‹ Le tour d'AsieChapitre 32 sur 39 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

' LA CHixiî d^aujourd'hui et la chine de demain

Mers (1c Chine, juillet-août.

Il y a quelque chose d'anormal et de très doux tout ensemble dans cette vie tranquille du bord, ce grand repos succédant soudain aux agitations et aux soucis du voyage par terre. Ne plus vouloir, ne plus prévoir, n'avoir plus à se préoccuper de mille détails futiles, croirait-on, et qui pourtant ont leur importance, ne plus intervenir à toute heure pour régler des différends, apaiser des querelles, ne pas s'inquiéter de la route, ignorer qui vous mène, le temps et la distance, être seul, ne voir que le ciel et Teau et s'en aller ainsi longtemps, très loin, dans un essor de rêve, cela est délicieux.

.J'ai renoncé pour cette fois aux paquebots-poste, aux vapeurs express qui brûlent les escales. Le mien est un caboteur ennemi des vitesses vertigineuses et de la ligne droite. Il s'attarde dans les havres, pousse des pointes dans les estuaires et dans les baies, suivant les nécessités du fret ou Thuineur (hi capitaine. Ciràce à lui j'ai revu Alacao, ses vieux couvents, ses maisons peintes, la rivière des Perles et la pagode aux cinq étages sur les hauteurs de Ho-Nam. Quatre jours à Canton, trois à Hong-Kong et je reprenais ma route vers le nord, jetant l'ancre devant Swa-Tao, devant Amoy où j'avais la bonne fortune de rencontrer ce jeune Français déjà célèbre, le docteur

LE TOLIR DA

Versin, prodiguant ses soins aux pesUrérés; arrivé depuM cini\ jours, il eu avait déjà traité et sauvé une quinxniae.

Je me rappellerai toujours ma visite au petit hôpital, par une matinée de soleil, celle salle oblougue où It silfncc n'était troublé que par le halâlenieiit des pauvn» corps endoloris allongés sur les nstles, les porteurs amenant d'autres malades auquels le médeciu injectait, soub les rc<{ards émcrvoitlég des parents, ses dernières liolcs ic sérum. Et je me disais que dans une moitié de la ladÇ' Chine, le nom de ce jeune savant d'nspect frêle, à la dé> marche presque timide, était déjà connu des foules. Ht parlait-on pas de placer son image dans le temple des bons génies? C'était le bienfuiteui', le sauveur, le victorieux. De telles victoires font autant pour le prestige de la race européenne et, en particulier, de ia France, que les efforls des diplomates et les promenades des escadres.

Celte navigation lente et capricieuse, du littoral chinois à l'archipel japonais. Au Japon nu Pelchili, me permet d'cuhapper, dans une certaine mesure, aux ardeurs de l'été, plus pénibles encore après les fatigues d'un long voyage. C'est le Ionique par excellence, cet air salin aspiré à pleins poumons. D'ailleurs, ces heures de loisir ne sont pas des heures perdues. Tandis que lentement, dans une atmosphère de plus en plus tempérée, le hnlean m'emporte vers le nord, je revois en pensée les pays parcourus, les visages observés depuis un an. Peu à peu un classement s'opère dans les impressions cl les souvenirs; de cette masse chaotique quelques silhouettes se détachent en vigueur. C'est d'abord l'image d'une Chine différente du portrait que je m'en étais tracé sur la foi de peintures, les unes trop flatteuses, les autres poussées au noir, la plupart quelque peu conventionnelles.

Depuis un quart de siècle on s'est fort occupé de la tihine et de ses évolutions futures. La Chine, a-t-on dit

Page 1