ses diflicultéa, ses husorda, ses lenteurs. Sa durée dépend de la nature du aol, des accidents imprévus. 11 se peut que plusieurs générations succombent à la tiicbe. Les petits-fils n'auront pas la joie de pousser jusqu'à la nappe artésienne le sondage commencé par l'aïeul. On m'a cité tels puits dont l'achèvement n demandé quarante ans et plus. Dans des condiliona favorables, la durée moyenne du forage est de sis à dix ans, il convient d'ajouter qu'une ou deux années d'exploitation auffisent parfois à couvrir tous les frais de premier établissement.
Le matériel d'extraction est la simplicité même : audessus du puits s'élève un échafaudage en forme de pyramide supportant une grande poulie sur laquelle le càbie glisse pour venir passer ensuite sous un autre rouet placé au niveau du sol et s'enrouler enfin autour d'un énorme tambour horizontal mis en mouvement par deux buflles, La heiiiie n'est autre qu'une section de bambou de cinq n six mètres de long fermée, à sa partie inférieure, par un clapet. L'eau salée se déverse dans un réservoir d'oft par-
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tent des conduites aboutissant aux hangars qui abritent les cuves et les fourneaux à évaporer.
Indépendamment des puits à sel, plusieurs compagnies ont dans le voisinage un puits à gaz que recouvre une double calotte en bois et en maçonnerie épaisse, percée d'ouvertures circulaires auxquelles s'ajustent les tuyaux de bambou. Ce gaz inflammable émane des nappes de pétrole que les sondages révèlent assez fréquemment dans les grandes profondeurs. Toutefois, les Chinois, jusqu'ici, n*ont pas su exploiter de façon sérieuse Thuile minérale. Ils n'en recueillent qu'une quantité tout à fait insigniCante, se contentant d'utiliser le gaz pour le chauffage des fours et l'éclairage des usines.
Nous avons, guidés par le P. Bouchère, visité quelquesuns de ces établissements. Tous sont installés sur le même modèle. Aussi n'en citerai-je qu'un seul, le puits de ^ l'Kspérance » , où nous avons, comme partout ailleurs, trouvé le meilleur accueil . La société à laquelle il appartient possède, tant à Tse-Liou-Tsin que dans les environs, une quarantaine de puits à sel ou à gaz. L'exploitation est prospère : il y en a de beaucoup plus riches. Mais elle peut donner une idée assez exacte des conditions dans lesquelles fonctionne cette industrie, des dépenses d'installation, des frais généraux et du rendement moyen.
Oe puits est de date récente : il a été achevé au cours de la troisième année de Kouang-Sou, c'est-à-dire il y a dix-huit ans. Le forage n'avait pas duré moins de quinze ans, ce qui n'est pas excessif, étant donnée la profondeur. Celle-ci serait, nous a-t-on dit, de trois cent quarante ichangs, un peu plus de mille mètres. Il nous a été facile de vérifier l'exactitude de ce dire, en mesurant la circonférence du tambour sur lequel le cable s'enroule et rn observant le nombre de révolutions accomplies pendant la manœuvre de montée. La circonférence étant de dix-
huit mètres, j'ai compté cinquante-deux tours, ce qui donnerait exactement 990 mètres de longueur de câble, soit un total inférieur de quelques mètres seulement à l'estimation fournie par le surveillant.
Le personnel est de trente hommes ; il forme trois équipes qui travaillent chacune huit heures, suivant un roulemeat d'après lequel le travail de nuit est réparti de façon à peu près égale entre les ouvriers. Ces hommes reçoivenc 3,200 sapèques (2 taëls 60 cents) par mois, plus la nourriture, la pâtée de riz distribuée quatre fois par jour.
La force motrice est fournie par deux buffles que leurs conducteurs font marcher au grand trot. Les bétes sont changées deux ou trois fois par heure : chaque puits en emploie une soixantaine. Le prix d'un buffle est de 40 taëls (160 francs). Les manœuvres de descente et de montée prennent ensemble de vingt à vingt-cinq minutes. Pour la descente, les animaux sont dételés et le cable, sous le poids de la benne, imprime au tambour un mouvement de rotation très lent d'abord, puis d'une rapidité vertigineuse que modère, à l'occasion, un frein solide. Le câble en fibres de bambou est renouvelé tous les dix jours.
Le puits arrive à débiter de la sorte, en travaillant jour et nuit, 20,000 cailles, c'est-à-dire, 12,800 kilogrammes d'eau-mère représentant un rendement quotidien de 150 à 160 francs. Chaque puisée, contenant environ 400catties (256 kil.), est vendue 80 cents de taël (un peu plus de 3 francs) aux différentes usines d'évaporation. Le débit, parait-il, a diminué depuis quelques mois : il aurait été naguère de 40,000 catties par vingt-quatre heures.
En pareille matière, il n'est rien de plus éloquent que les chiffres. Je ne crois donc pas pouvoir mieux faire que demprunter purement et simplement à mon carnet de notes ceux qui m'ont été communiqués sur place. Dans sa forme un peu sèche, ce petit relevé de comptes en dira
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plus long que bien des phrases sur les dépenses et les recettes d'une entreprise exploitée à la chinoise au cœur ie TEmpire.
L'évaluation m'a été donnée en taëls, en prenant pour )ase le taël des Douanes {haefiwan taël) qui vaut, suivant e cours du change, de 3 fr. 80 à 4 francs.