CHAPITRE SEPTIÈME
Mexico. —— Messe à la cathédrale. — Chapelle de Saint-Philippe-de-Jésus, — Style Renaissance, — Notre-Damede-la-Guadelonpe. — Sa légende. — L'empereur Iturbide. -— Musée National, — L'école des beaux-arts. — Le Boulevard de Mexico.—Un combat de taureaux.—
Nous avons vu la voiture du président !
UJOURD'HUI, le 10 février, nous avons dit notre messe à la cathédrale ; j'ai eu le bonheur de célébrer dans la chapelle de Saint- Philippe-de-Jésus, le patron des Mexicains. C’est dans cette chapelle qu'est le
tombeau de l’empereur Iturbide. Ce tombeau est à droite et un peu plus élevé que l'autel ; sur l’un des
côtés, nous y lisons l'inscription suivante : Agustin de Iturbide, auctor de la Independencia mexicama. Nous sommes dans l’octave de la fête de saint Philippe-de-Jésus et je suis à son autel ; à la porte
de la chapelle se trouve le baptistère, où fut baptisé le saint martyr.
A côté, est la chapelle de saint Joseph, où “n monument est érigé en mémoire de Hidalgo, le curé patriote.
Nous visitons aussi la salle de réception, remarquable par ses nombreux portraits d’archevêques de Mexico. Sous les dalles de cette chapelle, reposent do leur dernier sommeil vingt-huit archevêques de la métropole.
Dans la salle du chapitre, il y a le beau tableau de Murillo, Lu Vierge de Bethléem et aussi une Sainte Vierge par Pierre de Cortone.
A Mexico, les offices se font suivant la liturgie
des cathédrales. A 9 heures, il y a grand'messe
solennelle avec diacre et sous-diacre, et ensuite les chanoines aidés par des petits clercs chantent l'office. Les chanoines de Mexico portent un beau costume très ample qui ne ressemble en aueune façon à celui de nos chanoines.
Nous entrons dans quelques églises, nous y trouvons toujours le même style de la Renaissance fleurie et flamboyante. “ Qui veut comprendre le style Renaissance dans son idée catholique doit
aller jusqu’au Mexique, dit le Père Croonenberghs. En Europe, la Renaissance est païenne ; ici, elle est chrétienne, Quelle richesse de dessin, quel jeu exquis de lignes et de moulures ! Le mauresque, le
gothique, le grec, le roman lui ont livré tous leurs
secrets ! ”
Dans l'après-midi, nous allons en Pèlerinage à Notre-Dame-de-la-Guadeloupe, la plus sinte et la plus célèbre basilique de tout le Mexique. Guada. lupe ! c'est l'essence même de la piété du peuple mexicain, c'est le point de jonction entre le ciel et la terre. C'est son chant d'amour pour la Vierge- Mère, Virgen y Madre de Guadalupe ; comme ce
fut son cri de ralliement durant la guerre pour
l'Indépendance. C’est sous la bannière de Mucsire Senora de Guadalupe qu'Hidalgo livra su première bataille contre les royalistes. Voilà cinquante ans que la nation mexicaine est privée d'une partie de ses pasteurs et des écoles catholiques. En dépit de tout cela, quelle foi forte et naïve ancrée profondé-
ment chez le peuple, grâce au pèlerinage de la Gua-
deloupe !
Voici l’histoire si belle et si gracieuse de la Guadeloupe : Le 9 décembre 1531, qui était un samedi, un pieux indien du nom de Juan Diego, se rendait de grand matin à l'église de Santiago de Tlaltelolco pour y entendre la sainte messe. Comme il passait près de la colline de Tepeyac, à son oreille se fit entendre une voix douce comme une suave musique. Effrayé, il regarda tout autour de lui, 6 prodige ! il vic unebelle dame qui lui faisait signe d’approcher et qu'elle avait à lui parler. La Sainte Vierge Marie, car c'était elle, lui commande, d'aller trouver l’évêque et de lui dire de sa part, qu’elle voulait avoir un temple érigé en son honneur, sur cette colline de Tepeyac. Diego, fidèle messager de la Vierge se rendit aussitôt chez Mgr Juan de Zumarraga, évêque de Mexico, pour lui raconter ce qu'il avait vu et ce qu'il avait entendu. Mais l'évéque ne prêta qu'une oreille incrédule à l’histoire de Diego et le congédia sans façon. La tristesse dans lue, l'indien retourna à l’endroit de l'apparition, la belle dame était encore là qui attendait la réponse de l’évêque. Diego lui fit connaître l’insuccès de sa
mission ; mais la Vierge lui commanda de revenir
quand même, le lendemain. Diego, le dimanche
matin, se rendit à la colline, \ la Vierge lui apparut pour la troisième fois : elle l'envoya de nouveau
vers l'évêque, avec le même message. Mais la pon-
tife resta encore incrédule, il ne lui venait pas à l'idée que la Sainte Vierge pouvait se servir de l'intermédiaire d'un pauvre indien, pour d'aussi grandes choses : aussi il déclaro à Diego qu'il devra apporter une preuve sensible de la vérité de ses paroles, s'il voulait être reçu de nouveau à l'évêché. L'évêque à l'insu de Diego, envoya deux de ses serviteurs pour l'épier dans ses démarches. Mais comme Diego s’approchait de la colline, il devint invisible pour l:s deux espions. Diego seul vit la Vierge, et lui fit part du désir de l'évêque d'avoir un signe irrécusable en preuve de l'authencité de sa parole, la Vierge lui ordonna de revenir le lendemain.
Diego s'en vint chez lui, mais il y trouva son oncle Juan Bernardino tellement malade de la fièvre cocolixtli, qu'il dut rester à la maison pour en prendre soin. De bonne heure, le 12 décembre, l'oncle malade semblait être aux portes du tombeau. Aussi, Juan partit en toute hâte pour 7”. .\-lcoafin d’avoir un confesseur. Craignant d'êt:. -.cardé par
la dame, s'il la reucontrait à l'endroit ordinaire, et que son oncle mourut sans confession, Diego passa l'autre côté de la colline, Mais la Vierge était là, qui l’attendait ! Elle appela Diego, pour lui annoncer que son oncle était guéri, et que par conséquent il n'avait pas besoin de confesseur. Elle lui ordonna alors de cueillir des roses sur les rochers nus, au sommct de la colline, et à l'instant des fleurs s'épanouirent. La Vierge lui dit de porter ces roses à l'évêque, comme signe merveilleux, et de ne pas les
montrer à personne autre. Joyeux, Diego rer !” de fleurs sa ti/ma—une espèce de manteau fait : & la fibre de l’aloès, — et sans retard il se renditcl z l'évêque. Oh ! avec quel bonheur, l'Indien répandit Hill aux pieds du prélat les roses miraculeuses ; mais, Ô plus grand prodige encore ! sur sa tilma grossière était peinte l’image de la Vierge Marie, dans les plus belles couleurs. L'évêque plaça l'image dans son oratoire, la considérant comme un trésor inestimable. Juan Diego, accompagné du pontife, retourna à son logis, et il trouva son oncle parfaitement guéri, comme le lui avait ditla Vicrge. Et à l'endroit où Marie s'était tenue debout, jaillit une source d’eau fraiche et limpide qui cuule encore
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LE TOUR DU MEXIQUE 97 aujourd'hui: c'est là qu'est la chapelle du puits Or c'est dans la basilique de Notre-Dame-de-la- Guadeloupe, qu'est exposée, au-dessus du maîtreautel en marbre de Carrare, la sainte tilma de Juan Diego. Aussi que ce sanctuaire vénéré inspire de la piété aux visiteurs; ils sont comme pénétrés par un profond sentiment de surnaturel.
En entrant dans le temple, nous sommes presque éblouis par la splendeur du saint lieu ; mais dès que nos yeux ont rencontré l'image sacrée, nous ne voyons rien autre chose que la tilma, nous allons tout près de la toile miraculeuse, Je ne sais quelle émotion douce et vive s'empare de nos âmes à la vue dela sainte image, toute belle, toute fraîche, comme si elle venait de sortir des ateliers du ciel. Les autres peintures bien plus récentes, faites de main d'homme, sont déjà fanées par le temps.
Il y a quelques années, on chargea une commission d'artistes eb de savants pour faire l'examen du tableau, au point de vue de la critique. Ils employèrent les microscopes et les méthodes ordinaires pour l'inspection des peintures ; tous conclurent que d'après les règles de la science et de l'art, la tilma
n'avait pas été peinte. Le grand Cabrera, le Rubens 6:
mexicain reconnaiseait : Que c'est Marie elle-même
qui s'est représentée sous les traits de cette T' ndienne d'une céleste innocence.
|# Avec quelle dévotion, nous récitons notre chape-
let devant cet autel de la Guadeloupe ! Des cierges,
par centaines, brûlent sans cesse devant l'image
vénérée. Des Mexicains avec leur costume pittores-
que et des Mexicaines, les bras chargés d'enfants,
vont et viennent continuellement; on s'aperçoit qu'ils
il | se sentent chez eux dans ce sanctuaire. Il faut les voir
prier, pour comprendre la piété filiale, la dévotion
profonde qu’ils professent pour leur sainte patronne.
Approuvée par Rome à diverses reprises, la
légende de la Guadeloupe ne reçut cependant sa
consécration officielle que sous le pontificatde Benoit