EPILOGUE
Cette tyrannie des uerfs, les plus équilibrés d*entre nous la subissent inconsciemment. Nous n'agissons plus, nous ne pensons plus, nous ne reposons plus comme les hommes d'autrefois. Notre sommeil n'est plus le vrai, le profond sommeil que goûtaient nos pères. La nuit venue, nos yeux clos, nous n'échappons qu'à demi aux préoccupations du jour. Elles emplissent nos rêves. Un rien nous agite, le moindre bruit, le craquement d'un meuble, le roulement lointain d'une voilure. Parfois même, le trop grand silence nous éveille. Le Chinois ignore ces inquiétudes nerveuses, ce que nous appelons les idées noires , et de la neurasthénie ne connaît ni le mot ni la chose. Il est capable de demeurer sans un geste, sans un frisson d'impatience à la même place, dans la même altitude, durant des heures. Copiste, il s'escrimera du pinceau toute une journée, d'un mouvement presque automatique. Batteur de fer ou tisserand, vous le verrez penché sur son enclume, sur son métier, de l'aube à la nuit close, répétant à TinGni le même effort avec le même geste, sans en varier d'instinct le rythme monotone. Quel que soit son rang, sa profession, il n'est pas difGcile sur le choix d'uu gîle. Tout lui est bon. Le mandarin en voyage s'installera aussi volontiers sous la tente, dans une pagode à demi ruinée ou dans la mauvaise chambre d'auberge dont les carreaux de papier tombant en loques laissent passer la bise; à moins que, faute de mieux, il ne passe tout bonnement la nuit blotti dans son chariot. J'ai vu des vieillards, des malades reposer, paisiblement allongés sur une natte dans une salle uu sol boueux, uu milieu du plus abominable vacarme de l'hôtellerie pleine, dans le va-et-vient des portefaix et des marchands de friture, parmi les graillons et les fumées.
S'agit-il de gens de la basse classe : du charretier qui, quatorze heures sur vingt-quatre, trottinant à côté de sa
<]uinibarde, active de h voix et du foacl son quadrî<] mules? Du poileur de chaise parcourant en moyenne trente-cinq kilomèlrcs dans sa journée sur les sentiers breux du Ytin-\on? Des bateliers du Vang-Tsé manœuvraat la lonrde jonque à travers les rapides du grand (leuve? Tous ces gens-là, terriens et mariniers, l'étape achevée, souperont d'une ccuelle de riz, feront une partie de dés, Tumeront une pipette et s'endonnirout du sonimeil du juste, la léle sur l'oreitler — je veuï dire sur une brique ou sur une bûche, pour se réveiller uu petit jour, frais et Ijaillards.
Endurant et pblcigmaliquc, le Chinois, du petit au gr. possède qui plus est, une surprenante habileté de main. Il suffit do remarquer, chez les individus de la plus humble condition, In finesse des attaches, les doigts sonple déliés pour comprendre comment il parviennent sans effort ù exceller dans les travaux les plus délicats, qu'il s'agisse d'enluminer un éventail, de découper le bois et l'ivoire ou de broder au petit point. La même dextérité en fait des auxiliaires précicuï pour les Industries d'importation européenne. Après un apprentissage assez court, ils rendent d'excellents services comme monteurs, ajusteurs, mécaniciens. Quiconque a voyagé, fiît-ce une fois, en Extrême-Orient, a pu les voiràl'reuvre dans les chantiers, dans les usines, à bord des paquebots et dcschaloupes.Kur les voies ferrées, déjà ouvertes ou en construction, ce sont eux qui condui.sent les locomotives avec une habileté qui ne le cède guère à celle de leurs confrères européens.
En ce qui concerne la capocilé iuteltecluelte, il ne parait pas que l'écart soit très marqué entre les Célestes et les Occidentaux;. La routine même de l'école chinoise, uik l'enfant ne fait autre chose qu'apprendre par cœur de longs et insipides fragments des Classiques, a développé chez lui la mémoire au point de lui permettre d'accomplir