CHAPITRE HUITIÈME
Mexico, — Le Mexicain au masque de fer, -- Le canal La Viga. — Chez Don Corona. —Santa Anita. — Les jardins flottants, — La Banco de Londres y Mexico. — L'alameda de Mexico. -- Un pèlerinage à la Guadeloupe. — Tout se ferme à 1 heure dans la capitale. — Les cimetières, — On se repose, — Climat, restaurant et costume,
OUR connaître son Mexico, un mois de séjour ne serait pas de trop : il y a tant de monuments historiques qui rappellent et les Aztèques et les Espagnols, tant d'institutions
diverses et surtout tant d'églises célèbres. Cependant après avoir visité la cathédrale et la basilique
de la Guadeloupe, nous n'éprouvons point le désir
de voir d'autres églises.
12 FÉVRIER. — Ce matin, nous avons encore dit nos messes à la cathédrale. J'ai célébré à la chapelle de Saint-Pierre, une des plus belles, parmi les
belles chapelles de l’église métropolitaine. C'est ici que repose le premier évêque et archevêque de Mexico, Juan de Zumarraga, à qui la Vierge de la Guadeloupe envoya les roses miraculeuses, parDiégo. C’est sous cette chapelle également, qu’a été inhumé Gregorio Lopez, le Mexienin au masque de fer, qu'on a supposé être le fils de Philippe IT, d'Espagne. Les murs de la sacristie de la cathédrale disparaissent sous d'immenses peintures ; généralement, au Mexique, les sacristies sont très ornées et sur-
tout très riches en tableaux.
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Dans l'avant-midi, tous les touristes ont fait une excursion sur le canal La Viga. Un voyage au Mexique ne serait pas complet sans cela Ce canal, bordé d'arbres séculaires, relie la ville aux différents lacs qui l'entourent, et aux nombreux villages bâtis près de ces lacs. Il est sillonné par mille embareations diverses, dont le type uniforme est le chaland à fond plat. C’est en grande partie par La Viga que la capitale est approvisionnée en légumes et en fourrage vert. Les marchandises de toutes les espè-
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LE TOUR : J MEXIQUE 111 ces sont sur ces bat aux primitif: : canne à sucre, luzerne, charbon, sabie hvis, terre, etc. Et la famille au grand complet, abritée sous une tente de toile, accompagne la cargaison : l'âne et le chien, ces deux êtres familiaux indispensables dans toute case mexicaine, sont aussi généralement de l'expédition. Pour nous, on a nolisé des gondoles;—pas des gondoles vénitiennes,—encore des bacs à fond plat, mais avec une toiture ornée de banderoles de papier multicolore qui volent au vent, Des petits bancs très bas nous servent de sièges. Notre gondolier Pousse son bateau au moyen d’une longue gaule, ce n'est pas très poétique, mais nous avançons quand même ; plus est, nous passons des concurrents, la course devient presque émouvante. Ah ! c'est que notre nautonier est un solide gaillard qui sait jouer de la perche en maestro.
L'eau est loin d'être limpide, nous y voyons partout des détritus, voire des chiens morts, partant l'air n'est pas embaumé. C'est énorme la quantité de bananes que l'on consomme à Mexico et dont nous voyons les pelures, sur la surface de l’eau ! De chaque côté de la rive, les Mexicaines lavent leur linge sur des pierres plates : on ne nettoie pas le linge sale
en famille, ici. Des enfants font leur toilette en public, sous les regards des laveuses.
Nous arrivons sous un pont en pierre, appelé la Garita : c'est ici, que l’on perçoit certains droits de péage sur les marchandises charroyées ; pour le franchir, il faut rabattre la couverture de notre gondole, et pour ne pas être écrasés, nous devons nous baisser, presque nous coucher au fond du bac. Malheur aux chapeaux trop prétentieux ou aux crânes qui ne se sont pas abaissés assez vite, car pour les uns, c'est une transformation en accordéon, pour les autres, c'est une bosse-souvenir du voyage !
Nous continuons notre trajet à travers le même dédale de difficultés, et lorsque nous débarquons, après avoir amarré notre gondole à un arbre de la berge, c'est pour visiter le musée particulier de Don Juan Corona. C’est le musée national en miniature : nous y voyons depuis des idoles prises dans la pyrainide du Soleil, jusqu’à des collections d'œufs ; depuis des javelots des Aztèques, jusqu'à des armes chinoises et japonaises. Nous avons sous les yeux le résultat d’une vie toute entière d'un collectionneur enragé.
Nous pénétrons ensuite dans le village de Santa- |
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Anita, qui se trouve à proximité, C’est un r'amassis
de cabanes en Paille, en jonc et en roseau, où le
cigare et la Pipe devraient être bannis à tout jamais, car une étincelle pourrait incendier la cité en cinq minutes. Et dans ces misérables huttes, grouille toute une race déguenillée, pouilleuse et vêtue plus qu'à la lépère, C'est le rendez-vous du bas peuple, qui vient ici, danser au son du violon et boire à 8090 la pulque.
Dans les limites du village, se trouvent les jardins flottants qui comprennent des centaines d’acres de terre, où l’on cultive des légumes et des fleurs, surtout des pavots, Ces jardins sont autant d'ilots conpés par des petits canaux : Pour en faire le tour il faut se servir de bacs. C'est Pour cette raison qu'on leur a donné le nom de jardins flottants ; et aussi sans doute pour rappeler les véritables jardins flottants de Montezuma, les chinampus, installés sur des radeaux.
Nous revenons à Mexico par le tramway, et après vingt minutes de marche, nous nous trouvons dans le cœur de la ville, toute belle et toute propre. Nulle part ailleurs, nous avons une ausci parfaite
synthèse du Mexique : le beau et le laid dans une promiscuité étonnante.
Dans l'après-midi, j'utilise ma lettre de crédit circulaire en touchant des fonds à la Banco de Londres y Mexico; c'est stupéfiant comme les pesos s'évanouissent vite, ici. Le payeur estun français très gentil qui se fait un plaisir de me donner toutes les informations demandées.
Nous repessons peut-être pour la dixième fois dans la Plaza Mayor, située au centre même de la ville, en face de la cathédrale et à côté du Palais national, le capitole du Mexique. C’est de la plaza que partent tous les tramways qui circulent dans la ville et dans les faubourgs. Et nous revenons à notre hôtel pour prendre un peu de repos.
Le soir nous allons chercher le frais sur l’alameda. Nous l'avons constaté toujours, dans les villes, même dans les siruples villages, le Mexicain a
deux endroits qui lui sont chers : l’église et la rlaza ;
et quand la plaza est très vaste, elle porte le nom d’alameda.
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C'est ici que le peuple, le riche comme le pauvre, est sur un pied d'égalité. Mais la Plaza par excellence, c'est l'alumeda de Mexico. C'est très grand et de toute beauté. Un bosquet d'arbres rares d’une quinzaine d’arpents d’étendue, avec des allées spacieuses d'une trentaine de pieds, pavées en pierres unies ou en ciment ; des statues dans tous les coins, des fontaines d’où jaillit une eau limpide ; au centre un kiosque très joli, pour les musiciens : voilà l'alameda. Puis dans toutes les allées, sur les immenses trottoirs, partout, parade le peuple mexicain. Ce soir, on a donné une séance de vues animées : des tableaux cocasses, entremélés d'annonces de cigares, de vins et de loteries se succèdent sans interruption ; et le peuple, sans bourse déliée, assiste à une représentation amusante qui lui sert de récréation. Ce que nous remarquons, c’est le silence de la populace assemblée là ; si ce n'étaient les sifflets des petits gamins, nous croirions assister à un office religieux. Puis les riches équipages, les automobiles rapides ne cessent de circuler autour de l'alameda.
13 FÉVRIER, — Enfin nos vœux sont exancés !
Nous avons célébré le saint sacrifice de la messe dans la vénérable basilique de Notre-Dame-de-la- Guadeloupe. Il y avait foule dès 7 heures. A l'autel de la tilma, un évêque officiait ; aussi bien vite,
nous avons compris qu'il nous serait impossible de
dire la messe, à une heure convenable, devant l'image miraculeuse. Je célèbre à l'autel de la Bonne- Sainte-Anne, un peu en arrière du maître-autel. L'église est remplie de pèlerins au costume bizarre. La famille inséparable est toute entière aux pieds de Marie. Le chef porte sur son dos le sac des provisions, pour le séjour qui l'on fera à la Guadeloupe, et la mère est entourée de sa nombreuse progéniture. Beaucoup de personnes, les pieds nus, sont agenouillées sur le pavement. Des centaines de cierges brûlent dans les mains des Mexicains en l'honneur de lx Vierge. C'est un bruit singulier dans cette basilique, parmi cette multitude de pèlerins. Les uns récitent à haute voix le chapelet, les autres chantent avec âme des cantiques, les enfants pleurent, et par-dessus tout cela, l'orgue résonne pour accompagner une grand'messe avec diacre et sous-
diacre. Mais .; l'on prie bien à Notre-Dame-de-la-
ucés !
nesse le-laautel vite, le de vant nneutel.
arre.
ieds proupe, réniagerges eur ette Les tres leujour Jus-
-la-
LE TOUR DU MEXIQUE 117 Guadeloupe ! Ici nous Comprenons parfaitement la signification du mot prière, ce n’est pas un froid marmottage de formules apprises de mémoire que nous entendons, mais c'est un élan spontané du Cœur, c'est un cri de contiance vers Marie.
Dans les églises du Mexique, il n’y a pas de bancs,
ou très peu ; les fidèles sont agenouillés par terre, et les femmes qui emmènent partout r. vec elles leurs
enfants, sont assises sur leurs talons ; pendant qu’el-
les prient dévotement, leurs petits s'amusent ou pleurent. Le prêtre qui doit passer au milieu de cette foule compacte, pour se rendre à l'autel, a un sérieux problème d'équilibre à résoudre : il est exposé, à chaque pas, d’écraser un bébé suspendu au sein maternel. Jamais nous oublierons le spectacle unique ct édifiant d'un pèlerinage mexicain. Après notre : :esse, nous jetons un dernier regard pieux sur l'image de la Guadeloupe, et nous allons visiter les différents endroits de l'apparition de Marie à Diego. C'est d'abord sur la montagne, où la Vierge donna les roses miraculeuses, puis ensuite au puits, à l'église paroissiale et enfin dans une petite chapelle. Au puits, où une jolie église a été Construite, nous goûtons à l’eau qui jaillit depuis
le miracle ; c'est une eau qui a un goût ferrugineux très prononcé, Nous sommes accompagnés, dans ces diverses stations, par un prêtre très aimable, avec qui nous devons parler latin, pour être compris.
Dans l'avant-midi, nous allons faire une promenade dans l'alam la ; nous nous arrétons devant ire grande cage où voltigent et chantent des oiseaux rares. Il y a là un couple de perroquets, qui par leur brillant plumage semblent humilier deux superbes paons.
À 2 heures, nous prenons le tramway pour aller à La Pietad, un faubourg de Mexico. Ce qui nous
attire là, c'est encore uno image miraculeuse, placée sur le maître-autel de l’église paroissiale. Mais,hélas ! l'église est fermée. C’est une curieuse coutume à Mexico de tout fermer, depuis 1 heure jusqu'à 2.30 heures de l'après-midi, Les plus gros magasins n'ouvrent leurs portes qu'à 2.30 heures, et les églises aussi, Le Mexicain n’est Pas un être pressé ; c'est un philosophe qui ne veut pas vivre plus que vingtquatre heures par ‘ 1r : il prend son temps en tout,
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il ne court jamais ; pour lui, les affaises passent après la sieste.
Cependant, malgré que nous n'ayons pu voir la fameuse image, notre promenade à La Pietad nous a vivement intéressés: car c'est là que dorment, dans la poussière du tombeau, une grande partie des habitants défunts de la capitale.
Ici, c'est encore le Mexique sous sa vraie couleur typique. La différence sociale, qui est énorme entre le riche et le Pauvre, est écrite jusque dans les cimetières. Il y a le cimetière du peuple et le cimetière des grands seigneurs.
Entrons dans le cimetière du riche. D'amples allées, belles et soigneusement ratissées, nous conduisent à une église moderne, que nous prenons pour la chapelle des morts. De chaque côté d: ces allées, sont alignées deux superbes rangées d'arbres artistement taillés, sous les arbres des vertes pelouses
émaillées de fleurs, Puis un peu en arrière, sont les mausolées des défunts qui sont de fastueuses chapelles en marbre, de toutes les couleurs et de toutes les architectures. A l'intérieur, à travers le grillage, nous voyons un bel autel en marbre aussi, avec chandeliers et crucifix dorés. Sur les parois laté-
rales, sont suspendues de splendides couronnes de fleurs. Des statues de carrare ou de bronze ornent l'extérieur de ces chapelles mortuaires ; quelquefois c'est le buste même du défunt. En dessous des mausolées sont les caveaux,où se trouventles voûtes. C’est beau, c'est grand, c'est trop luxueux ! Ce n’est pas un cimetière, c'est une petite cité de palais de marbre pour les trépassés, C'est moins lechamp lugubre de la mort, qu'une plaza avec sa verdure, ses fleurs et ses oiseaux, Le Mexicain aime a vivre ses meilleurs moments dans les plazas fleuries, c'est dans une plaza et la plus riante, qu'il veut dormir son sommeil, en attendant l'ange de la résurrection.
Nous lisons beaucoup de noms français sur les monuments funèbres ; au-dessus de la grande porte du cimetière est gravée en français l'inscription suivante : Heureux celui qui meurt dans le Seigneur.
Dans le cimetière du peuple, il n’y a rien de tout cela : pas de marbre, pas de chapelles, pas de statues, pas même d'allées. Mais on y voit peut-être quelque chose de mieux : une / rande et majestneuse forêt. C'est à l'ombre des arbres toujours verts que le Mexicain indien va se coucher dans sa tombe, Cha-
que arbre abrite un tombeau ; c'est même plus poé-
rt
(voir
L'Asaue pa pe
tique ici que dans le cimetière des riches familles Le pauvre Mexicain n'a pas besoin de monuments faits de mains d'homme, puisque le bon Dieu lui en a créé un si beau dans cet arbre séculaire,
Cependant, on a voulu se rappeler exactement l'endroit où est le défunt, afin de dire: Hic jacet, et pour cel, quelques briques superposées, une petite croix toute modeste, un amoncellement de pierres et c'est suffisant pour l'Aztèque.
Le chemin que nous avons Parcouru pour aller à La Pietad, traverse une des parties les plus intéressantes de la ville, Il y a de jolies constructions modernes, tout le long de la route. Nous passons devant le collège de la colonie allemande établie à Mexico, et l’une des plus prospères.
14 FÉVRIER. — Il n'y à rien comme de vivre dans un pays, pour en prendre, presque aussitôt et à son insu, les mœurs et les habitudes, Nous aussi, nous nous reposons aujourd’hui,
On assure, qu’à 6,000 pieds au-dessus du niveau
de la mer, le cœur et les Poumons, pour remplir
leurs fonctions, doivent travailler vingt pour cent de plus, que sur les côtes avoir'nant l'océan. Or, comme la ville de Mexico a une altitude de 7,345 pieds, il n’est donc pas étounant, si nous nous sentons disposés à donner un repos réparateur à nos organes vitaux, qui ont dépensé depuis une quinzaine, une énergie inaccoutumée.
Comme c'est imprudent de porter un jugement précipité sur les hommes et sur les choses : presque
toujours, c’est s'exposer à être injuste et à se trom-
per grossièrement ! Nous qui trépignions d'impatience à la porte d’un magasin fermé à une heure de l'après-midi, et qui éprouvious un horrible dégoût à la vue de ces gros et gras Mexicains, assis, une partie de la journée, soit sur les trottoirs ou soit sur les rails, près de notre train ; nous avons depuis réformé notre opinion à leur endroit. Nous en sommes venus à la conclusion que le Mexicain est un sage qui tient en mépris le surmenage fiévreux de son voisin du Nord ; ou plutôt c’est un hygiéniste qui prend un soin jaloux de son cœur et de ses poumons.
LE TOUR DU MEXIQUE 123 J'avais toujours cru qu'on ne pouvait visiter le Mexique, d’une manière agréable, que pendant la saison de l'hiver ; pensant avec beaucoup d'autres que durant l'été, le pays était comme un four, où l'on rôtissait tout vivant. Rien de plus erroné que ces idées courantes, dans nos pays septentrionaux. Nulle contrée dans l'univers entier a un climat aussi égal et aussi délicieux que le Mexique. L'hiver et l'été sont à peu près semblables quant à la température ; la seule différence qui existe entre les deux saisons, c’est que durant l'été, il tombe une forte
ondée, presque chaque après-midi ; et que durant
l'hiver, il ne pleut que très rarement. La saison des pluies commence généralement en mai pour finir en octobre. Les deux mois les plus chauds sont avril et mai.
Cela semble être paradoxal, que le Mexique, situé en plein tropique, à 15 degrés seulement de l’équateur, —j'entends ses bornes au sud,—ait un si beau climat : mais il faut remarquer que la température, ici, est moins influencée par la latitude, que par l'altitude.
Sur les plateaux dont l'altitude dépasse 6,000 pieds, — et toutes les grandes villes ont cette altitu-
de—on y jouit d’une température idéale, en toute sai-
son : c’est comme le beau mois de juin en Canada. Il fait moins chaud à Mexico, durant les mois de juillet et d'août, qu'à Montréal ou à Québec.
Sur les pentes des montagnes, ou sur les terrasses moins élevées des plateaux, le soleil a plus d’empire. Les Mexicains appellent ces endroits la tierra caliente, la terre chaude, les vrais tropiques ; ici c'est notre juillet très chaud, qui se fait sentir et l'hiver et l'été. En janvier, il est prudent d’avoir son parasol ouvert et son mouchoir à la main.
Sur les côtes qui avoisinent la mer, la température est torride ; on ne peut y faire de long séjour, surtout en été, sans s'exposer à contracter les fièvres particulières des pays tropicaux. Ici on passe en transpirant !
Mais partout, même sur la terre chaude, les nuits sont relativement fraîches ; et sur les plateaux on a besoin de couvertures de laine pour dormir, même pendant l'été.
Le restaurant Doré où nous prenons nos repas,
est un des plus élégants de Mexico. La salle à dîner
qui nous est strictement réservée, est spacieuse et décorée avec goût ; des faisceaux de drapeaux américains et mexicains marient leurscouleurs, au-dessus du portrait de Portirio Diaz. Le service des tables se fait promptement par des garçons poiis et empressés ; le seul inconvénient qui existe, c'est que la plupart ne comprennent que l'espagnol. Aussi une dame américaine, assise à une table voisine de la mienne, a eu beaucoup de difficulté, un jour, pour se faire apporter une tasse de lait chaud ; ce que c'est que d’être ignorant, c'était facile pourtant, elle n'avait qu'à demander du leche caliente.
Le menu du repas est celui que l’on trouve dans tout bon hôtel américain, de plus, des fruits délicieux tout particuliers au Pays, et un café noir très fort et d’un arome exquis.
J'ai déjà donné ailleurs la descriptionde l’accoutrement simple et pittoresque de l'Indien, mais je n'ai Pas encore parlé, je crois, du costume national du métis et du créole, tel qu'on le rencontre chaque jour.
Avec le chapeau à larges bords et à forme très élevée, le Mexicain de la classe moyenne porte un pantalon collant, généralement de velours gris ou bleu, s'élargissant sur le soulier et garni d’une double ligne de boutons de métal plus ou moins riches. Les dudes,—il y en a partout, —remplacent les boutons par des pièces de monnaie d'argent ou d'or. Sur une chemisette d’une blancheur impeccable, il endosse un veston court et léger brodé d’arabesques. Dans sa ceinture de soie est suspendu en évidence, le long et brillant revolver.
Inutile de dire que la classe riche et les aris-
tocrates des villes, suivent les modes de Paris et de
New York, tout comme chez nous, peut-être même
d’une menière plus servile.
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