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cain à l'hospice de la Cliina inland Mission fournil le prétexte souhaité. L'opération d'ailleurs avait réussi, la pttliente étail en voie de ^uérison ; elle n'avait passé de vie à trépas que par sa propre imprudence, ayant ju^é à propos de s'esquiver de l'hôpital un beau matin pour vaquer, comme à l'ordinaire, aux soins du ménage. L'affaire, habilement exploitée, fît un tapage énorme. Avec une rapidité presligieuse des bruits sinistres couraient la ville. Les étrangers décidément comblaient la mesure; voici maintenant qu'ils découpaient les femmes en petits morceaux! L'accusation avait d'autant plus de chance d'être accueillie par la foule imbécile et crédule, qu'elle paraissait justiHer la répugnance professée par tous les Célestes, du petit au grand, pour la chirurgie. Le Chinois affectionne les emplâtres et les pilules ; il a horreur du bistouri. C'est son droit. Toujours est-il que le racontar fit son chemin. Etant donné ce que Ton savait déjà des pratiques européennes, le fait paraissait non seulement probable, mais certain.
Peut-être tout ce vacarme se fiil-il apaisé de lui-même, si deux révérends n'eussent, à ce moment précis, commis l'imprudence de se montrer en public et choisi pour but de promenade une fête foraine connue sous le nom de o Fête des prnnes " qui, tous les ans, à pareille époque, attire, plusieurs jours durant, une afiluence très mêlée. Aussitôt reconnus, ils furent accueillis par des murmures et gratinés de quelques projectiles peu dangereux tels que mottes de terre, fruits pourris. Au lieu de se retirer purement et simplement, l'idée fâcheuse leur vint d'exhiber leurs revolvers et de faire feu, tirant en l'air dans le fol espoir d'en imposer aux mauvais plaisants. Alors les imprécations ^latèrent, la multitude furieuse se rua sur les deux clergymen qui réussirent néanmoins à s'échapper, heureux d'en être quitte pour quelques horions. Mais à peine avaient-ils regaj[né leur logis qu'ils durent déguerpir. La
populare brisait la porte, eDvatiissail la maison, enlevait loiit ce qui i?tait bon à prendre et, cela fait, commençait à démolir le bâlimenl el ses dépendances.
L'opération se poursuivit métbodiquement, sans encombre, jusqu'au leiiderniùn matin. La police n'avait point paru. Encourages par cette neutralité bienveillante, les meneurs passèrent à d'autres exercices et lancèrent
Averti du péril, l'évèque s'était immédiatement rendu chez le Vice-Roi pour demander du secours. Il trouve portes closes. Alors, il se l^ait conduire à la résidence du maréchal tartare, espérant que ce dernier, en sa qualité de représentant direct lie la dynastie impériale, aurait à cœ rétablir l'ordre. La porte du yàmen est grande ouverte, mais des soldats, la lance au poing, barrent l'entrée. Et la chaise doit faire demi-tour, se frayer de nouveau passade à travers la plùbe houleuse. Bientôt les porteurs sonl bousculés, roués de coups, la cfaaise jetée à terre à mMtié brisée. L'évéque poursuit à pied sa route au milît des huées, sous une grêle de pierres. Blessé, perdant di sang, il tient bon quand même, marche la tête haute, sani se presser, hanté seulement, ni'a-t-il dit, par cette idâ fixe : " 11 ne faut pas que je fasse un faux pas. Si je tombe, je suis perdu ! "
Et pas un refuge. Sur le seuil des maisons, devant les boutiques, les spectateurs se pressent, mais on devine, leur physionomie, que pas un ne songe à venir en aide au malheureux, muraille humaine aussi impassible i impénétrable qu'un mur de granit. Personne n'ose inlei venir, braver la meute lâchée. Voici que soudain le préli chancelle; une brique lancée avec violence vient àa l'atteindre. Le sung l'aveugle, il va défaillir, lorsqu'enGo' quelqu'un se dévoue. C'est un riche marchand de thé fond de son magasin aux boiseries laquées, il a v
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scène. Une pitié le saisit. Il descend dans la rue, écarte du geste lea forcenés, prend l'cvéque par la main et lui dit : " Entre! "
Il était tard, la nuit venait, ia bande un peu déconcertée et haranguée par le marchand se dispersa. Sur ces entrefaites, un petit officier de police du voisinage — un courageux Ini aussi — instruit de ce qui se passait, accourut. Le tâ-jen (grand homme), disait-il, n'était pas en sûreté. La foule pouvait revenir d'un moment à l'autre. Il insistait pour lui donner asile dans sa maison : et, cédant au blessé sa propre chaise, il l'emmena. I,e gouvernement français a fait parvenir à ce brave homme, par les soins de notre ministre à l'éking, une médaille d'or bien méritée. Le pauvre policier risquait sa place et peut-être sa tête. Il j avait en effet, de la part d'un subalterne, quelque témérité à couvrir un Européen de sa protection, alors qu'en haut la consigne était de laisser faire, h l'heure même où le jtâ-tUn (sous-préfet) , envoyé soi-disant pour mettre le boià. admonestait en ces termes les individus occupés à piller l'église et la demeure épîscopalc : » Emportez ou détruisez ce qu'il vous plaira, mais qu'on ne mette pas le feu, à cause des voisins! »
Par bonheur, les prêtres de la Mission avaient pu s'échapper à temps et avaient été recueillis par des familles chrétiennes. Le lendemain tous, y compris l'évéque, se retrouvaient au yàmea du Vice-Roi qui les prenait — un peu lard ! — sous sa sauvegarde, mais en réalité les retenait captifs, les parquait dans une salle humide et sombre occupée déjà par les Américains, leurs femmes et leurs enfants. Vingt personnes durent s'arranger pour passer deux semaines dans ce taudis sans air et sans lumière.
Mais tout a une fin, même l'omnipotence d'un vice-roi. Elle tient, somme tonte, à liien peu de chose. Une ou
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deux vibrations du fil télégraphique, et c'en est fait. Le. bureau de Tcheng-Tou, sur les ordres formels de Liou,. refusait d'accepter les dépêches. Mais, comme on ne saurait songer à tout, on avait négligé de signifier les mêmes instructions aux autres postes de la province. Le plus, proche était Lou-Tchéou, sur le Yang-Tzé : la distance est.de soixante-dix, lieues. Un homme de confiance réussit-
à accomplir le trajet en deux jours et demi, remit à remployé un télégramme qui fut accepté sans difficulté et transmis à Péking séance tenante.
On sait le reste : Tintervention énergique et efficace, du ministre de France, les satisfactions obtenues. Le vicip-. roi Liou était révoqué, dépouillé de tous ses titres,, ses- biens confisqués. Vainement, après avoir remis le grand sceau à son successeur, avait-il obtenu de ce der-. nier l'autorisation de quitter la ville incognito, d'être dispensé du cérémonial humiliant suivant lequel doit s'effectuer le départ d'un fonctionnaire dégradé. 11 était en route depuis vingt-quatre heures, lorsqu'une dépêche de Péking ordonna qu'on le fît revenir, afin que sa retraite eût.lieu publiquement, dans les formes prescrites en pareil cas par les rites. Et quelques jours après, lorsqu'il sortit; définitivement de Tcheng-Tou, deux satellites précédaient sa chaise, portant sur un brancard une cage en bambou, qui contenait ses insignes et décorations : le chapeau orné du bouton rouge et de la plume de paon, la veste jaune, le collier du Double-Dragon. La cage était surmontée d'une pancarte sur laquelle on lisait cette inscription en gros caractères : u Un mandarin coupable » .
Les missionnaires français recevaient une indemnité de quatre millions. Certaines feuilles anglaises du littoral ont trouvé la somme un peu forte. Elle représente tout juste les pertes matérielles, les inimeubles. détruits de fond en comble : cathédrale toute neuye, hôpital inatiguréi
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depuis peu de jours, wasles écoles, séminaire, orphelinats. J'ai visité ce champ de débris. Jamais oeuvre de destruction ne fut mieux parucbevée. Ues édifices ont été littéralement pulvérisés : les fers, les briques, les pierres de taille ont été brisés à coups de masse, les fondations elle-mèmes bouleversées. Les chapelles ou oratoires établis dans les différents quartiers de la ville et dans les faubourigs furent traités de même. Les dégâts ne se sont pas bornés à la capitale ; dans la province, une quarantaine de paroisses ont plus ou moins souffert, l^nlin il est telles choses dont une indemnité, si élevée suit-elle, ne peut compenser la perte : archives, manuscrits, vieux souvenirs, que saisje? Au surplus il a été stipulé que cette indemnité serait prélevée sur la fortune personnelle du vice-roi déchu à qui dix années de concussions ont permis d'amasser plus qu'une modeste aisance. La population n'aura donc pas, de ce chef, à débourser une aapèque. Elle prendra même un certain plaisir à voir sou ancien détrousseur contraint, pour solder les frais, de restituer tout on partie de ses rapines.
La reparution a été ce qu'elle devait être, immédiate et complète. La promptitude avcclaquelle cette aH'aire, d'une gravité esceptionnclle, fut réijléc fait le plus <)rand honneur au diplomate auquel incombe la tâche délicate de sauvegarder, auprès de ce qu'on est convenu d'appeler ^ le gouvernement chinois i , les intérêts de notre pays. On n'a pas manqué, en cette occasion, d'opposer son attitude si nette et si décisive, aux lenteurs et aus terjjiversations des représentants de l'Angleterce et des Étals-Unis. Tout était terminé depuis plus de six semaines que l'escadre anglaise préludait seulement à sa démonstration oiseuse dans le bas Vang-Tsé et venait jeterl'ancre devant Manking, Quant au cabinet de ll'ashingtun, il avait, toutes rétlexions faites, décidé d'envoyer au Sé-Tchoiien une connn'
extraordinaire. Extraordinaire, elle le fut, eu effet, à telles enseignes que, nommée pour procédera une enquête relative a des événements survenus fin mai, elle se présentait à Tcheng-Tou le 15 décembre Elle ne fit au surplus qu'y toucher barre. Au bout d'une semaine, les commissaires repartaient enchantés de leur voyage et de ses résultats. Les Chinois, de leur côté, n'avaient pas lieu de se plaindre : ils en étaient quittes pour une centaine de mille francs, des protestations de regret, des politesses et quelques potiches. Seuls, les révérends américains ne sont pas contents et ne se gênent point pour dire que leur cause eût pu être défendue avec plus de verve. Ils sont dans le vrai. A l'heure actuelle tout est tranquille, les chapelles réédifiées ouvriront bientôt leurs portes. On se tromperait cependant si l'on prenait cette accalmie pour une paix définitive. La situation est évidemment moins menaçante que par le passé. Je puis parcourir à pied et sans escorte la ville et les environs, aller et venir à ma guise sans être inquiété. Affaire de chance. D'autres ont été moins heureux. J'apprends que tout récemment plusieurs membres delà Mission française d'études, accompagnés du chef de l'expédition, furent insultés grossièrement, poursuivis à coups de pierres, comme ils allaient rendre visite au desservant d'une paroisse située à cent pas de la porte de l'Est; cela, bien entendu, à proximité d'un corps de garde, sous les regards indifférents sinon approbateurs des gens de police. Le vice-roi Lion a été remplacé par le vice-roi Lou; même nom, à une lettre près, et, en fait, mêmes influences prédominantes. Le mandarin révoqué a laissé derrière lui ses créatures, qui en imposent à son successeur, esprit timide et pusillanime. Ses intentions ne sont évidemment pas mauvaises ; il désire la paix, comprenant bien qu'une bagarre nouvelle lui coûterait sa place. Aussi n'est-ce point de lui que viennent les excita-
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tions, mais de son enlourage. I.ni-même, en raison de ses allures conciliantes, est viieinenl pris à partie; des lan- .^ues perfides insinuent qn'il a des tendances à pactiser avec les Européens. C'est coutre lui ninintcniinl que sont dirigés ie» libelles et les pamphlets. Dernièrement une caricature 4]ue j'ui sous les yeux fut répandue à des milliers d'exemplaires aux environs et à l'intérieur même du ydmen. pi'atiteur, jouant sur te sens du nom vice-royal {Loii ea ehïnois veut dire - cerf ■> ) et du mot yang (étranger) lequel peut également se traduire par " mouton ^ , montre idans un décor champêtre, un dix-cors couché aux pieds «l'une hrehis. Le dessin est accompagné de la légende ci- 'après : •> Deux gibiers dont nous nous régulerons avant ^u ! n Charmant, n'est-ce pas?
Le fait est que le nombre de ces f'Jurbpéens honnis ne ; semble point décroître, tant s'en faut. Taquineries. menaces, rien ne tes arrête. Jamais on n'ai-ail vu au Sé- , Tchouen autant de voyageurs français que depuis ces désor- ' dres. Cette année spécialement, il en vient de tous les ! points du compas. C'était d'abord un E'arisicn, M. Madej roUe, que je croisais, il y a trois mois, sur le Vang-Tsé; ensnite la mission d'études envoyée par les chambres de commerce françaises. Je n'ai point eu le plaisir de la rencontrer. Taudis que je faisais un détour dans le Sud par Tae-Liou-Tsin, elle passait nn peu plus au nord pour atteindre Tchoung-King, par la vallée du Kia-Lin . Kn revanche, j'ai trouvé ici un vice-résident du Tonkin, M. Bonin. Celui-ci, chargé par le gouvernement du Protectorat d'une mission commerciale ou Vun-Nan, arrivait de Tali-fou en longeant la frontière thibétaîne. II vient de repartir pour le Tonkin, mais par une route qui n'est point celle des gens pressés, son intention étant d'étendre ses explorations vers le Nord dans le Kan-Soii, puis de regagner lit côte par la Mongolie et Péking.
Cette affluence de visiteurs exaspère ceux qui se flattaient, il y a dix mois, de fermer aux Européens Taccès du Sé-Tchouen. Ils ne réussissent pas toujours à dissimuler leur déconvenue. Il y a deux jours, sur notre passage, un individu démise négligée, mais dont la démarche autoritaire indiquait qu'il avait connu des jours meilleurs, a manifesté son indignation par de véhémentes apostrophes contre le Vice-Roi, contre TEmpereur, ces niais ou ces traîtres qui livraient la Chine à l'étranger. Dans son accès de rage imbécile, il vociférait, gesticulait comme un possédé. cherchant à ameuter les passants. Peines perdues; ses excitations demeurèrent sans écho.
Aucune de ces manifestations isolées n'a par elle-même grande importance. Mais leur fréquence révèle, sinon dans la population, au moins chez une minorité turbulente que l'entourage du Vice-Roi encourage ou laisse faire, un état d'esprit inquiétant. Tant que les deux hauts dignitaires, le Trésorier et le Juge, créatures de Liou, conserveront leur charge, continueront à tenir en échec son successeur, la situation, sans être critique, restera difficile : elle exigera, de la part de tous ceux que leurs études ou leurs entreprises amèneront au Sé-Tchouen beaucoup de tact et de prudence.
Samedi 28 mars.
La campagne autour de Tcheng-Tou est un enchantement : nature japonaise, un peu artificielle, des paysages arrangés où semble s'être complu le caprice d'un maître
dérornteur, avec pourtant des lignes iiioias heurtées, je ne sais quoi de plus liarnionieiix el de plus ample, une végétation plus vigoureuse et plus drue. Mais, ici comme au Nippon, il y a de la gaieté dans l'air. Je me figure avnir laissé loin derrière moi la Chine décrépite et morose.
Les villnges, les marchés ont un air de fcle. Un peu partout s'élèvent des maisons de plaisance enluminées de tons cliiirs, des pavillons d'été mirent dans les eaux vives leurs toitures biscornues, leurs hoia guiUochés, Un peuple d'oisiTs déamhuJe k petits pas sur les roules, s'attarde devant les maisons de thé, aux abords des temples et des monastères qui, de même que dans l'empire du Soleil- Cevant, servent ici tout à la fois aux cérémonies du culte et ans réunions joyeuses.
Klles sont charmantes, ces pa[{odes, presque toutes environnées de parcs ombreuï, avec leurs sanctuaires multiples, leurs bassins fleuris de lotus et de nénuphars, leurs jardins, leurs promenoirs couverts où des parfums d'encens Iraioenl mêlés à la senteur capiteuse des lilas. - La plupart sont dans un étal de conservation remarquahle, quelques-unes véritablement imposantes. Je ne connais guère, dansTEKlrâmc-Orient, de sépulture princière comparable à la pagode de VVou-Kéou-Tzé, où repose une Majesté qui régnaîl vers l'an 200 de notre ère, l'empereur Liu-Pei, l'un des héros les plus populaires du Sé-Tchouen. Celle deTsin-Yang-Kong (pagode des Deux Brebis) dédiée à Lao-Tzé, est à n en pas d lulcr uu de^ plus beaux spécimens de l'archiLectuie reli<[ieuie telle que la Chine l'a comprise. Sa tour octogonale ses piliers de laque rouge autour desquels s ébattent 1 n une pondiéc d'or, les dragons ailes et î oiseau pliemx ses ^igintesques brûleparfums de bronze h i ts k trc m ties 1 une élégance déformée! d'une 11 île s le I in I re t Heinlrs,
it6 l.V. TOUR D'ASIB.
enGo le groupe des Jeux brebis qui dooDC son nom ii l'édilice, ne sont point inférieurs aux conceptions des grands artistes japonais, aux mervetllcs de Nikko et de Xarn.
La pagode, à en croire ses desservants, aurait été construite à l'endroit mtl'nie où naquit, il y a vingt-six siècles, le fondateur du taoistne, t'homme dont les doctrines ont, avec celle de Confucius, imprégné si profondémenl l'àme de ce peuple et fait la Chine ce qu'elle est encore à l'beure iicluelle. Deux outres provinces il est vrai, le HoD-Kan et le Hou-Pc, revendiquent, chacune avec preuves à l'appui, l'honneur d'avoir donné naissance au grand homme. On n'est pas près de tomber d'accord; la question a chances de fournir, pendant un nombre infini de lustres, aux notabilités littéraires de l'empire du Milieu, matière à des dissertations d'une actualité contestable, mais d'un intérêt soutenu.
Ce temple, lorsque j'y pénétrai pour la première fois, regorgeait de monde et il ne semblait point que cette foule se fût rendue là dans l'intention de procéder à de pieux exercices. Dans un angle de cour, des acrobates avaient dressé leurs tréteaux. Un peu plus loin, derrière une grande toile tendue entre deux perches, un montreur d'ombres chinoises faisait mouvoir ses silhouettes, avec le soleil pour lanterne. De tous côtés, dans l'air frais du matin, montaient les fumées des cuisines improvisées, le grésillement des fritures.
A Tsin-Vang depuis une semaine, dans la pagode et dans le parc, est installée une foire, ou plutôt une véritable exposition, qui s'ouvre, tons les ans, le quinzième jour de la deuxième lune, et dure un mois. L'organisation générale, la répartition des industries diverses rappellent d'une façon frappante les iiiélliodcs adoptées chez nous pour ces sortes de fêles, Exposition universelle conçue à
la cbiDoise, c'est-à-dire pour qui l'univers est liiiiîté aux fionUèrËS de rEra|)ire. A cela près, la disposition est identique. Xous y retrnuvoDS les divisions par classes et par sectioDE. Tel quartier est réservé an meuble, lel autre à la soierie. Il y a une section d'horticulture, sons-sectionnée eile-mêriie en deux groupes, celui des arbres (l'ornement et celui des Heurs, un modèle du goure; le département des porcelaines, celui des bronzes et cuivres, celui des beaux-arts et du bibelot, où sont exposés les dessins ou peintures sur soie et sur papier, les ivoires, les jades, les iustruoients de musique. On n'a eu garde, cela vn sans dire, d'oublier les réjouissances, aussi variées que peu dispendieuses : la comédie et l'opéra, des marionnettes, des jongleurs, des orchestres de gongs et de flûtes. Il y a enlin les restaurants, les bouillons populaires, les cabarets Fréquentés par les gens selecl. Les menus sont copieux et l'on y déjeune avec appétit, à la condition toutefois de ne pas visiter au préalable l'officine où s'élaborent les sauces.
J'ai passé là de bonnes heures, fort amusé et très entouré. Je me fais, par moments, l'ellet d'une rnajcslé eiotique s'eiïorçant vainement de conserver l'incognito. Parfois, alîn d'éviter la cohue, j'arrivais d'assez bonne heure; mais, ma chaise à peine signalée, les badauds se précipitaient, l'enceinte s'emplissait rapidement; dix minutes plus tard, on s'écrasait. Il n'y a pas à s'y tromper, je suis le clou de l'exposition.
Qaand je me retire, mon public quitte aussi la ploce; ma chaise est serrée de près et, le rideau tiré, on reste là tout de même en contemplation, tandis que mes porteurs prennent leur -dispositions pour le départ. A travers le tissu de gaze, j'aperçois, au bout de l'avenue, des retardataires qui se bâtent, une famille, le papa habillé de soie puce, la maman, jaune et azur cl, il la remorque,
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un garçonael vuué au rouge. Des amis vont au-devan' d'eus : on devine aux gestes, à la mine, qu'ils accueillent^ les nouveaux venus, par un : " Mes enfants, vous ne verrez rien. II s'en va. C'est voire faute aussi : vous venez trop lard. " Et les autres ont l'oir navrés.
Alors, en bon prince, j'ordonne aux porlcurs de faire taulte.j'écarle le rideau pendant quelques secondes. Les gens s'approchent pour mieux voir; ils remercient d'un sourire, d'un salut, les poings rumcnés sous le menton et dodelinant de la tête comme des Ggurines articulées. Seul, le bambin ne s'amuse pas ; il a une peur atroce, se cabre et, tout en larmes, cherche un refuge dans le giron maternel .
De ces retraites suburbaines il en est une surtout où j'aime à revenir : le joli monastère de Tsao-Tang destiné à abriter la tombe el à perpétuer la mémoire de l'illustre poète Tou-Fou. Ce nom ne vous dît rien! Cependant je puis vous assurer que pour les Chinois Tou-Fou est une figure presque coulemporaîne, un talent bien moderne, attendu que ses meilleurs poèmes ont paru seulement sous la dynastie des Thangs, en 907, autant dire hier. Inutile d'ajouter qu'ils son! dans toutes les mémoires.
L'établissement n'a d'un coitveotque le nom : imaginez une maison de Ihc, un restaurant champêtre où le service serait fuit par des moines, de braves moines bouddhistes, de blanc vêtus et coiffes d'une haute capuche noire en forme de cloche.
Ce ne sont, chez eux, que buvettes, kiosques, salons pour téte-à-téte, salons pour familles. Aux cloisons, de vieilles enluminures sur soie ou sur papier reproduisent les principaux épisodes de la vie, fort accidcbtéc, du poète. Longtemps méconnu de ses conlemporsins, l'infortuné dut se plier aux métiers les plus humbles ; tour-à-tour portefaix et batelier, réduit enfin par la maladie au dernier
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degré de lu misère, presque aveu'jle, il uliail débiter ses poèmes d»ns les earrefours sollicitant la pitié de l'auditoire. Un Viee-Iloi épris de littérature l'armclia à celle abjection, fit de lui son favori. Désormais illustre, comblé d'honneurs, Toii-t'ou était destiné à ne point jouir longtemps de eette gloire tardive. Un jour qu'il traversait le Vang- Tsé pendant la saison des crues, sa barque fut saisie dans un tourbillon, puis frarassée contre un îlot rocbeuv. Les bateliers se noyèrent. Le poète eut lu vie sauve mais demeura plusieurs jours sur son récif, mourant de faim. Lorsque la baisse des eaux permit enGn de lui porter secours, le naufragé fit si bien honneur au festin préparé pour fêter son sauvetage qu'il décéda, séance tenante, d'une indi,<{estion.
Çà-et-là. alternant avec les peintures qui eommémorenf les incidents de cette carrière agitée et cette fin assez prosaïque pour un barde, pendent des panneaux de bois laqoé où sont gravés, en beaux caractères, des fragments choisis dans l'œuvre du maître ou de ses émules : Son- Tong-Po-et-Li-Tai-Pei.
Un de ces morceaux, qui porte ce titre énigmatique ; Eventail d'Automne, m'a paru présenter quelque intérét- La pièce n'est d'ailleurs, selon toute vraisemblance, que la paraphrase d'une ancienne et célèbre élégie dans laquelle une dame du nom de Pan-Tsié-Von, favorite de l'empereur Tchéng-Ti, de la dynastie des Hans, délaissée pour une rivale, déplorait son malheur. Dans sa plainte, libellée sur un éventail qu'elle envoyait à son oublieux aaiant , l'abandonnée se comparait à ce frêle appareil d'ivoire et de soie dont on ne se sépare point tant que dure l'été et que l'automne venu, l'on rejette comme un meuble inutile. De là, chez ce peuple qui goûte fort le symbole et la périphrase, le terme adopté pour désigner l'épouse uLundoanée, la vieille maifreso : Eventail <t Automne.
iSi ].e TUIJIt D ASIR.
AsBiirénient l'udaplaliuii suiviiute, bien que serrant de près l'orijginal, ne saurait donner une idée très nette de la manière du bon poète Tou-Fou. Une poésie chinoise ne vaut pas seulement pac l'idée plus ou moins ingénieuse, par la cadence rythmique, mais aussi, mais surtout, par l'écriture, dans le sens étroit du terme, par le choiï délicat des caractères. Le morceau équivaut à une peinture : il est conçu moins pour charmer l'esprit que pour le plaisir des yeux. Et c'est là de quoi décourager la traduction: Vaille que vaille, voici, à défaut de la reproductiou calligraphique, le sens de cette petite pièce :
KVEMAII. D'AUTOHM:
Quand lu me l'as donné, cel éventail de sale Où trcoiblrnl les bambnus près du lac ar;(paté, C'élaienl pour mai, les langa espoirs, les jours de Joie, El 100 amonr, â mailre, et ra splendeur. Été'.
l ne autre femme a pris ma place, on me renvoie.
\ii, sani un mol d'udidu, saus que je te revoie, Je purs, Ue les préseuUj'e u'ai rica emporte;
Bleu, sauf ce souvenir ite l'iieure i jamiis oloie. Repreuds-le donc dans son écrin de liiqae ruse,
Mon emblème!... Aujourd'hui, vois, la bise est venue, C'est l'Aulamne, le lac est noir, li^ plaine est nue, L'évenlail, inutile. — et l'oisour envolél
Dans le parc, une rivière serpente, s'attarde, clarjjie en un lac parsemé d'ilôts verdoyants, où l'on accède au moyen de petits ponts couverts. C'est là qu'il fait bon se réunir avec quelques amis de choix pour manger des galettes à l'unis et savourer à lentes gorgées l'infusion de
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a Pou-eul " tout eu survcilliitit lus ébikts i.\c& tortuea et des poissons écarlates. Dans l'après-iiiidi , les lisiteurs août triis nombreuï à Tsao-Tan}] : bourgeois dignes qui promènent au bout d'un bâtonnet leur moineau apprivoisé; des mamans cl leurs marmots, de jolies tilles, des militaires. Je ne sais, et ne saurai jamais, quels genres a cultivés l'excellenl Tou-Fou, s'il fut épique ou bucolique. Mais j'incline à croire que ce devait être un aimable esprit, celui qui repose là depuis bicntiVt mille nus aous lin tertre gazonné, dans les bambous, près de la rivière aux poissons rouges.
Excursion dans la grande banlieue. Jusqu'à Kouan- Tchien, sons-préfecture située à 130 lis ( 60 kilomètres) de Tcheng-Tou. Cette petite ville, élagéesur les premières pentes des monlaijnes , commande l'entrée de la vallée 1res encaissée et très sauvage piiroù descend le Min-Kiang. Klle est la résidence d'un bout mandarin délégué par le vice-roi à l'cITet de maintenir en lion étal les digues et barrages qui protègent la plaine de Tcheng-Tou contre l'envahissement des sables et des débris d'avalanches. Le torrent, brusquement arrêté dans sa course, est divisé au moyen d'un système fort simple et très lugéuieux de gabions et de clayonnages, en une dizaine de canaus d'irrigation. Ces travaux de défense et de cuptage sont entretenus avec le plus grand soin. Les eaux sont dirigées, suivnnt les époques et les besoins des cultures, sur tel ou
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tel diSlrict. C'esl, je crois, aver les bnrques de sauvetage poslées par l'amiral Hu près de chaque rapide du Vang-' Tzé, le seul service public aux mnins des CfaÏDois qui rocictiunne ai'L'c une régularité parfaili'.
A un kilomètre en amonl du premier barrajie, au pied d'un uionaatère nouvellement restauré dont les bâtiments étincelnuts de dorures s'élèvent en terrasses au milieu des bois de pins, un très curieux pont suspendu franchit la vallée. Celle passerelle hardie, appuyée sur quatre cheoalets, mesure exactement 480 mètres de bout en bout. Il n'est entré dans sa construction aucune pièce métallique. Le tablier, large de deux mètres, est formé de plateaux de bois dur, les câbles, les parapets, les mains courantes sont en Obres de bambou tressées. L'ouvra<je déjà ancien semble dater d'bier, tellement ses moindres parties sont ajustées avec art ou habilement réparées. Les grands câbles, me dit-on, sont entièrement renouvelés tous les six mois. Une équipe d'ouvriers, sous les ordres d'un mandarin responsable, est chargée de la garde et de l'entretien qui n'est pas une sinécure.
Hormis la pagode et ce pont d'une structure si originale, l'ensemble aussi bien que tes détails du paysage rappellent l'Europe. On se croirait à l'entrée d'une des profondes vallées de la Suisse ou du Tyrol. Ce fougueui torrent contenu par des digues, c'est l'.lar entre Meiringeo et Brienx. Ici coninje là-bas, le majestueux boriiton dei montagnes, les pâturages d'un vert pâle plaqués denrâges, la rumeur des cascades lointaines vaguement entrevues an fond des gorges; mêmes teintes, mémebrnissementâ'eaai couranles, même brises acidulées tombant des cimes...
6 avril, lundi (le Pàquci.
Notre séjour lire à sa fin. .^près trois semaines passées dans l'hospitalière Mission, npus n'avons pas voulu preii-
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dre congé de nos compatriotes Ik la veille des fêtes de Pâques. Mais il o'y a plus à diiTérer; la saison s'avance; déjà je suis assuré de dc pouvoir arriver à la frontière tonkinoise av.inl l'été. Il faut enfin songer au départ. Dans quarante-liuii heures nous aurons quitté Tclieng-Tou en route pour Kia-Tin et les montagnes d'Otnei. Une dernière fois j'ai voulu refaire la promenade accoutumée, dans la campagne suburbaine, visiter la pagode de Lao Tsé, le tombeau du poêle, apercevoir encore, entre les grands arbres, la capitale du Sé-Tchouen à demi voilée sous les vapeurs léijères qui moulent des canaux et des étangs au déclin du jour. L'endroit aujourd'hui était presque désert, lin orage très court mais violent avait, depuis midi, dispersé la foule. Maintenant, le temps était redevenu clair, les feuillages lavés s'égoultaient. Dans le petit jardin des honzes, quelques tiges brisées, une jonchée de fleurs de cerisiers et d'amandiers éparpillées par le vent étaient les seules traces dc la hourrn.'ique. Je suis resté là quelques instants, les regards tendus vers celle grande et vieille ville, métropole du Far-West chinois où, sauf les missionnaires, bien peu d'Européens, — une centaine à peine ^ ont pénétré et que, sans doute, je ne reverrai jamais. Comme elle parait tranquille et reposée au milieu de la plaine verte! Il y a moins de dix mois l'cuieute y grondait, parcourait les rues en poussant des cris de mort. Un jour, demain peut-être, éclateront des tourmentes nouvelles. Qui s'en douterait, à la voir ainsi paresseusement étalée, aknguie, prête à s'endormir, inoffensive, semble-t-il, dans la paix du soir?...
En revenant, à quelques pas du rempart, j'ai assisté à une scène curieuse qui montre quel est, en ce pays où l'aristocratie de naissance n'existe pas, le respect témoigné
à la seule puissance qui anoblisse, au diplôi
L raBW.
à la pape-
ilei parleurs veuaient de s'en<}a<i{er sur une di<{uc trèi élroile, entre deux rizières, lorsqu'ils furent brusquemeaV arrêtés pur une autre clioise arrivant en sens inverse. Celle-ci était occupée par un jeune homme éléganimenfc:' vêtu, portant besicles, l'air sérieux et conteut de lui. apparemment quelque lettre frais émoulé des CNamens. Les deux équipes s'interpellaient, mais ni l'une ni l'autre ne paraissait disposée à céder la place. La discussion menaçait de s'élerniser, quand le voyageur inlcrvînl, et s'adressant à mon chef porteur, lui cria d'un ton rogue :
— Ne peux-tu fe ijnrcr devant un licencié du Kan- Sou?
Mon premier porteur, uii grand gaillard bien découplé, frisant la quarantaine, ne s'émut point et, sans reculer d'une semelle, répliqua, goguenard : .. Va licencie!. .. ¥.1 de quelle année? ■> Puis sans donner à l'autre le temps de répondre, il l'ouillail vivement dans la petite sncochc de cuir pendue à sa ceinture et en retirait un papier crasseux qu'il déploya fièrement, comme un drapeau, devant son interlocuteur ébahi.
— Regarde! dit il.
Le jeune bomine prit la feuille du bout de ses doigts ; mais à peine avait-il jeté les yeux sur le grimoire, qu'il le restituait aussitôt avec une inclinaison de tète et, du geste, commandait à ses gens de se détourner. Mon porteur, lui aussi, avait passé su licence, et depuis longtemps! Le diplômé de fraîche date cédait le pas à son ancien. Ma chaise passa triomphalement, tandis que lu sienne attendait eu cuntrc-has du chemin, dans lu rizière.
Au retour seulement j'eus l'explication de l'incident et la traduction d'un dialogue qui, sur le moment, n'avait pas été beaucoup plus intelligible pour moi qu'une pantomime. J'ai fait demander à ce licencié-porle-cliaise quelques détails complémenluircs sur son histoire, sur les
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circonstances qui l'avaient réduit à un genre de vie si précaire. L'histoire peut se résumer en peu de mots : un grand homme de petite ville, des rêves ambitieux, le désir d'éblouir la capitale, la majeure partie du modique capital paternel dépensée durant les années d'études, cinq longues années passées à éplucher des textes, puis le concours, la réussite, les démarches pour obtenir un poste. Les derniers taëls y passent et rien ne vient si ce n'est de vagues promesses. Cependant il fallait vivre. Alors, il avait fait toutes sortes de métiers, tour à tour copiste, courrier de y amen, haleur de barques sur le Min- Kiang, enfin portefaix et porteur de chaise. Il en était là depuis quatre ans, très philosophe d'ailleurs, ayant donné congé à ses illusions et à ses espoirs. Tout ce qu'il désirait à présent c'était d'avoir un jour devant lui quelques milliers de sapèques afin de pouvoir regagner sa province et sa bourgade que jamais il n'aurait dû quitter.
Je lui ai fait remettre deux ligatures. Il s'est retiré ravi, non sans m'avoir déclaré de la façon la plus solennelle que dès le lendemain, au petit jour, il reprendrait le chemin du Kan-Sou.
Peut-être m'a-t-il dit vrai. Qui sait?
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CHAPITRK IV
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SIÎBLA ROUTB d'oHKI. — - I.R MONJSTSM
ISVKES. [.E IIKLI'ÉDHIII! I>L' FAE-Vl'BST
Avant-hier dans la inntiiirâ, iinus défilions pour U dernière fois, au pas uUonjgù de nos porte-cli aises. » Iravers les rues populeuses de Tchen;]-Tau, en roule pour Kia-Ting. En quarante minutes nous avions atteint U porte de l'Est et Faisions halte au bord du canal étroit et bourbeux qui tient lieu de port.
I.a distance de Tcheng-Tou à Kia-Ting t d en n deux cents kilomètres. La route de terre, en o d innombrables canaux d'irrigation qui sillonn nt 1 pi n et surtout du mauvais état du terrain délrenp p 1 pluies récentes, ne présentait aucun attrait. Au a t I
été décidé que le voyage s'effectuerait par eau I bat I se faisant forts d'accomplir le trajet en deux jours. Les embarcations attendaient, à deux pas des remparts, accotées contre la berge de glaise; deux barques très légères, non pontées, dont lapins confortable ne réserve aux passagers
d'autre abri qu'uae paillote étroite et surbaissée au point qu'il est malaisé d'y pénétrer, si ce n'est plié eu deus. A celte époque de l'année, tout autre esquif de dimensions moins humbles ne pourrait flotter sur le cours supérieur du Min-Kianj, et les belles jonques du Van<j-Taé ne se hasardent point au-delii de Kia-Tîng. Kntre cette préfecture et la capitale du Sé-Tchouen, le traGc, toujours très actif, se poursuit avec une flottille de tirant d'eau très faible qui réunit les types les plus variés delà batellerie locale; chalaiids, radeaux, sans compter les bateauxpaniers dont la coque, à la fois lle\ible et résistante. formée de lamelles de bambou entrelacées, est rendue parfaitement élanche au moyeu d'un enduit résincuTt.
Les cbaises à porteurs, démontées morceau par morceau et arrimées tant bien que mal, les ba<]a<[es, h; campement, la batterie de cuisine casés au hasard de la rencontre, un peu partout, nous allions enlin démarrer, non sans aïoir perdu près de deux heures à ces laborieu\ préliminaires, lorsqu'un nouveau retard se produisit. Deux Bolduls habillés de rouge, la hallebarde sur l'épaule, accou' raient tout essouflés et, sans plus de façons, se disposaient à prendre placeà bord. Ces militaires étaient, disaient-ils, envoyés par le Préfet pour nous serdr d'escorte. Avant de laisser embarquer celte garde parfaitement inutile et encombrante, je lis demander aux hallebardiers de vouloir bien, au prealable, me présenter la carte du mandarin. L'usage veut en effet que tout émissaire d'un yàmen soit porteur ie ce papier lequel équivaut à une lettre de créance et iï une salutation courtoise précédant toute démarche oflieielle. L'oubli de cette formalité témoigne d'un sans-gène inexcusable en un pays où chacun, du petit au grand, se pique de connaitre les règles du savoir-vivre et se montre pointilleux à l'extrême sur le moindre détail d'étiquette. Dans toutes les localités où nousaviona séjourné depuis
plusieurs mois, l'attitude des autoriléa avait été absolument correLle H l'envoi (te nos ciirles, les Ibuclioaaaires 'ni répondu sur-le-champ, soit en nous faisant passer la leur avec des complimentg de bienvenue, soit en se présentant ou personne à notre aulier,ie. Parfois même, dans t.et assaut de politesses, nous avions été devancés. La carie ou la visite mandarinale nous surprenait au débotté, dans le désarroi de l'arrivée et d'une installation b.iliiT. Seules les aulorilés de Tcheng-Tou n'ayant nncnn motif de se départir à notre égard de l'attitude ombrageuse pour ne pas dire bostile qu'elles observent plus que jamais visà-vis de l'étranger, s'étaient bien gardées de nous envoyer leurs pancartes après avoir reçu les n6tres.
Ce manque de procédés, prévu d'ailleurs, me laissai! indifférent. La surprise eut été plutôt que les représentants du pouvoir, devenus soudain plus sociables, eussent clioisi l'heure de notre départ pour nous combler d'attentions flatteuses. Tel n'était point le cas. Lesdeux compères qui devaient nous tenir compagnie n'étaient porteurs d'aucun grimoire à notre adresse. Aussi leur enjoignis-je de retourner vers celui qui les envoyait de la sorte sans même daigner décliner son nom. Je n'avais que faire d'une escorte, alors surtout qu'elle m'était imposée sans plus de cérémonie; ils pouvaient remporter leurs casaques rouges et leurs hallebardes.
Ils iusistaient pourtant, gesticulaient, prétendaient c liarquer quand même et peut-être, de guerre lasse, allionsnous céder si, prolilantdn palabre pour larguer sournoi ment les omarres, les bateliers n'avaient, d'un vigoure coup de gaffe, poussé l'embarcation en plein courant. Les militaires furent laissés sur la berge, nu peu penauds, tandis que la populace très amusée se gauGSUÎt de I déconvenue.
El bientôt nous avions perdu de vue l'opulente cité,