‹ Le tour de MarneChapitre 8 sur 24 · EXEMPLES · texte numérisé non relu

EXEMPLES

Notre-Dame des Miracles, dans nos prières , vous nous avez exaucés ; protégez-nous toujours !

5 juin 1862.

A Notre-Dame des Miracles , une famille reconnaissante.

xer juillet 1862.

La Vierge noire de Saint-Maur-des-Fossés occupait jadis une chapelle attenante à l’église abbatiale. Sa fête, qu’un bref pontifical a fixée au deuxième dimanche de juillet, se célébrait alors la veille de la Saint-Jean-Baptiste. L’abbé Le Bœuf, dans Y Histoire du Diocèse de Paris.

qu’il publia en 1754, peint, d’une façon pittoresque, les contorsions des malades, la plupart épileptiques, qui venaient assister aux offices. La grand’messe commençait dès minuit. « Pendant quatre heures que duraient les matines et la grand’messe, on n’entendait, dit le savant abbé, que des cris et des hurlements continuels de malades ou prétendus tels des deux sexes, que six ou huit hommes promenaient étendus sur les bras, tout autour de la chapelle de saint Maur. Les malades criaient de toutes leurs forces : Saint Alaur grand ami de Dieu , envoyep-moi salut et guérison , s’il vous plaît. Les porteurs faisaient encore plus de bruit en criant : Du vent! du vent ! et des personnes charitables éventaient les malades avec leurs chapeaux. D’autres criaient: Place au malade ! gare le rouge ! parce qu’on prétend que cette couleur est contraire aux épileptiques. Quand un malade avait répété trois fois de suite sa prière, on le comptait guéri, et l’on criait à haute voix : miracle ! miracle ! enfin, c’était un vacarme si grand, que l’on

n’entendait point le clergé chanter, et qu’il se formait trois ou quatre différents chants dans les diverses parties de l’église. Pendant cette nuit, il y avait dans la même église de petits marchands de bougies et d’images, des mendiants de toute espèce, des vendeurs de tisane qui criaient : A la fraîche ! à la fraîche ! Tout cela augmentait le désordre, et, après la grand’messe, qui finissait vers les deux heures, les pèlerins et pèlerines les plus sages couchaient dans l’église, sans se gêner de leurs petits besoins. Les autres allaient passer la nuit dans les cabarets ou aux marionnettes, ou bien à la danse. C’est ainsi que se passait cette prétendue dévotion. »

La chapelle de Notre-Dame des Miracles, conservée longtemps après la destruction de l’église abbatiale, ne fut démolie qu’en 1792 ; mais, le 2 juin de cette même année, en dépit de l’effervescence révolutionnaire qui menaçait les autels, et du discrédit jeté sur les cérémonies du culte, la statue vénérée fut transférée processionnellement à Saint-Nicolas.

Le Tour de Alarne.

Après avoir visité cette église, nous nous empressâmes de retourner au bateau, en regrettant de nous séparer de notre aimable guide que ses affaires rappelaient à Paris.

Nous avions, de notre côté, hâte de regagner le temps passé pendant cette excursion. Gabriel était aux rames, et, comme le bateau n’avançait que lentement, je saisis, en lui demandant s’il se ressentait de l’influence des écrevisses, le piquot afin de l’aider en poussant. Gabriel me lança un regard malin, et, comme le piquot, ne rencontrant pas le fond, m’échappait des mains :

(( La rivière est percée, me dit-il. Vous ne voyez donc pas que nous sommes dans une râpe }

— Une râpe! Qu’est-ce que cela, dis-je }

— Je ne sais pas si c’est un terme qui vous va ; mais nous, sur la Marne, nous appelons ainsi certaines étendues où l’eau dort dans un lit profond et où le courant est devenu imperceptible. Nous sommes ici à la râpe de Champigny ; elle est longue, et il faut en

prendre son parti. Tous les piquots du monde ne nous feraient pas avancer plus que mes deux rames. Vous avez beau être un savant, vous n’y pouvez rien. Tenez, pendant que je fais mon métier, voici une occasion de faire le vôtre. Vous voyez bien cette longue île basse que nous côtoyons, on la nomme île du Javiot. Savez-vous pourquoi } Je ne serais pas fâché de mettre votre érudition en défaut, comme tout à l’heure vous vouliez mettre en doute mes connaissances nautiques ou ma puissance gastronomique.

— Eh bien ! père Gabriel, soyez satisfait. Je vais faire appel à l’érudition et j’espère qu’elle me tirera d’embarras.

a Javiot vient de gerbe } que nos pères prononçaient indifféremment garbe ou jarbe.

(( Pour désigner un faisceau d’épis de moindre dimension, ils disaient garbelle , gav elle , javelle ou javeau. Ces mots, ainsi que le démontre le Glossaire de Du Cange, finirent par indiquer, non pas seulement des tiges de blé, mais toute espèce de menues

Le Tour de Afarne.

branches ou de sarments reliés ensemble.

<( Par gxtension, on donna le nom de javelles ou javeaux , vulgairement javiots. à ces amas de limon et de sable qui se formaient au milieu d’une rivière et que couvrait rapidement une gerbe de plantes amphibies.

« Le cartulaire de Saint-Maur-des-Fossés, cité par les anciens Dictionnaires françois . parle des javeaux de la Marne, et les vieilles ordonnances relatives aux eaux et forêts s’occupent souvent des javeaux.

— A merveille ! dit Gabriel en faisant un signe de tête approbateur; c’est bien cela ! Tous ces amas de joncs que nous rencontrons sur notre route, ce sont autant de javiots. et ces javiots donnent parfois naissance à de véritables îles. Celle-ci est de ce nombre, et voilà pourquoi on l’appelle l’île du Javiot. Cette fois votre science est d’accord avec notre pratique et nos traditions. Une fois n’est pas coutume ; d’ordinaire les savants, au lieu de puiser leurs renseignements à bonne source, vont chercher dans les bouquins moisis un tas de

mots grecs , latins ou chinois, qu’ils empilent ; et à force de vouloir raffiner, ils embrouillent les questions les plus claires. En est-il un, par exemple, capable de dire pourquoi l’île que nous voyons là, à la suite du Javiot , s’appelle l’île du Martin-Pecheur?

— J’avoue que je l’ignore complètement ; je sais que le martin-pêcheur ( alcedo hispida) est un passereau syndactyle de la famille des aleédidés, qu’il a un plumage enrichi de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, et qu’il se nourrit de poissons et d’insectes.

— Il peut y avoir du vrai là dedans, reprit Gabriel ; mais ce que ne vous expliquent probablement pas vos livres, ce sont les vertus merveilleuses du martin-pêcheur. Apprenez d’abord que tout pêcheur a chez lui un martinpêcheur pendu par le bec, et qu’il lui suffit, le matin en se levant, de jeter un coup d’œil sur l’oiseau pour savoir d’où vient le vent. Quant aux autres propriétés de cet animal miraculeux, un événement que je vais vous conter vous les fera connaître.

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