UN QUARTIER D
LE TOUR DU MEXIQUF sl
9° “RIER. — Toute :a nuit, notre train a filé à pleine vapeur vers la capitale, C'est au milieu de nos rêves que nous avons traversé les villes intéressantes de Irapuato, Salamanca, Celaya et San- Juan-del-Rio.
Nous sommes contents de descendre du train, à Tala, vers 9 heures, pour nous dégourdir les jambes en prenant une marche autour de sa gare,
Que les siècles sont donc de terribles démoiisseurs | Sur ce sol que ous foulons à nos pieds, dans ce village qui n’a de l'importance que par sa jonction de chemin de fer, s'élevait jadis la plus ancienr:: ville connue de l'Amérique. Les Toltèques, venus du Nord, émigrèrent dans la vallée de Mexico (Auahuac) au Vile siècle, et bâtirent Tula, leur capitale, vers l'an 648, suivant le Père Clavigero. Dans la plaza de la petite ville de Tula, plusieurs pierres sculptées, et dans la vieille éplise de San- Jose, un antique baptistère, sont des reliques de ces peuplades primitives. Etaient-c2 les premiers habitants du Mexique ? Certainement nom ; les ruines d' Mitla, de Palenque, d'Uxma, etc., démontrent que plusieurs siècles avant les Tolrèques, vivait dans ces contrées, un peuple qni possédait à certains
égards les éléments d'une civilisation remarquable.
Nous poursuivons notre route à travers un pays accidenté de montagnes sauvages. Il y a des montagnes partout ; nous ne pouvons faire un mille au centre du pays, sans avoir pour horizon une chaîne de montagnes,
Nous arrêtons quelques minutes, pour jeter un regard sur l'immense canal le Tajo-de-Nochistongo, creusé de mains d'hommes, pour empêcher les inondations dans Mexico. Cette ville est bâtie au milieu
d’une grande plaine, entièrement sous eau du temps
des Aztèques, et complètement entourée de montagnes, avec aucune issue naturelle E .ur décharger le surplus de ses eaux. A différentes reprises, la ville fut ravagée par des épouvantables inondations, notamment en 1510, en 1552 et en 1629. Pour obvier à d'autres désastres futurs, on entreprit, en 1607, ce travail géant, sous la direction du célèbre ingénieur Don Enrico Martinez. Des chiffres seuls peuvent donner une idée de ce canal : sa profondeur est de 150 à 200 pieds, sa largeur varie entre 300 et 700 pieds et sa longueur est de 67,587 pieds, Et pour-
tant le Tajo-de-Nochistongo qui a cofñté tant de millions et combien de vics ! n'a jamais servi, à cause d'accidents divers, pour les fins de son creusage. Aujourd’hui, c'est la porte d'entrée pour les chemins de fer dans la vallée de Mexico.
La vallée qui environne la capitale est très belle avec ses lacs et ses immenses plan’ 1tions d’aloës, Peut-on trouver une ville au site d’__ > plus harmonieuse beauté et d’une plus étonnante grandeur que Mexico, la Reirs des Andes ? On respire ici un ai tiède et pur, on sonde l'azur le plus profond, To: est lumière, verdure et parfum. Les deux volcans neigeux qui trônent dans les nuages, comme des
sentinelles vigilantes semblent veiller sur elle.
Nous arrivons à Mexico à 2 heures de l'après-
midi.
De la station de Buena-Vista, nos voitures nous conduisent à l'hôtel Iturbide, le plus spacieux et le plus intéressant de Mexico. C'était autrefois le palais du malheureux empereur Iturbide. Nous
logeons sans être princes, mon frère et moi au
numéro 78. Nous prendrons nos repas au restaurant Doré, en face de l'hôtel.
En 1325, près de deux siècles avant l'arrivée de Cortez au Mexique, les Aztèques bâtissaient dans la vallée de Anahuac, une ville opulente sous le nom de Tencchtitlan ou Mexico. Ses constructions massives, ses monuments cyclopéens, ses temples et ses palais d'une grande magnificence, ne ressemblaient en rien à ceux de l'Europe ; leur architecture rappelait plutôt l'Egypte. Lorsque les Espagnols entrèrent en vainqueurs à Tenochtitlan, le 13 août 1521, après avoir mis à mort Guatemotzin, le successeur de Montezuma, ils rasèrent jusqu'au sol les temples et les palais des vaincus ; et sur leurs ruines mêmes, ils bâtirent en 1522, la ville de Mexico.
En 1800, Mexico avait déjà une population de 125,000 âmes. Pendant plus de 250 ans, elle fut la plus grande et la plus belle ville du Nouveau-Monde.
Mexico est aujourd’hui une superbe cité de 400,000 âmes, avec des constructions splendides, des
rues larges et bien pavées, des places publiques
imposantes, Le nombre des couvents et des églises .
y est considérable, on compte quatre-vingts églises, et ce sont toujours des monuments. Après la suppression des ordres religieux, beaucoup de couvents et de collèges ont été convertis en casernes ou en écoles gouvernementales. Les maisons de Mexico ont des terrasses au lieu de toits, comme celles de tous les pays méridionaux, et des cours intérieures spacieuses entourées de galeries, décorées d’arbustes et de fleurs,
Après notre dîner, nous allons immédiatement à la cathédrale, afin d'obtenir la permission d'y célébrer la sainte messe, durant notre séjour dans la
capitale. Un chanoine nous fait conduire chez
l'archevêque de Mexico, Mgr Prospero-M. Alarcon, un vénérable vieillard de 80 ans. Sa Grandeur nous accueille avec beaucoup de bienveillance ; Elle-même
nous écrit de sa main l’autorisation demandée.
Nous retournons de nouveau à la cathédrale ; cette fois-ci, c'est pour la visiter. Elle est bâtie sur l'emplacement même où s'élevait jadis le plus con-
sidérable temple païen du Nouveau-Monde : le grand
Téocali des Aztèques. Ses fondations ont été commencées en 1573 et ce ne fut qu'en 1667 qu’eut lieu sa dédicace. C'est une immense cathédrale qui, avec ses basiliques annexes, mesure 426 pieds de long sur 200 pieds de large ; c'est la quatrième, m'affirme-t-on, dans l'univers, par ses dimensions. Ses tours imposantes ont 203 pieds de hauteur et sont remplies de cloches. La plus grosse de ces cloches est appelée Santa-Maria-de-Guadalupe, elle a vingt pieds de hauteur et a coûté 810,000.00,la seconde, Dona-Maria, a coûté presque autant, Sa façade, qui regarde le sud, est richement seulptée et porte dans des niches de nombreuses statues. L'intérieur est de style gothique et dorique ; vingt hautes colonnes massives séparent la nef principale des ailes latérales et supportent la voûte élevée. Comme dans toutes les basiliques d’Espagne, le chœur du chapitre est placé au milieu de l'édifice. Le dôme majestueux, sous lequel se trouve le maître-autel de grande splendeur, est magnifiquement décoré de peintures qui représentent l'Assomption de Marie,
Deux immenses orgues qui s'élèvent jusqu'aux ogi-
ves du toit couronnent le chœur. La balustrade double qui sert de passage entre le chœur et l'autel
est en tumbago, métal composé d'or, d'argent et de cuivre.
En arrière du chœur, est l'autel monumental dit des Rois, copie de celui de la cathédrale de Séville. C'est une masse de sculptures dorées excessivement riches, c’est le triomphe du fouillé, du tourmenté, du guilloché. C'est ici que les empereurs Iturbide et Maximilien ont reçu l’onction royale. C'est ici, sous les dalles, qu'ont été déposées en grande pompe, les têtes d'Hidalgo et de ses officiers après la déclaration de l'indépendance du Mexique.
A l'entrée de la cathédrale, se trouve l’autel du Pardon. Toute l’année durant, il se célèbre ici des messes à toutes les heures, de l’aurore jusqu’à midi.
Tout autour de l'enceinte sacrée, il y a quatorze
chapelles très riches en peintures et en dorures.
Elles sont généralement fermées au moyen de grandes grilles de fer, quand on n'y célèbre pas la sainte messe,
Nous reviendrons plusieurs fois encore dans cette vénérable cathédrale, car toute l’histoire du Mexique est consignée dans ses murs. Nous visiterons ses chapelles si riches en reliques, en souvenirs et
en tableaux.
Mexico a été érigé en évêché par Clément VII, le 2 septembre 1530, et en métropole par Paul III, le 31 janvier 1545.
En face de la cathédrale, on voit la Plaza Mayor ou le Zocalo, qui est une reproduction considérablement développée de la Plaza Mayor de Madrid.
Quel beau parc avec ses fleurs tropicales, ses eucalyptus gigantesques, ses fontaines, ses statues, ses portiques continues et son peuple en liesse !
Nous faisons la rencontre à notre hôtel de deux prêtres canadiens : MM. les abbés Genier et Pilon du diocèse d'Ottawa, qui sont à faire leur tour de l'Amérique du Nord.
Mous allons dans quelques magasins, et, nous constatons que le haut commerce est tenu par des français.
Le soir, tous les touristes assistent, dans des loges retenues d'avance, à une rerrésentation plutôt médiocre, au Circo-Teatro d'Orrin : ils y voient des acrobates habiles qui jonglent sur des trapèzes, des pierrots grimaçants et enfarinés, des dompteu-
ses de fauves, des chiens instruits et des chevaux
sautillants ; tout cela ne leur a pas dit grand’chose à l'esprit. Ils ont regretté de n'être pas restés à l'hôtel pour se reposer.