‹ Le tour d'AsieChapitre 3 sur 39 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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d'oiskau.

Tien-Tsin : une ville murée, des maisons basses, des rues étranglées, tortueuses, sales, mais d'une ordure et d'une puanteur plus discrètes que ne Test d'ordinaire la voirie dans la plupart des cités du Céleste-Empire ; dans ces rues, dans ces carrefours, une formidable rumeur de gens et de bétes, un grondement de torrent gonflé battant ses berges, des courants de foudre et des remous, les trépidations et les cris d'une cité marchande de 800,000 âmes. Tout à côté, les concessions, une ville européenne, une jolie ville de province, un chef-lieu de département quelconque avec des boulevards plantés d'arbres, de larges avenues se coupant à angle droit, un quai très encombré de marchandises où, parmi les steamers amarrés dégorgeant leur cargaison, les lourds cha-

lands, les remorqueurs maculés de rouille et de fumée, se profile de loin en loin la silhouette blanche, le fin gréemcnt d'un bateau de guerre.

Baignant les deux cités, le Peï-Ho se traîne, piètre fleuve, digne de ce nom seulement à Theure de la marée haute, le reste du temps ornière boueuse où Ton ne s'explique pas qu'il soit possible de faire évoluer un bateau. Les bâtiments de mer y pénètrent cependant plusieurs fois par semaine, durant la belle saison, mais ce n'est pas sans peine. Après avoir franchi la barre, passé devant les forts de Ta-Kou, le navire emploie parfois une journée entière, sinon un jour et demi, pour atteindre Tien-Tsin, éloigné seulement de 50 milles, tant sont fréquents les échouages. Aussi, le navire à peine mouillé sur rade, nie hàtai-je de gagner la terre dans la chaloupe de la douane et de prendre le train à Ta-Kou. Après un trajet d'une heure un quart à travers une plaine vaguement cultivée, où les champs spongieux alternent avec de vastes étendues bossuées de tertres funéraires, les maisonnettes avec les rangées de cercueils posés à môme le terrain, je descendais de wagon à quelque cents mètres de la capitale du Chi-li.

Ce chemin de fer, le seul qui soit en Chine, constitue le plus beau titre de gloire de l'ancien vice-roi Li Hung Chaug. Ses autres expériences avaient été moins heureuses. Les flottes flottaient peu ou mal : les canons chèrement acquis ne partaient pas, beaucoup de projectiles entassés dans les casemates étant chargés avec du sable, un certain nombre même n'ayant de l'obus que la forme, simplement façonnés en terre cuite et recouverts d'une couche de peinture imitant la teinte du métal. Les machines, en revanche, sont de véritables locomotives, les rails sont d'acier. La ligne, longue de 150 milles, au delà de Ta-Kou, suit le littoral et aboutit à Shan-Haï-Kouan, traversant, entre ces

deux points, un important bassin houiller. Elle doit être continuée dans la direction de la Mandchourie, vers Moukden. La guerre et ses désastres n'ont point permis de donner suite à ces projets. Quant à la section de Tien-Tsin à Péking qui ne présente pas la moindre difficulté matérielle et pourrait être construite en cinq ou six mois, il parait que Ton s'en occupe en haut lieu. L'empereur aurait même déjà signé Tédit relatif à rétablissement de de la ligne. Seulement, par un dernier scrupule qui n'est pas fait pour nous surprendre, de la part d'esprits aussi timorés, il avait tout d'abord été décidé que la gare terminus serait, non pas Péking, mais Lou-Kou-Tchao, village situé à 18 kilomètres de la capitale. Admettre le chemin de fer à Péking, comme cela, tout de suite, alors que l'on a fait tant de manières pour y laisser pénétrer le fil télégraphique, vous n'y pensez pas! Il faut prendre son temps et mûrement réfléchir, avant de se lancer dans une aussi grande aventure. Quoi qu'il en soit, en supposant que l'on puisse, avant peu, atteindre la capitale chinoise par la voie de fer, la gare sera sûrement reléguée extra muros, loin des palais de la Ville interdite, de la Ville Jaune, où le Fils du Ciel rêve, inaccessible aux bruits de la terre (1). Qui sait même si, malgré les avantages incontestables d'une locomotion plus rapide et moins hasardeuse, le voyage n'aura point perdu de son intérêt? Pour atteindre une ville dont le nom seul symbolise les tendances d'une civilisation rétrograde, vouée au culte du passé, il ne me déplaît point d'employer les véhicules du vieux temps.

Péking telle est la préoccupation dominante, le premier mot qui vient aux lèvres du voyageur en débarquait à Tien-Tsin. Comment y va-t-on? Quand partira-t-on ?

(1) Celle section Tien-Tsin à Péking u été ouverte Qn oclo- Lre 1897.

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