‹ Le tour d'AsieChapitre 24 sur 39 · TOU-FOU · texte numérisé non relu

TOU-FOU

liepradu£tion. dut.

Ailleurs qu^en Chine, Tcheng-Tou serait simplement un grand centre; nul ne songerait à vanter ses splendeurs. Mais, dans cet empire de la ruine et du haillon, TefTet est tout autre. J'éprouve, à parcourirces beaux quartiers, d'un luxe assez médiocre en réalité et qui vaut surtout par le contraste, une sensation que n'avait éveillée en moi aucune des grouillantes cités du littoral ou de l'intérieur. Canton, Han-Kéou, Tchoung-King, Péking lui-même n'offrent à cet égard rien de comparable. Pour la première fois depuis des mois, ce que j'ai sous les yeux me semble être non plus une agglomération confuse, mais une vraie ville dans le sens que nous donnons à ce mot.

La position, au milieu des plus fertiles plaines de la Chine occidentale, à deux jours de marche des premiers contreforts du plateau thibétain, est de toute beauté. Elle rappelle assez exactement celle de Milan par rapport aux Alpes.

La ville est traversée et environnée de plusieurs petits canaux alimentés par les eaux torrentielles qu'un système de barrages des plus ingénieux, établis à l'issue du défilé de Kouan-Tchièn, distribue au loin dans les campagnes. La plupart de ces artères se réunissent presque au pied du rempart, et forment le Min-Kiang qui, après un parcours de près de cent lieues, se jette dans le Yang-Tsé, à Soui-fou. La rivière est navigable pendant toute l'année. Toutefois, de novembre a mai, les très petites barques peuvent seules remonter au delà de Kia-Ting et non sans s'échouer fréquemment dans la vase. En revanche, à l'époque des hautes eaux, c'est-à-dire durant six mois, de lourdes jonques, jaugeant parfois plus de cent tonnes, arrivent jusqu'ici sans difficulté. Tcheng-Tou devient alors le terminus d'une des plus longues navigations fluviales qui soient au monde, yn port à plus de 3,000 kilomètres de l'Océan*

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Autant que j'ai pu en juger, le mouvement commerciil est anse» actif. Tchcni{-Tou est. de toute évideDce, ud marthiî ubijudaiiiment fourni, où viennent trafiquer el s'approvisionner des populations éparses sur un terriloire d'une étendue considérable, du Kan-Sou au \ iin-Vua, de In vhIIpc du Mia-Ktiing iiux confins du Thibol. Les impnrtolions de l'étranger y figurent en très petit niunbre. Lw objets sout, en ijcuéral, de provenance eïclusivcuienl Snoise. Et lorsqu'on examine d'un peu près les articles, qui paraissaient déceler la nioifi-d'wuvre européenne, od est surpris de constater que beaucoup d'entre eus. manufaflurés aux pays jaunes, portent la marque d'un industriel d'Osaka et de Tokio.

L'exportation comprend des soies ouvrées ainsi qae àis cotonnades infiniment plus grossières et d'un prix de revient plus élevé que les tissus d'Europe, mais aussi plus résistantes et, par cela même, très demandées, non W^' ment au Sé-Tchouen. mais dans les provinces voisbeS' Elles arrivent même, j'en ai eu U preuve, fort loin dm' le sud jusqu'au Kouang-SÎ et dans Ie¥un-Nan méridioDS'> à Vun-Man-Scn, à Mong-Tzé, aux portes du Tonkin! K" ce qui concerne les soies brutes et la cire, le princip'^ marclié est Kia-Ting, préfecture située à 170 kilomètres "^, la capitale, au confluent du Min-Kiang et du Tong-Ho q*^ descend des montagnes d'O-Mei.

Tcheng-Tou, réputé pendant des siècles pour ses beai^ bronzes, a depuis longtemps renoncé au grand art. On . fabrique actuellement de la coutellerie très appréciée C'est le Sheffield du Céleste-Empire. Les produits son* d'un galbe étrange et de qualité inférienre. mais à laportée de toutes les bourses, ce qui, en Chine, est

Tessentiel. J*ai en ma possession un remarquable spécimen de cette industrie. L'outil, quelque peu massif, contient une quinzaine de pièces au bas mot, savoir : quatre lames, une scie, un marteau, une pince, un poinçon, sans compter un assortiment de cure-dents, de cure-oreilles, et cure-pipes. Ce chef-d'œuvre, sorti des meilleurs ateliers, m'a coûté trois cents sapèques (75 centimes de notre monnaie). Ce n'est pas cher. Si la trempe laisse à désirer, le prix défle la concurrence.

Depuis plusieurs années, la ville est dotée d'un arsenal et d'une fonderie. L'outillage est de premier ordre, le personnel insufGsant. L'établissement, sous la haute direction de mandarins triés sur le volet, livre aux vice-roi des arquebuses et des fusils à pierre, des coulevrines, des canons se chargeant par la bouche et éclatant par la culasse.

Une industrie locale très florissante est la fabrication des chapeaux de paille. Ces majestueux couvre-chefs que les Sétchouanais des deux sexes arborent pendant la saison chaude ont les dimensions d'un parasol, deux centimètres d'épaisseur et ne pèsent guère moins d'un kilogramme. Leurs bandelettes déroulées couvriraient bien un quart de lieue; mais le tissu est d'une finesse inouïe. Pareille coiffure ne pourrait pas être confectionnée en Europe à moins de 35 à 40 francs. L'article le plus soigné se vend ici de 1,500 à 2,000 sapèques (environ 3 fr. 50). Aussi les pailles tressées du Sé-Tchouen trouvent-elles dès maintenant acheteurs dans les ports ouverts au commerce étranger. Des chargements complets sont dirigés sur Han- Kéou et Shanghaï. A ma connaissance, une maison française en réexpédie chaque année, à elle seule, plusieurs milliers de ballots.

Les laines et les peaux du Thihet, l'opium, dont la production augmente d'année en année, et surtout les plantes

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médicinales ont, à Tcheng-Tou, un marché 1res nnimc. Presque tous les ingrédients utilisés par la pharmacopée chinoise viennent du Sé-Tchouen. Leur transport fournit à la batellerie du Vang-Tsé un très gros fret. Une part insigni liante de ces envois est destinée ù l'exportation. Kl l'un se demande, il voir défiler pnr centaines ces jouques chargées de simples, comment un peuple peut ingurgiter tant de dépuratifs et de tisanes. Le fait est, soit dit en passant, que de tous les pays civilisés ou non, la Chine est celui où l'on se drogue le plus. Ici. le médicament fuît en quelque sorte partie de l'alimenfulion : ou l'absorbe pour le motif le plus futile, généralement sans motif aucun, k titre préservatif, pour le plaisir, parce que cela est très bien porté. Tout homme qui se respecte consacre une forte partie de son budget, parfois plusieurs centaines de taels, à ce genre de friandises. Les rapports commerciaux et les statistiques publiés par les Douanes impériales août, à cet égard, des plus instructifs. II y est fait mention de mixtures ineffables, à rendre jaloux Purgon et Diafoirus.

Le dernier recensement, très approximatif, opéré il y a une vingtaine d'années, évalue à quatre-vingt mille environ le nombre des familles établies dans l'enceinte de Tcheng-Tou. Ce chiffre correspondrait â une population de 350 à iOO.OOO nmes, ~ 500, DOO avec les fanbourgs .

La ville est protégée par une muraille en briques de dix kilomètres de tour , du même style que celle de Péking. mais de dimensions moins imposantes. Ce rempart, dont les premières assises furent posées sous le règne de King Ouei, de la dynastie des Thsins, c'est-à-dire il y a deux mille ans, a été por la suite plusieurs fois restauré et étendu, notamment au quinzième siècle, sous les Mings et même, depuis l'avènement de la dynastie actuelle, sous

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les règnex de KtkDg-Si pt de Hicn-Loun<j. Derrière ce mur décoralif, mais d'une vnleur tout l'i fait illusoire au point de vue de la défense, se dissimulent trois elles d'aspect très différent : 1° une ville chinoise subdivisée elle-même en deuï sou s- préfecture s : Tcheiijj Tou-Sien et Oyang-Sien ; 2° une ville tartare où quelques centaines de Mandchous, sous l'aulorité d'un maréchal, " mangeant le riz de l'empereur 1 , vivent avec leurs familles dans un Jar nielle tempéré seulement par d'innocentes distractions telles que le tir à l'arc, l'entretien d'un jardinet fleuri, l'éducation d'uD oiseau chanteur, merle ou bouvreuil, et l'audition d'un orchestre de grillons emprisonnés dans d'adorables petites cages; 3° une ville impériale. Deux pavillons menaçant ruine, ouverts à tous les vents, des dalles rongées par la mousse, des lions de marbre couchés dans l'herhe haute, c'est là tout ce qui reste des palais effondrés. A côté sont les bâtiments affedés aux examens littéraires, dix-sept mille guérites que se disputent chaque année les candidats accourus de tous les points de la province et des provinces voisines.

Quand j'aurai dit que Tclieng-Tou, délaissé depuis des siècles par la cour des empereurs, simple résidence viceroyale, est cependant, aujourd'hui encore , un centre politique des plus importants, en ce sens que les attributions du vice-roi ne comprennent pas seulementla direcliondes atîaires provinciales, mais aussi la surveillance des tribus semi-indépendantes de i'Ouesl et le contrôle des relations entre la Chine et le Thihel ; si j'ajoute que, par suite, c'est peut-être, après la capitale de l'empire, l'endroit où l'on rencontre le plus grand nombre de foncHonnaires de tout grade, de lettrés, de scribes, de yàmens assiégés par les solliciteurs, il ne me restera qu'à clore cet inventaire déjà trop long.

Les villes chinoises sont taillées sur un modèle unique.

En décrire une, c'esi les décrire toutes. Pékîng seal fait exception h la règle. Partout ailleurs, mêmes formes, mêmes procédés répétés à rînBiii. Eu cela s'affirme une fois de plus la tyrannie toute-puîsttante et indiscutée des rites, des ordounances qui, de lempa iminémorial, ont ré<|]emenlé le hdlJment, S%é le type, les dimensions des édiBces publics et privés. La maison chinolst;, toute en rez-de-chaussée, disposée dans ses moindres parties avec une symétrie désespérante, est la même d'no bout à l'autre de rKmpîre, à Canton et à Tien-Tsin , sous le tropique el sur la frontière sibérienne. Du moins en est-il ainsi à la ville, Aux champs seulement ou dans les parcs impériaux, l'arcbilEcte peut donner libre cours à sa fantaisie, édifier CBS pavillons, reskiosques, ces belvédères, d'une silhouette parfois si imprévue et si charmante, qu'ont popularisés les porcelaines peintes et les estampes. Hprki quelques mois passés à parcourir ces contrées, ce que l'uu remarque en arrivant dans une ville, ce n'est plus le site, le plan général, l'ensemble du décor, toutes choses qui nous laissent désormais presque Jadifférents ou nous obsèdent comme aut,-int de redites. On notera de préférence les menus détails par où elle diflère des autres localités, tout ce qui, dans une certaine mesure, révèle le genre de vie spécial, l(; caractère de l'habitant.

(^e qui frappe ici, dès les premières heures, c'est, nous l'avons (lit, la belle tenue do certains quartiers dont l'apparence presque luxueuse contraste avec l'incurie et la malpropreté nationales, avec ce goùf pour l'A peu près, l'inachevé, qui donne aux choses les plus neuves un air de ruines, C'est aussi, c'est surtout la physionomie très particulière d'une ptirlie de la classe pauvre. Celle-ci, naturellement très nombreuse, est composée de deux éléments tout à foH distincts. D'abord, les mendiants de profession formant, ici comme à Péking, une corporation solidement organisée.

asec ses syndics, ces coilectpurs chargés de percevoir le cnontunt des abonnements chez lu plupart des propriéEairea et iiégociaals qui jujjenl prpférable de traiter à forfait, de s'assurer contre les importunités quotidienues des slropiats moyennaot une redevance hebdomadaire ou mensuelle, ensuite viennent les déclassés de toutes catë<|ories qui, eu\, ne constituent point une association compacte, mais n'en sont pas moins redoutables Dans cette armée de la misùre, ils représentent une forte part des effectifs, les continijents irréguliers où chacun opère pour son compte, en fourra^eur.

Tout ce que cette province si vaste recèle d'ambitieuï, demécoutents, d'illuminés, afHue vers la capitale : fonctionnaires sans place, lettrés auxquels leurs brillants examens semblaient promettre des sinécures grassement rétribuées et qui, diplôme en poche, attendent tristement leur heure; mandarins en disgrâce rédigeant placels sur piacets pour obtenir le droit de replanter sur leur coiffure le bouchon de carafe ou la plume de paon. Ils sont là plus de dix mille, dépenaillés, minables, la rage au ca<ur, vivant d'aumônes nu réduits aux emplois les moins nobles. Je sais d'cminenls bacheliers qui, sans autre vêtement qu'un vieux sac noué autour des reins, s'adonnent au balayage des rues, des licenciés authentiques faisant, pur intérim, fonction de porteur d'eau ou poussant la brouette. Le pis est qu'ils doivent, sur leur maigre salaire, économiser de quoi louer chez le fripier, deux ou trois fois l'auj un costume décent afin de procéder, dans la tenue de leur grade, aux visites oflieielles. S'ils ont une chance, si lointaine soit-elle, de sortir des lias-fonds, c'est à la condition de faire acte de présence, de ne point se laisser oublier par les puissants du jour. II faut qu'ils apparaissent à leur rang, impassibles, jamais lassés, ne fut-ce que pour déG- 1er et s'incliner à la muette. I.a démarche a Téloqueuce

-ni ip|)liqiic; clin signilic : n Je vis encore. Peosez à

Aux licurc» de crise, surtout lorsque les inquiétudes es lUi darins el des lellrcs devant les progrès très lents, .iiuis c itinus, de rindiicncc européenne qui menace leur près et leur pouvoir les incitent n procéder pur iolimi- (laliuii en donnant à des violences calculi'es les apparences d'uii irrésistible niouvemenl populaire, celte légion de gens h IouI l'aiie est anssîtol mobilisée. KUe devient aux

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tudes et dans ses croyances par la propagande incon.iidcreedes Missions. En fait, le vrai peuple ne fut pour rien dans l'affaire. Tout an plus, sur la On. intervint-il çà et là pour réclamer une part du butin. Au début, il demeura plutôt indifférent; malgré le tapage, négociants et manœuvres poursuivaient paisiblement leur tâche accoutumée. Il n'y u pas chez le Chinois l'étoffe d'un fanatique. La tolérance est peut-être sa qualité maîtresse. Hospilalier pour tous les cultes, poli pour tous les dieux, .il bâtit des pagodes et des mosquées, accueille les disciples de Itonddlia, ceux de Lao Tzc, ceux de Mahomet. Comment trouverait-il mauvais que le Dieu des chrétiens eût aussi dans l'Empire ses prêtres et ses temples?

La vérité est que, dans le missionnaire, on vise surtout l'Kuropécn, le représentant d'une civilisation remuante, agitée, bien faite pour effrayer des gens qui, depuis tant de siècles, somnolaient si doucement à l'abri des rites im-

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muables et des antiques coutumes, comme des castors derrière leurs digues. Devant le flot qui grossit, fait craquer tout rédifice, s'insinue goutte à goutte par les fissures, on s'émeut, on perd la tête. Au fond, ce que ces obstinés regrettent, ce qu'ils s'efforcent en vain de reconquérir, ne serait-ce pas surtout l'isolement d'autrefois, la tranquillité perdue, l'ignorance du reste du monde, le bon sommeil sans cauchemars dormi pendant des âges?

L'Européen, voilà l'ennemi. Derrière le prêtre, on voit poindre le consul, le commerçant, l'ingénieur, autant d'importuns et de trouble-fétes !

Dans les placards conviant la foulo au massacre et à l'incendie, il est rarement fait allusion au caractère religieux des missionnaires. Neuf fois sur dix, on ne les désigne que par les noms d' « étrangers » , « diables étrangers » , « diables d'Occident « . Ces gentillesses, parfois libellées en vers, émanent d'individus rompus au maniement du pinceau et qui ont pioché leurs Classiques. En résumé, ma conviction est que la plupart de ces mouvements soi-disant populaires, en particulier les derniers événements du Sé-Tcliouen, sont imputables non pas à la population prise dans son ensemble, mais à de très hauts et très puissants seigneurs et à la canaille diplômée.

24 mars.

Trois jours mauvais, un retour brutal de l'hiver, la température de décembre dans nos climats. Il est tombé une poudrée de neige bientôt fondue, et la rue s'est trans-

formée en éqoul. l.e vent d'oucsl très frais qui soafflait cQ rafali<s D'iDvilait guère à la proineDade. Aussi le nieil' leur de notre temps s'esi-il p»ssé, autour du brasero, à écouter nos holes raconter les événenienls ijui marquèrent les derniem jours de ttiai de 1895 : la missiou américaine prise d'assaut la première; les éjjlises, les écoles françaises renversées à leur tour, réduites en poussière; eux-mêmes échappant à grand'peine, traqués de rue en rue par des bandes furieuses. Je ne sais rien d'émouvant comme ces récits faits de façon très simple, mais évoquant le souvenir d'heures terribles pendant lesquelles celui qui vous parle sentit en quelque sorte passer sur sa face la froide baleine de la Mort.

Parmi les établissements créés de longue date, en Chine, par la société des Missions Etrangères, les plusflorissants sont ceux du Sé-Tchouen. Ils forment trois vicariats apostoliques, près de deux cents paroisses, une population chrétienne de plus de 100,000 ^mes. laquelle est composée non pas seulement de néophytes, mais, en majorité, de familles dont la conversion remonte à deux un trois générations. Les missions américaines qui, depuis quelques années, ont, de leur côté, entrepris d'évangéliser ces pays, sont loin d'obtenir des résultats aussi satisfaisants, bien qu'elles déploient beaucoup de zèle et disposent de capitaux importants. C'est à peine si, de leur propre aveu, elles comptent quelques centaines de prosélytes plutôt Hèdes, des enfants pour la plupart. Leurs publications conslalcnl le fait loyalement, maïs avec une pointe d'amertume. Les causes de cet insuccès sont multiples. 11 y a d'abord les formes extérieures du culte d'une simplicité trop froide et peu attirante. Il y a surtout les allées et venues incessantes du personnel. Celui-ci est composé d'hommes distingués, instruits, dont le dévouement ne saurait être mis eu doute. Le malheur est qu'en

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généra! le clergyman expédié d'Amérique ou d'Angleterre ne fait eu Chine qu'un séjour assez bref, coupé, qui plus est, de déplacements cl de villégiatures estivales. Au bout de trois ou quatre ans, il boucle ses malles et cède la place à un con&ère. C'est un passant. Le missionnaire catholique est ici pour la vie, change rarement de résidence, ne prend point de con<{és. Il acquiert de la sorte, par la force des choses, une influence personnelle, inspire mieux con- IJance, devient plus aisément une Ggure familière, un conseiller écouté. Ce peuple éminemment conservateur el sédentaire se plaît à voir les mêmes visages dans le même horizon.

Ces missions de la Chine occidentale eurent leurs martyrs. Le dernier en date est Mgr Dufraisse, évêque de Tcheng-Tou, décapité en ISitJ et dont les restes', découverts l'an passé, lors du sac de l'é'jliae, furent promenés dans la ville par les agitateurs qui les présentaient à la foule comme les os de petits enfants volés et dévorés par les 6 Ogres de l'Ouest n toujours en quête de chair fraîche.' tJne partie de ces reliques a pu être recueillie. Ils sont là devant moi ces ossements jaunis, déposés péleméle dans une petite caisse en attendant que l'on puisse, l'église rebâtie, leur redonner lu sépulture. Sur le crâne pareil à un vieil ivoire, la trace des coups de sabre est lisible encore. Les entailles ne sont point nettes : ou dirait pliilàt des hachures. L'exécuteur a dû frapper à tour de bras comme sur du chêne. IJn noiiiesans doute. Ou bien sa lame coupait mal.

\ ces temps d'épreuves succéda une période relativement paisible. Les autorités se montraient tolérantes, quelquefois même manifestaient à l'égard des missionnaires une bienveillance réelle. La situation semblait des meilleures quand, il y a dix ans, l'avènement du vice-roi Liou Ping Chang remit tout en question. Ce Liou abhorrait les élran-

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S68 J,l^ TOUH D'ASIE,

gcrs et l'on ue tarda pas A s'en apercevoir, aussi bien dans la capitale que dans les autres villes de la province. Ce furent d'abord, en 18K6, les échauffo urées de Tchoung- King au cours desquelles furent saccagés les élablisscm e Dis du la China inland Mission, la Mission calbolique, ainsi que les immeubles appartenant aux chrétiens les plus en vue. Lu police se tint coi. Mais, pour la première fois, ceux que l'on attaquait firent t^tc à l'émeute. L'un d'eux, M. Lob, chef d'une des familles les plus anciennes et les plus considérées de la ville, assailli au moment où il rendait les derniers devoirs à sa mère, arma ses serviteurs, livra bataille et défendit victorieusement la maison qui abritait le cercueil maternel. Belle action, digne d'être consignée dans les manuels de la piété filiale, mais qu'il ne paya pas moins de sa tète peu de tempsaprès. L'Kmpereur avait fait grâce, seulement on s'arrangea de manière que le télégramme impérial arrivai cinq minutes après l'exécntion.

\ Tcbeng-Ton, le Vice-Roi, secondé par ses créatures, le Trésorier et le Grand-Juge, mullipliait les tracasseries, s'efforçait de rendre la place intenable aux étrangers. Les libelles, les placards injurieu\ étaient répandus à profusion, sans que l'on s'occupât, et pour cause, d'en rechercher les auteurs. Durant la guerre sino-Japonuisc, ce fut pis encore. Les petits papiers picuvaient, les murs étaient couverts de croquis, de pochades allégoriques, d'adresses furibondes ou l'on réclamait l'expulsion immédiate des Fangén accusés d'avoir malicieusement prêté leur aide, fourni des armes aux infimes Japonais révoltés contre la grande Chine qui, sans cela, n'en eM fait qu'une bouchée, et autres calembredaines.

Au mois de mai 1895, les choses en étaient arrivées à ce point que la catastrophe savamment préparée semblait imminente; on n'attendait pour agir qu'une occasion favorable. Le décès d'une malade opérée par le docteur amérî-

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