‹ Le tour de LémanChapitre 33 sur 53 · LES ALLONGES · texte numérisé non relu

LES ALLONGES

riens coreligionnaires l'Édit de Nantes, François «le Sales obtenait de son souverain l'expulsion du clergé prolestant, et lui faisait rompre un traité qui l avait remis en possession d'une province.

Il lui écrivit ceci, entre autres choses, le 15 décembre 1596 :

« Il importe beaucoup qu'en observant les articles du traité de Nvon, et laissant la liberté de conscience à ces peuples, vous favorisiez principalement et absolument les catholiques. »

Ce conseil fait peu d'honneur à François, il blesse les plus vulgaires notions de la justice.

Le missionnaire persévérant eut, au dire des panégyristes, mille embûches à déjouer, mille périls à traverser, mille fatigues à éprouver.

Par une nuit noire d'un rigoureux hiver, regagnant, — escorté d'un valet, — son refuge inexpugnable, il s'égare, et après avoir fait bien du chemin, il arrive fort tard dans je ne sais quel méchant hameau dont toutes les maisons étaient fermées. Nos gens vont de porte en porte, demandent l'hospitalité d'une voix lamentable, disant qu'ils sont exposés à périr de froid; le valet nomme son maître sottement, ce qui fait qu'on n'a garde d'ouvrir, car tous les habitants sont d'obstinés calvinistes. Mais Dieu veille sur ses serviteurs qui ont le bonheur de rencontrer le fournil du village

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encore chaud, et qui s'y blottissent jusqu'au jour.

Une autre fois il reste toute une nuit exposé à la |>luie, n'ayant pu se faire admettre chez des paysans inhumains.

Une autre encore il couche à la belle étoile au milieu

d'une ruine des bois, et médite pendant que les ours et les loups hurlent dans l'ombre.

Enfin les calvinistes, irrités de ses nombreuses conquêtes spirituelles, jurent sa perte, des assassins attentent à ses jours.

Mais Dieu est toujours là !

Je me méfie de ces récits, dont le fond est peut-être aussi digne de créance que celui des miracles du Montdes-Voirons.

Comment croire, cher ami, à la véracité des écrivains ultra-catholiques, quand on a lu ceci dans l'Histoire de Calvin, par M. Audin (page l(i de l'Introduction, tome 1er) : « La maison royale de Savoie est trop catholique pour être despote. »

Qu'en dis-tu !

1) y a des gens qui ferment les yeux en plein jour et qui soutiennent qu'il fait nuit.

Eh ! quoi, monsieur, vous osez avancer que les princes de Savoie ne sont point despotes î... de grâce, lisez l'histoire, vous y verrez tout au long les massacres des Vaudois du Piémont qu'ils ordonnèrent pendant nombre

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d'années; — n'est-ce pastis que du despotisme ! n'est-ce pas mie atroce intolérance, une exécrable cruauté !

Au moment où je trace ces lignes, il n'est pas permis de prier Dieu avec liberté dans ce royaume, le culte protestant y es! interdit. Les Réformés, je l'ai déjà dit, ne peuvent y acquérir des immeubles sans la permission royale. — Leur condition ici peut être comparée à celle des juifs en Europe il y a quelques centaines d'années.

J'appelle cela, moi, du despotisme, car il faut bien appeler les choses par leur nom.

Pendant que François de Sales catéchisait lesChablaisiens, son père lui écrivit pour le dissuader de poursuivre son dessein, et lui dit qu'il fallait, en désespoir de cause, contraindre m peuples à recevoir la foi par la seule bouche du canon.

Mais le jeune homme ne voulut point abandonner sa tâche; en 1595 il avait presque entièrement rétabli l'ancien culte, et s'occupait à planter des croix au bord de tous les chemins; il eût mieux valu planter des arbres fruitiers et rendre à l'agriculture un pays ravagé par de longues guerres.

Le (î septembre de l'année suitfinle, il conduisit de Thonon à Annemasse une nombreuse procession (la distance entre ces deux localités est d'une dizaine de lieues au moins), cl assista aux prières des quarante

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