I.E SE-TCHODEK
de lieue en moyenoe, un leniplc émerge des futaies, architectures capricieuses, clochetons, portiques rouge et or sous lesquels erre un peuple de bonzes en toges couleur de cendre, le chef rasé. Les dorures son! défraîchies, la peinture craquelée; mais à distance, dans ce demi-jour de crypte, l'effet est saisissant.
HnUe d'une heure à la pagode de Souén-Vang-Tsien, près de laquelle un lorrenl se précipite dans un nhime dont il est impossible du scruter la profondeur, à travers la végétation folle el le rejaillissement des eaux pulvérisées. Un peu urant la nuit, au sommet d'une dernière rampe plus dure encore que les précédentes, nous arrivions anv portes du grand monastère de Clién-Ouan-Nien-Sé, le t^Monastère des dix mille années •> . Par une voûte très basse, pratiquée dans ia muraille cyclopécnne, on accède dans une première cour dallée, devant un pavillon abritant un magnifique Bouddha en bronze doré de vingt pieds de haut. La statue, autant qu'il est permis d'en juger dans la pénombre, est un intéressant spécimen de l'art du fondeur BU temps des Sungs, c'est-à-dire il y a dix ou douze siècles. Sous le péristyle sont installées des échoppes où l'on vend des objets de piété, des cierges, de saintes images, des biltons de pèlerins en bois blanc timbrés du sceau du couvent et que surmonte une léte de dragon cornu d'un travail assez grossier.
Quelques voyageurs qui nous ont précédés soûl déjà occupés à leurs dévotions. D'autres, épuisés par une longue journée de marche, ne songent qu'au repos et, accroupis sur les dalles, sirotent lentement la coupe de thé DlTertc par les moines. Pauvres [gens, malades ou estropiés pour la plupart, qui se traînent jusqu'à la cime vénérée dans l'espoir de contempler, au soleil levant, la " gloire de Bouddha" et d'obtenir un allégement à leurs peines! Quelques minutes avant la clôture des portes, deux indii'idus
LK TOlll DflSIE.
nrriveut l'iiD portant l'autre Juns uae hutte. C'est, mise en action, la fnble de » l'Aveugle et du Paralytique"'
,1 la nionli'c, passe nncorc. Hais jfi me demande com-— menl Les iiialbeureiiv parviendront à opérer la descente sur ces rampes effroyables, f iissé-je le plus clairvoyaat dea paralytiques, j'hésiterais à l'entreprendre sur les épaulua d'un aveugle même robuste. Maïs à quoi bon ces craintes^ La région où ils viennent d'entrer n'est-elle point fertile en miracles? Qui sait si, dans quelques jours, tous deux ne redescendront pas brns dessus, bras dessous, ayant retrouvé là-baut, celui-ci ses yeux, celui-là ses jambes ?
De ce premier sanctuaire on s'achemine par un large escalier vers le couvent propiemenl dit : les vastes bâtiments occupent plusieurs terrasses ombragées de beaux arbres. Le monastèru est bi\ti au pied de l'arête principale d'Omei; l'allilude est de !,300 maires. De l'entrée, on embrasse un immense horizon de monta.^nes découpées en dents de scie et, par une échancrure, les plaines de kia- Ting où les cours sinueux du Min-Kiang, du Tong-Ho, les rizières inondées, luisent sons le soleil couchant.
Bien que desservi par des houddhisles, Ouan-Nîèu-Sé est un temple plulùl cosmopolite. Saus doute Çakya-Mouni et ses incarnations : Milè-Bouddba et Omito-Bouddha y tiennent la place d'honneur; mais à côté de celle trinité, et dans la même enceinte, les dieux de l'Inde et de la Chine ont aussi leurs autels. J'ai aperçu là le dieu de la Guerre, le dieu de la Médecine, la Kouan Vin aux cent hras, déesse de la Miséricorde ; Poù Sien, le dieu de la lumière, venu, dit-on, de l'Inde, sur un éléphant hianc. Poù Sien dispose d'une chapelle à part, très richement ornée. Le dieu est représenté sur sa monture favorite ; celle-ci est placée sur
un superbe piédestal formé de quatre fleurs de lotus d'un mètre de diamètre. La hauteur totale de ce chef-d'œuvre de la métallurgie chinoise est de dix mètres. Le monument date du dixième siècle. Les proportions en sont admirables, le modelé très pur ; le métal a pris, avec les années, une patine étrange, d'un ton très chaud, que je n'avais jamais observée jusqu'ici. Au total. Panthéon où la société est très mêlée. Le fait est que les fondateurs de Ouan-Nièn-Sé, a6n d'affermir plus sûrement leur influence sur les populations indigènes, se sont bien gardés de déclarer la guerre aux divinités locales. Ils les ont recueillies, remises à neuf, les ont groupées autour du Bouddha, auquel elles semblent faire cortège et rendre hommage.
Les moines nous ont fait très bon accueil. Le monastère est d'une propreté extraordinaire pour la Chine. L'appartement où l'on nous conduit est même décoré avec une certaine recherche. On y accède par une ouverture circulaire qui, dans la cloison chargée de sculptures, représente une pleine lune sortant des nuages; il prend jour sur un jardin plein de grands camélias en fleurs. Le charmant endroit! Comme on s'y oublierait volontiers. Je songe avec chagrin qu'il faudra l'abandonner dès l'aube prochaine afin de proûter du beau temps pour parachever sans retard l'ascension. Dix heures de marche nous séparent encore du sommet de la montagne, qui domine de 2,700 mètres les terrasses de Ouan-Nièn-Sé ; dix heures de marche, et quarante pagodes plantées comme des nids d'aigle au creux des roches.
Au moment où j'achève de griffonner ces lignes, il est presque nuit close. Autour de moi, tout est silence et fraîcheur. Après les fatigues de la journée, c'est une paix envahissante, une détente soudaine des nerfs, une sensation de quiétude rarcracnt éprouvée depuis plusieurs mois.
a06 I.K TOUR DASIB.