‹ Le tour d'AsieChapitre 35 sur 39 · EPILOGUE. 3:>î · texte numérisé non relu

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comme en se jouant de véritables tours de force. Cette aisance avec laquelle il retient les formules lui est d'un grand secours dans les études d'un ordre plus élevé. La plupart des professeurs qui furent appelés à faire des cours à des jeunes Chinois ont pu constater leurs aptitudes soit dans les problèmes purement spéculatifs, soit dans le domaine des sciences appliquées. Médiocrement imaginatifs, ils n'en sont que moins distraits et arrivent à emmagasiner assez vite un bagage de connaissances sinon très profondes, du moins sufGsantes. 11 n'est pas rare de rencontrer, même dans le bas peuple, des intelligences fort éveillées. J'ai eu, j'ai encore à mon service un pékinois, sorte de. Maître Jacques, à la fois palefrenier, cuisinier et interprète. Ce garçon manie le pinceau comme un scribe de profession, parle couramment la plupart des dialectes de l'Empire, y compris le mandchou, le mongol, et tant soit peu de thibétain, l'anglais — c'est-à-dire le jargon du littoral, le pidgin english, et passablement le russe, en loul sept langues. Il en travaille actuellement, — sans maître, bien entendu, — une huitième, le français, et ses progrès donnent déjà mieux que des espérances. On avouera que ce n'est pas trop mal pour un domestique.

De ce qui précède il résulterait que la race, remarquablement douée sous le rapport musculaire, ne l'est pas moins au point de vue des facultés de l'esprit. Si Ton ajoute à ces qualités la puissance de la masse, la force d'expansion d'une si grande agglomération humaine, on est, je l'avoue, tenté de se demander non sans inquiétude de quoi ne sera pas capable la race chinoise, du jour où, prise en lutclle par les Européens, elle se sera assimilé les enseignements et les procédés de la civilisation occidentale.

Le danger pourtant est beaucoup plus apparent que réel. Celte façon de voir sera, nous n'en doutons pas, partagée par tous ceux qui ont vécu en Chine, non pas

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seulement dans Ils concessions européen dcs, niaisaucœui inémc du pays, parmi les populatioQS des bourgs et dei cnmpngnes, mêlés à eWas pendotil de longs mois, viiaot de leur vie inéléjjonle mais Buggcslivc. De ce que le Chinois possède d'incontestables qualités, il ne s'ensuit pas qu'il doive aspirer à jouer, sur lu terrain économique, UD vole prépondérunt et, en quelque sorte, oITeusir. Il lai manque pour cela le ressort essentiel : l'esprit d'entreprise, l'inilinlive. C'est avant tout un être de tradition qui n'envisage jamais l'avenir et qui, dans les moindres actes de la vie, s'inspire des exemples légués par les géuéralions défuntes.

D'ailleurs, quelle initiative féconde peut-on espérer de la part d'esprits complètement obnubilés par des croyances à peine déGnies auprès desquelles les plus absurdes contes de nourrice pnraitraienl conceptions de liante philosophie? Lit Chine est le paradis de la routine précisément parce qu'elle est aussi le p;n'adiK de la superstition. Superstitieux, le Chinois l'est à tel point que nous ne saurions nous faire une idée exacte de toutes les entraves apportées aux moindres actes de son existence par la géomancie, la nccromanciu, la sorcellerie, le mauvais œil et autres en- ' r^inlillages. Chacun en Chine, du petit au grand, est plus ou moins prisonnier du jeteur de sorts ou du diseur de bonne aventure. Les gens de la haute classe se donneront parfois, vis-à-vis des étrangers, l'apparence d'esprits forts, iiiTecteront de sourire en parlant de ces balivernes, mais n'en subiront pas moins l'inlluence dans tous leurs faits et gestes. Partout et toujours ils éprouvent cette sorte d'angoisse, la crainte d'agir à une heure néfuste, dans un lieu peu propice, en malchanceuse compagnie. Tel s'acbe* miaait à un rendez-vous d'utTaires et brusquement rentre chez lui sous l'empire de je ne suis quel fâcheux présage ou d'un simple pressentiment, quitte à s'excuser du mieui

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