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dépassé les FaubourgK, le igraad pont couvert k sept arches. déjà vieux au temps où l'admirait Marco Polo. Sur une distance d'une quinzaine de lieues, eplre Trheng-Tou et Houang-Long-Tchi, j'ai complé quatre ouvrages du même genre, non moins vénérables. Les parements sont feutrés de mousses, les dragons de marbre qui, depuis un millier d'aimées, grimacent autour des piles, sont mnlllés par le frollemrnl des n'iblcs de linlage, par le heurt des longs bambous à pointe de fer dont s'aident les mariniers. Mais les fondations sont loujours solides, les vodtes n'ont pas fléclii sous le poids des générations el des siècles : jamais réparées, fouillées dans leurs moindres joints par les pariétaires et les ronces, elles lienilront encore pendant des dgcs. De nouveaux empires surgiront et retourneront au chaos, la Chine elle-même sera dépecée avant que les assauts des éléments et des hommes aient désagrégé ces vieilles pierres. Même dans leur état actuel, ces monuments du passé, si noniLrcnx dans tuiil l'Empire, en particulier daus celle province, affirment avec une puissance d'évocation aulremeul persuasive que les procès-verbaux du chrouiqueur el les amplifications des poètes, ce dont fut capable cette civilisulion agonisante, au temps loinlaiD de sa splendeur.
La navigation . pendant la première partie du trajet, est assez pénible, surtout à ce moment de l'aonce. La rivière décrit d'innombrables lacets, les enux sont très basses, les ocliouagcs fréquents. La manœuvre est rendue plus délicate par les barrages en gabions et en pilotis qui, durant la saison sèche, permcllent d'irriguer les terres. Ces obstacles se présentent plusieurs fois par heure ; les bateliers ont fort à faire pour ne pas manquer les glissoira dont l'ouverture est généralemenl hès étroite. .1 chaque instant, qui plus est, des machines élévatoîres dressent presque au milieu du chenal d'immenses roues à godets
in hS TOUR D-ASIR.
donl le «{riDcemeut munie comme une plaiutL' iléscspéruiiLe, répétée à l'inlini sur les plaines.
Au dclii de Hûuang-Long-Tchi, le MiD-Kiany, jusqu'alors subdivisé, pour les besoinsdes cnitures, en une mulii' tilde de petits bras, ne forme plus qu'une seule cuuléelai';|e parfois de liiO à 200 mitres. Le train désormais s'ucL-élère. I.n campagne est ricbc, riante mémo, hicn que d'aspect pen viiric. Le pavol à opium règne en mnitre. Mais c'est le moment de lu iloraisoa; les champs, aussi loin que In vue peu! s'étendre, ont des rellets de mosaïques, tour à tour plaqués de blen-lapis et de lilas, d'inearnatet de rose tendre. Le temps est magnilique, l'atmosphère aussi tiède qu'en juin. Hier même dans l'après-midi, la température, saintement élevée, était presque fatigante. Vers le soir, des nuages orageux d'un gris de plomb , envahissaient le ciel. Dans le crépuscule traînaient des senteurs de foin coupé, de ces parfums qui rappellent nos champs dp France ii la tombée d'un jour d'été.
Les bourgs, les villages se succèdent, à courts intervalles. La plupart ont bonne apparence. Partout l'animation est extrême. Sur les berges, des foules s'agitent bruyantes, les marchés battent leur plein, tandis que, sur la rivière, les bateaux de pèche, les petites jonques, déri' vaut au fd de l'eau, croisent les radeaux pesamment chargés qui progressent d'un mouvement imperceptible, malgré l'eiTort des cinquante hommes attelés à la cordelle et l'aide de la voile de nattes tendue entre deux perches.
Peu à peu, le pays devient plus accidenté. La rive gauche s'cscarpe en coteaux où des temples bariolés, de petites honzeries apparaissent entre les verdures. Des tours-pagodes sont plantées sur les plus hauts sommets. L'une d'elles, en aval du village de Ouan-Si-Saï, n'a pas moins de douze étages et ressemble, sous le soled couchant, a un bibelot de vieil ivoire.
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Nos barquiers» gens de parole, ne s'attardent point aux escales. Ils ne se sont, hier soir, arrêtés qu'une heure, le temps de fumer quelques pipes et d'avaler un peu d'opium, le tonique favori du travailleur chinois qui va déployer un grand effort. Après quoi ils ont repris les rames et nous avons navigué toute la nuit. Le chenal était libre d'obstacles, le courant assez fort. Aussi, lorsque le jour s'est levé, c'est à peine s'il nous restait à franchir une quinzaine de kilomètres pour atteindre Kia-Ting. Bientôt, au sortir d'une gorge, le Min-Kiang s'étalait en une nappe majestueuse, large de cinq à six cents mètres : sur la droite apparaissaient les faubourgs, puis la cité ceinturée de vieux remparts, les toitures incurvées des yàmens et des temples avec leurs arêtes en tuiles vernissées miroitant au soleil, leurs dragons de porcelaine, leurs mats pavoises de banderoles multicolores, le port encombré de radeaux et de sampans, une rangée de grosses jonques butées contre la berge; sur l'autre rive enfin, plusieurs pagodes, des tours fuselées couronnant la crête d'une haute falaise de porphyre rouge. Dans ce rocher, vers l'an 800 de notre ère, sous l'inspiration d'un bonze très écouté, du nom de Haï- Tong, a été taillé en plein roc le monument le plus extraordinaire de la Chine bouddhiste, un Bouddha colossal auprès duquel les plus fameux géants de granit, de marbre ou de bronze paraîtraient pygmées.
Kia-Ting est situé au confluent du Min-Kiang et du Tong-Ho qui descend des montagnes d'Omei. Le choc de ces deux masses d'eaux détermine, en face de la ville, des contre-courants et, à deux cents mètres en aval, un rapide des plus dangereux. Le Bouddha a pour mission de conjurer les périls qui menacent les bateliers. Ce monolithe, qui n'a pas son pareil au monde, ne mesure pas moins de 360 pieds chinois (environ 120 mètres). Le dieu est représenté assis, les mains sur les genoux. La tête est au niveau
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(lu plaleau, les pieds bui<{aeDt d^s le lleuvc. L'image » été primitivement peinte, surchar<|ée d'orneineals en stuc et en poterie. Quelques traces de ces appliques polychromes subsistent encore, notamment sur le visage, dans les yeui où le soleil couchant met une lueur. Dépouillée par le temps de sa pnrurc ancienne, la statue est maiolenaat drapée de feuillage, coiffée d'herbes folles. Des lianes, des Fougères, îles arbres de belle taille s'accrochent aux interstices de la pierre. Et c^est, nu-dessus des eaux tourbillonnantes . une apparition inoubliable, cet énorme monolithe rouge dans son péplum de verdure. En auiont et en aval, la roche a été curieusement fouillée, guillochce, peuplée <lc divinités empruntées pour la plupart au Panthéon brahmanique. Elles semblent, du fond de leurs niches, surveiller les deux fleuves qui s'entrechoquent à grand bruit et encourager du regard les mariniers en détresse.
Kia-Ting, l'une des préfectures les plus importantes du Sé-Tchouen, compte environ 150,000 limes, soit, ù peu de chose près, le quart de la population de Tcheng-Tou. Le commerce est cependant plus actif que dans la capitale. La ville est située au centre de la région scricicole ; c'est, par excellence, l'eiilrepôt des soies du Sé-Tchouen. Elle reçoit également en transit les différents produits des districts montagneux de l'Ouest, notamment les thés, la cire végétale récoltée aux environs d'Omei, ainsi qu'une
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portion considéra II le des plantes médicinales, du musc et des peaux exportés du Tliibet. Nombre de marchands, au lieu de suivre la roule de Tcheng-Tou, trouvent en effet plus avantageux d'apporter leurs chargements à Kia-Ting. d'oii ils seront réexpédiés par jonque sur Tchoung-King et la basse vallée du Vang-Tsc.
Mais ce qui fait de Kia-Tîng une ville à part et de physionomie très spéciale, c'est qu'elle est, par sa situation géographique, le rendez-vous obligé des innombrables pèlerins se dirigeant vers la cime sacrée du Grand Omei. Ces pèlerins arrivent de tous les points de la province, et même des extrémités de l'Empire, l'afHux de ces foules pieuses ayant lieu surtout eu été alors que, la récolte terminée, le paysan peut disposer de quelques loisirs. Je n'en ai guère aperçu jusqu'ici qu'une centaine. Ceux-là ne sont certainement pas d p j t y gent sans doute depuis plusieurs mois. Un 1 i b t n I main, ils errent dans les rues par petits gro p | t nants, de blanc vêtus, chaussés de sandale d p II natte grossière
sur les épaules en guise d ant U ns le nombre, il en est pourtant qui appart n 1 1 toute évidence, à la classe aisée. J'ai rem q t t 1 1 eure, au seuil d'une auberge, des chaises plu I g mment drapées où venaient de prendre pla d dm de fort bonne uiine qui s'en allaient en pèlerinage sous la protection d'une nombreuse valetaille des deux sexes moulée sur des bourriquots. ,\ la suite venaient une trentaine de coolies occupés an transport des malles et des provisions de bouche.
Notre caravane est plus modeste. Je n'emmène que quatre porteurs chargés du strict nécessaire pour une absence qui ne peut guère excéder huit jours. J'espère, avec ce personnel réduit, cheminer plus rapidement. Par malheur, il n'a pas été possible de refuser l'escorte dont
ks mutiduriiis <le Kiu-TÏD;], beaucoup plus courtois qti« leurs collègues de Tcheng-Tou, ont voulu nous gratifier. Le mandarin civil, après avoir envoyé sa carte avec ses compliments, nous a expédié quatre salclliles. Ce que voyant, le mandarin militaire, piqué an jeu, a. aussitôt dépêché quatre de ses gardes. Ce qui me tranquillise c'esl l'idée que cette troupe géniinle ne manquera pas de s'égrener de cabareten cabaret. Erfectivemenl, dès les faubourifs, deux des soldais disparaissaient dans une maison de thé ; un peu plus loin, trois de leurs camarades s'esquivaient de même. Bref, trois heures plus tard, eu arrivant k Sou-Tchi, des huit porte-lances qui nous flanquaient au départ, un seul restait. Encore était-il aisé de reconnaître, à sa démarche hésilanle, qu'il nourrissait, lui aussi, dans le secret de son cœur, do vagues projets de défection que l'on ne saurait trop encourager. Nous en serons délivrés avant la fln de l'étape.
A huit heures, par un clair soleil, nous sortions, deKia- Ting par lu porte de l'Ouest. La matinée était exquise, la campagne épanouie. Les cultures de pavots à opiuui alternent avec les champs de blé et les cannes à sucre. Les colzas jaunissent sous les mûriers plantés en quinconces. Nous avons d'abord, pondant un quart de lieue, remonté In rive droite du Tong-tlo, puis franchi en bac deux de ses afllLieuls, le Tio-Ai-Tou et le Omei-Ho; nous suivons , cette dernière rivière jusqu'à sa source, aux flancs de la Montagne-Sain le.
Le peuple est avenant comme le paysage. .\ Sou-Tchi où, vers midi, nous faisions balle pour déjeuner, c'est à peine si une douzaine de curieux ont pénétré dans l'auberge pour épier nos mouvements. Discrétion bien rare. II est vrai que notre arrivée devait passer à peu près inaperçue, ratlention de l'immense majorité du public étant, pour le moment, captivée par une altercation violente qui
avait lieu, en ploiiie rue, entre deux boiiliquiers ; uue de ees joutes oratoires où exccllcol les Chinois, dont les emportements se traduisent plus lolunlierg en invectives qu'en voies de fait. Escrime singulière où l'on ne tire que sur les morts, en ce sens que les traits, pour piquer au vif, doivent être dirigés non contre l'adversaire, mais contre ses ancêtres. Les attaques et les ripostes suivantesdonnerontune idée exacte de ces rencontres où il n'y a point de sang versé : . Ou sait de qui tu tiens. Ton père était un voleur ! — Et toi dont la grand'mère, une empoisonneuse, a tué son vieux mari pour s'en payer un tout neuf! ... — Fils de lortrie, ta tienne en a fait de belles! Klle se donnait à qui voulait la prendre. — Parlons un peu de ta trisaïeule!..." Kl ainsi de suite, en remontant le cours des âges...
Les autagonistes n'en étaient pas moins, comme pour une affaire d'honneur, assistes i-liacun de deux seconds de bonne volonté tels qu'an en trouve ici dans tous les rassemblements populaire.-i, <;ens toujours heureux de proposer leurs bous offices et dont le rôle consiste uon pas à soutenir mais à contenir deux ennemis fermement résolus, au fond, à ne point en venir aux mains.
Le Chinois, on ne l'ignore pas, est l'être le moins batailleur du monde. Son arme favorite est la parole. Mais il y est de première force. Point n'est besoin d'ailleurs qu'on lui donne la réplique. Il a le monologue facile. Son premier mouvf.mcnt, dès qu'il se croitlésé, est d'en informer la terre entière, de crier sur les toits sa mésaventure en vouant le coupable aux dieux infernaux. Il n'est pas de jouroù l'on n'ait la joie d'assister dans un village ou en rase campagne à des manifestations de ce genre. Parfois même l'orateur est seul dans son champ, ce qui ne l'empêche pas de se mettre en frais d'éloquence et de lancer aux quatre Tents ses périodes passionnées. Il est clair que, dans son idée, la personne dont il a à se plaindre et qu'il apostrophe
iivuc laul de vèhd'menco, eslcacliée uodIoIq delà, ùpOftéc de la voix cl, justement terriGéc. doit se jurer de ne plus s'exposer dans l'avenir au coiirrouï d'un homme armé d'un aussi riche vocnbulaire. Si l'effet désiré ne se produit pas toujours, du moins la victime a-t-elle soulagé sa bile, ce qui est déjà quelque chose.
Les paysannes chinoises sont particulièrement expertes dans ces soliloques venijeurs. Elle y mettent une impétuosité à laquelle n'atteignent point les commères du contiaeut noir, qui pourtant ont le verbe haut. Celles-ci piaillenl, mais maudissent moins bien et surtout moins longuement. Je nie souviens qu'un jour, aux environs de Péking, jt m'étais arrête dans une ferme pour laisser reposer mes chevaux. A mon arrivée, la fermière juchée sur un petit mur, le cbignou en bataille, jetait l'anathème à quelque mécréant inconnu qui avait elTarouché sa bosse-cour ou pratique des coupes sombres dans ses carrés de cboni. Sauf mon hoy et moi il n'y avait pas un être sur l'horizon, et il n'était pas présumable que l'allocution nous fût des' tinée. La bonne femme n'en continuait pas moins à vociférer dans le vide. Une heure plus tard, comme je me remettais en selle, quelle ne fut pas ma stupeur de l'apercevoir h la même place, sur sa muraille, plus excitée que jamais, à bout de forces, il est vrai, la voix éteinte, mais foudroyant encore du regard et du geste le maraudeur invisible.
Toujours est-il que le différend qui se réglait àcoupsde langue devant l'auberge de Sou-Tchi nous valut de pouvoir luncher en paix, sans être, comme à l'ordinaire, dévisagé par une centaine de curieux.
Le district de Sou-Tchi tire le plusclair de ses ressources de l'élève des vers à soie. Actuellement, toute lapartie féminine de la population court les champs, occupée à la cueillette des feuilles de mûrier. Ces groupes de magna-
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narelles, vêtues de cotonnades bariolées, font bien dans le paysage. Il en est même de fort jolies sous leurs immenses chapeaux de paille dont les bords souples battent au moindre vent comme les ailes d'un oiseau.
La contrée est plus peuplée que jamais. On ne peut faire cent pas sans apercevoir un hameau, trois ou quatre maisonnettes blotties dans les bambous, les éternels bambous qui donnent à ce pays relativement tempéré, une vague ressemblance avec des terres situées sous les tropiques, plus spécialement avec les grasses plaines du Bengale.
Les villages sont les plus propres — je veux dire les moins sales — que j'aie vus en Chine. Les déchets de toutes sortes n'y traînent pas longtemps, l'ordure ne s'accumule pas sur les chemins, et pour cause. Faute de pâture, peu ou point d'élevage et, par suite, rareté extrême des engrais. Le moindre détritus a son prix : le cultivateur le guette comme le collectionneur poursuit une pièce rare. Cette sollicitude de l'agriculteur pour sa terre appauvrie se manifeste ici par des conceptions d'une ingéniosité touchante, où la demande la plus humble affecte une forme poétique. A chaque minute se détache, au bord du sentier, la silhouette gracieuse d'un édicule que, de prime abord, on pourrait prendre pour un petit oratoire à l'usage des pèlerins ou, mieux encore, pour un pavillon de plaisance. Ces abris sont tout simplement — comment dirai-je? — des chalets de nécessité, construits par le propriétaire du champ contigu. C'est à qui choisira l'architecture la plus coquette, l'ornemementation la plus tapageuse, dans l'espoir de captiver la clientèle ambulante. La structure de ce petit local est plus soignée que celle des habitations. On l'enjolive de banderoles, de panneaux portant, en caractères d'enseignes, les inscriptions les plus engageantes telles que : « Arrêtez-vous ici, l'ombre est douce! » ou bien encore : « Prenez le frais sous mes bambous! « Cette
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fntroM d'inipluriir les passants ii'esl puinl banale. Libre À rtJuiopceii de la truuver plaisante. Ces barbares Depreiilient rien au sérieux. Elle pnrnil toute naturelle dans un pay» où le chef do l'Ëtat afGclie la prétention d'être lèpreinier des laboureurs, ne dédaigne pas de conduire une fois l'an la charrue, et de tracer son impérial sillon devant le temple de la r.érèa chinoise,
\u delà de Sou-Tchi, nous apercevons pour la première fois les fameux arhres à cire, de plus en plus nombreux A mesure que l'on approche des nionta<|nËS. La récolfe est terminée depuis près de deux mois, aussi l'aspect de l'arhnsle n'a-l-il en ce moment quoi que ce soit de remarquable. La substance recueillie sur ses branches n'en constitue pas moins une des principales richesses du Sé-'I'chonen ainsi qu'une source importante de revenus pour le fisc provincial.
L'exploitation de la cire, — du moins de cette qualité de cire, la plus appréciée eu Chine, — a ceci d'original qu'elle nécessite la coopération de deux climats très divers et occnpe les populations de deux contrées fort distantes l'une de l'autre. La cire est sécrétée par un insecte originaire des vallées de Kien-Chang, dans le Yun-\'an septentrional. 11 dépose ses œufs sur un arbrisseau à feuillage persistant, \e pao-ké, mais ne donne, dans son pays d'origine, qu'une cire grossière et de peu de valeur. En revanche, c'est là seulement qu'il croit et multiplie. Vainement on a tenté de pratiquer à la fois, dans une seule et même région, l'élève de l'insecte et la culture de l'arbre à cire. Les deux pays ont dû, de toute nécessité, s'entendre pour partager le travail et les profils. Chaque printemps, les indigènes de Kien-Chang se dirigent en grand nombre vers le Sé-Tchouen, avec les Uiufs du précieux insecte et les vendent à Kia-Ting, à raison d'un taèl (4 francs) le paquet de dix onces. Kous croiserons sans doute
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CCS caruvuDes aanuelles sur les routes du Vuii-\iia .
Le voyafje, qui est de plus de cent lieuea, doit s'accomplir iri-s rapidement pour éiiter que l'cclosion n'ait lieu eu roule. Les porteurs cheinîneiil surtout la nuit et effeclueot le trftjel en moins de deux senioincs. Les reufs, revendus aussitôt dans la région comprise entre Sou-Tchi cl les premières pentes du mont Omei, sont disposés sur l'arbre dont tes brandies supérieures ne tardent pas à se couvrir d'une matière blanchâtre et opaque qui s'épaisail de jour en jour. La récolle a Heu au bout de six à huit mois, selon les années. La cire, unefois fonducet épurée, est coulée dans des moules d'où elle sort sous lu forme de gros pains façonnés en tronc de cône et pesant de 20 à 25 cattys (12 à 15 kiloijrammesj. Le prix est assez élevé. La cire se vend, sur place, environ un tad le catty, et près du double en dehors de la province, en raison des fraisde transport et des droits de sortie. La seule préfecture de Kia-Ting en exporte bon an mal an un millier de tonnes sur les marchés de Han-Kéou el de Nanking. La qualité est, para!t-il, de beaucoup supérieure ù celles des produits similaires obtenus dans le Tcbé-Kian<; et le Fô-Kien .
Entre cinq et six, une ligne de montagnes se dessinait dans l'Ouest, à peine distincte sous les nuées. Depuis midi, le temps s'était mis à l'orage. la chaleur était accablante. Soudain, le soleil à peine disparu, Boici que le rideau de vapeurs s'abaisse el, haut dans le ciel à vingt lieues de nous, la grande arête d'Omei se dresse, pareille à un éperon de navire : le point extrême de notre voyage dans le Far-West chinois, la montagne sacrée que nons allons gravir de monastère e^ monastère, de pagode en pagode, la plate-forme d'où les premiers apôtres du bouddhisme s'élancèrent, il y a bientôt deux mille ans, à la conquête du Sé-Tchouen et de la Chine dn Nord.
■ Dana celte lin de jour, le speclocle est d'une majeslé iiiL-umpanible, l'Iieure très doute. Ali ! eaiiipei' la, dresser un tente sons iiil de ce« grands iirlires cnnlemporains Ji: Lao Tïé, reposer dims la fralcbcur, devant ces montagnes agrandies par le crépuscule. Mais, héhis! on ne camp* point en Chine si n'est en pays désert. Partout où ii y a des villes ou des villages, la bi a t [lie le
VDya<ienr s'alirilc entre (juatre murs L U t s seuls
dorment sur les grands chemins. H ITateurs!
A peine avnis-je eu le temps de è el lie
furiauier mon regrel, que déjà n t d ns Im
faubourgs, puis sous la porte de la II t I Otneî. (Juclques minutes encore, elj'élais déposé dans l'autiergc accoutumée an fond d'une cour pnnnie, dans la chambre mandarine adossée & l'élable à porcs, dans l'hôtellerie chinoise, partout la ménie, juslemenl redoutée, dont In rieule perspective empoisonne les joies du voyage, assonibi'it les cl.iires ninlioéos, anéantit I.a poésie dps
Presque au sortir d'Omei, nous sommes déjà en pleine montagne, gravissant le sentier ans dalles usées, depuis mille ans et plus, par les pas des pèlerins; un étroit sentier qni d'abord file à flanc de coteau, puis brusquement se redresse en escaliers fort raides. Les degrés, très, hauts, parfois disjoints, menacent ruine. L'ascension est rnde, mais la fatigue s'oublie vite dans ces belles forêts pleines de senteurs résineuses, égayées par des concerts d'oiseaux, par un murmure d'eaux vives. Tous les quarts