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CHAPITRE NEUVIÈME

Le tour des volcans, — AMECAMECA. — Le Popocatepetl.—

Le Sacro-Monte, — La terre chaude, — CuaurLa, — Plantations de cannes à sucre. — PUENTE DE IxTLA.— Nos locomotives font un mauvais coup. — IGUALA, — Grandiose nature, — Le plan d’Iguala. — San- VicExTE.— Visite d’une sucrerie.— CUERNAVACA, — La fontaine de La Borda. -- Les églises, — Le Palais

de Cortez. — Une ville fleurie. — Une montée raide.

OUS partons ce matin, le 15 février, à 8 heures, de la gare San-Lazaro, par l’Znterocéanique, pour notre premier tour sur la terre chaude, dans les vrais tropiques. On l'appelle le tour des volcans, parceque

toute la journée, nous sommes en vue du Popocatepetl et du Ixtaccihuatl.

Notre train, comme un serpent, va de droite à

gauche, faisant sans cesse des zigzags capricieux ou

savants, car il lui faut gravir mille pieds pour ensuite en descendre quatre mille.

En quittant Mexico, nous longeons les lacs Texcoco, Xochimilco et Chalco qui avoisinent la cité. Ces trois lacs sont couverts de canards sauvages que notre locomotive bruyante ne parvient même pas à effaroucher. Quel royal coup de fusil feraient nos Nemrods canadiens sur ces lagunes !

Le premier arrêt est à Los Reyes ; des femmes veulent nous vendre des galettes, du poisson et des œufs mais comme nous avons pris un bon déjeuner à Mexico, elles n’obtiennent qu'un maigre succès. Nous entrons alors dans un pays boisé, les montagnes qui nous entourent, sont tapissées jusqu'à leurs cimes, par des forêts de pins. Pour la première fois, depuis notre arrivée au Mexique, nous voyons des maisons avec comble couvert en bardeaux. Cela ressemble presque aux campagnes canadiennes.

Nous arrivons à Amecameca à 10 heures. La

petite ville de 12,000 âmes repose au pied des deux

volcans. C'est ici que les deux géants de la création

nous apparaissent dans toute leur sublimité, avec leurs sommets recouverts d'une neige éternelle. Qu'ils sont beaux avec leurs têtes si blanches, dans le ciel si bleu ! Il faudrait trois jours pour escalader le Popocatepetl, haut de 17,782 pieds. C'est le volcan le plus élevé du Mexique, quelques-uns disent que c'est l'Orizaba. Dans son cratère éteint on y retire encore d'énormes blocs de soufre pur, Les soldats de Cortez, durant la conquête, s'y laissaient descendre avec des cordes et en rapportaient la provision de soufre nécessaire pour leurs canons.

À Amecameca, il y a un lieu célèbre : c'est le Sacro-Monte. Au sommet d'une colline est une vieille église qui possède une statue de Notre-Sei- &neur dans le tombeau,

Cette statue, quoiqu’elle soit de grandeur naturelle, ne pèse que deux ou trois livres. Nous ne pouvons voir que la figure, qui nous semble dans l'obscurité du sanctuaire, être noire ; le corps est recou-

vert d'un linceul en soie pourpre. Autour de l'église,

Y a de nombreuses pierres tombales, car c'est un lieu de sépulture. Pour arriver à ce mont sacré, il aous faut gravir une longue côte, joliment à pic, où

sont installées les quatorze stations du Chemin de la

Croix. Les Mexicains ont suspendu dans les arbres et les broussailles, de chaque côté de l'allée, qui un morceau de linge, qui un chapeau, qui une mèche de cheveux. C’est pour l: bonne chance (b 1ena fortuna) qu'on fait cela, parait-il.

Sur le sommet de cette colline, nous avons une vue splendide de la ville et des volcans.

Amecameca est très commune comme ville ; ses rues sont peu propres, et ses maisons basses à un seul étage, sont construites en briques séchées au soleil (adobes). La vieille église paroissiale, fondée

par les Dominicains en 1547, n'est pas extraordi-

aairs comme monument, Il n’y a que la plaza, en face de l'église, qui soit jolie.

A partir de Amecameca, nous descendons sans cesse, la locomotive n'a besoin de vapeur que pour appliquer les freins. A Nepantla, nous apercevons dans le lointain tout le pays de la canne à sucre. Nous descendons encore, nous descendons toujours. Mais avec quelle précaution, le train fait les coudes et les retours ; l’église de San-Miguel-de-Atlatlahutla

arbres qui un mèche biena

s sans e pour cevons , Nous . Mais aides et ahutla

persiste à être devant nos Yeux pendant plus de deux heures.

Nous sommes maintenant sur la terre chaude, lu tierra caliente, comme la nomment les gens du Pays, aussi la température est très chaude, C'est la région de la canne à sucre ; nous en voyons partout et de toute grandeur. Le sol parfaitement arrosé, est ici d’une fertilité extraordinaire.

Nous arrivons à Cuautla à 2 heures ; et on nous donne quarante-cinq minutes, Pour visiter cette petite ville de 7,000 âmes.

Il n'y à que le palais en face de la Plaza qui soit digne d'être mentior né. L'antique église paroissiale de Santiago, fondée en 1605, en même temps que la ville, est modeste dans ses décorations. Une chose Peu commune cependant existe à Cuautla, c'est que la station du chemin de fer est l’ancienne église de San-Diego, qui date du XVIe siècle, C'est par con-

séquent la plus vieille gare de l’univers, puisqu'elle

existe bien avant le premier chemin de fer.

La plupart des touristes, vu la grande chaleur,

132 LE TOUR DU MEXIQUE sont restés dans un hôtel, dont les jardins sont couverts de superbes bananiers.

Cuautla est une ville historique. Durant la guerre de l'Indépendance, le général Morelos, un autre curé patriote, la défendit d’une manière héroïque contre l'armée des royalistes (1812). Pendant le siège, qui dura trois mois, la nourriture devint si rare, qu'un chat se vendait six piastres, et un rat ou un lézard, une ou deux piastres. C’est en honneur de son défenseur que la ville s'appelle maintenant : Cuautla Morelos.

On quitte Cuautla à 2.45 heures.

Maintenant la végétation tropicale se montre active et vigoureuse, riche et variée. Il y a des plantations de bananiers partout le long du chemin de fer. Les villages sont à l'ombre des longues et larges feuilles de cette plante du tropique. Nous voyons, ici et là, d’opulentes haciendas et de hautes che-

minées de sucreries.

Nous arrivons à Puente de Ixtla à 5 heures, où nous trouvons nos wagons-pullman que nous avions

quittés, dès notre arrivée à Mexico. Nous changeons

res, Où avions

ngeons

ici de ligne de chemin de fer, C'est maintenant sur

le Mexicain Central que nous allons voyager.

Deux grosses locomotives sont attelées sur notre train ; et elles doivent dépenser beaucoup de vapeur pour monter les rampes très raides. A les entendre haleter, gémir, pleurer quasiment on se prend presque de pitié pour elles ; mais n'est-ce pas une noble mission, que de monter et de s'élever toujours ? À force de cracher des tisons enflammés dans la broussaille, elles finissent par allumer un incendie dans la forêt ; et comme des enfants qui viennent de faire un mauvais coup, elles s’enfuient à pleine vapeur dans l'obscurité de la nuit.

16 FÉVRIER. — Ce matin, nous prenons le Chililitli, notre wagon découvert, pour aller visiter les fameuses gorges de montagnes, près de la ville de Iguala. C'est un court voyage, une quinzaine de milles peut-être, mais combien beau, combien émotionnant ! Notre train suit, sans jamais s'en éloigner, le parcours d’une petite rivière, qui coule

entre deux hautes montagnes. Les murailles pres-

que perpendiculaires de rochers gigantesques de mille pieds d’élévation, semblent être à cinquante pieds de nous. Nous admirons ici le génie de l’homme qui a taillé dans le roc vif la place où mettre des rails. Parfois nous entrons par un tunnel dans la montagne, d'autres fois nous passons sur des ponts en acier de plusieurs centaines de pieds de hauteur. C’est la nature sublime et sauvage domptée par l'ingénieur. C’est l'œuvre de Dieu et c'est l'œuvre de l’homme :

À quelques milles de cette grandiose et pittoresque nature, se trouv. la petite ville de Iguala, qui a sa page dans l’histoire du pays.

C'est à Iguala en effet, que Iturbide, en 1821, élabora le programme de la future constitution du Mexique, connue sous le nom de plan d’Iguala et qui rallia à lui tous les partis. Dans ce célèbre plan de Iguala, devenu historique, il y avait trois clauses

essentielles, appelées les trois garanties.

La première statuait que la religion catholique

romaine, à l’exclusion de toute autre, serait reconnue et protégée dans toute l'étendue du pays. La seconde décrétait l'indépendance et faisait du

Mexique une monarchie constitutionnelle, dont le

roi serait un prince espagnol : Ferdinand VII était appelé à porter la couronne ; à son défaut, on devait l'offrir aux infants Don Carlos et Don François de Paule.

La troisième enfin établissait l'union et l'égalité par” "ite entre les Mexicains et les Espagnols. Toutes les distinctions de races et de castes devaient être abolies.

Ces trois garanties étaient symbolisées par les couleurs nationales : le vert représentait l’union des Mexicains et des Espagnols ; le blanc, la pureté religieuse ; le rouge, l'indépendance.

La petite ville de Iguala est donc la patrie d'origine du drapeau mexicain,

A 9 heures, nous partons pour Cuernavaca,

En chemin, nous arrêtons à San-Vicente, afin de

voir fonctionner une sucrerie, l’une des plus considérables de cette fertile région. C’est une leçon de

choses très instructive et qui nous intéresse beau- Coup. La canne à sucre, débarrassée de ses feuilles, est d'abord jetée dans des cylindres de fonte, où

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elle est broyée, pressée et triturée : tout son suc est extrait. Nous assistons ensuite à toutes les transformations de ce jus sucré. Dans d'immenses chaudières ou défécateurs on le fait bouillir ; une fois devenu sirop, on le clarifie au moyen d’une machine centrifuge. Plus loin on le fait cuire, puis enfin converti en sucre, on le fait sécher au soleil. Dans le dernier département, sur la terrasse de l'usine, nous le contemplons sous la forme d'un gros pain de sucre blanc et délicieux,enveloppé, étiqueté, tout près pour l'expédition. Nous avons vu aussi la melasse couler en noir ruisseau, mais n'en parlons pas ! Continuons plutôt à la manger, chaque année, à la fête

de Sainte-Catherine, sous la forme d'une belle tire blonde.

Nous arrivons à Cuernavaca, à 2 heures de l'aprèsmidi. Cette ville est la capitale de l'Etat de Morelos, et elle à uge population de 9,584 âmes.

Avant la venue des Espagnols, Cuernavaca était déjà une ville importante, et la capitale d’une tribu indépendante des Aztèques. Cortez s’en empara en 1521, après de rudes combats.

Les tramways spéciaux sont à la gare qui nous attendent. Après avoir traversé le superbe pont Porfirio Diaz, nous nous dirigeons vers la merveille de Cuernavaca, qui est son jardin de la Borda. Ce Jardin, dû à la libéralité de son propriétaire, Don José de la Borda, est de toute beauté et de toute magnificence, Il a coûté au-delà d’un million, assuret-on. C'est une série de Parterres pleins de fleurs du tropique et d'arbres superbes couverts de fruits : c'est une succession de fontaines d’eau limpide où se jouent des Poissons dorés ; de petits lacs artifi-

ciels, où se prélassent des Cygnes blancs comme neige et de charmantes cascades chantantes. Les terrasses et les dalles sont en belles pierres sculptées.

Nous allons voir ensuite les églises, Chose remarquable ! elles sont toutes Sroupées ensemble, autour d’une même avenue. La cathédrale reçoit d’abord notre visite. C’est une vaste église, très ancienne, fondée par les Franciscains en 1529, mais qui ne possède pas de grandes richesses artistiques, Le séminaire diocésain est attenant À la cathédrale. C'est en 1894, que Cuernavaca a été érigé en évéché par Léon XIII.

En er,

Les autres églises sont celles de l’Assomption, de San-Pedro et du Tiers-Ordre.

De là nous dirigeons nos pas vers l'antique palais, bâti par Cortez et qui porte encore son nom. C'est une imposante construction remplie de souvenirs historiques, et que nous visitons avec beaucoup d’intérêt : aujourd’hui, il sert de palais de justice.

Cortez aimait Cuernavaca ; c'est ici, dans son palais qu'il a passé les plus heureuses années de sa vie. Cortez qui avait conquis un vaste empire à l'Espagne, n'ambitionnait plus que de vivre et de mourir en paix dans cette ville favorite; qu'il préférait à sa patrie d'origine.

Maximilien avait aussi des prédilections pour

Cuernavaca ; durant l'empire, il en avait fait sa

capitale d'été ; on y voit encore sa jolie maison qu'il avait appelée l'Olindo et dans laquelle, il faisait

d'assez long séjour, ainsi que l’impératrice Charlotte.

La température est splendide, et l'atmosphère d'une pureté parfaite à Cuernavaca. Les ruisseaux des montagnes environnantes, détournés de leurs cours, par mille canaux viennent donner la vie et la fraîcheur à cette ville pleine de charmes. Aussi il y a de la verdure partout et des fleurs à profu-

sion. C'est un parterre où tout fleurit, depuis le brin d'herbe jusqu'à l'arbre élancé. L'arc-en-ciel n'a pas trop de couleurs pour peindre les fleurs de Cuernavaca,

Un touriste américuin, après une courte visite ici, écrivait tout dernièrement Pour sa revue, les lignes suivantes : Zf J ever wanted a place to go and rest far away from the bustle of american activities, it would be Cuernavaca. « Si jamais, j'ai besoin de me reposer de l’activité tumultueuse de la vie américaine, c'est à Cuernavaca que j'irai ”,

Nous aussi, c'est À Cuernavaca que nous allons prendre notre repos, du moins pour cette nuit.

17 FÉVRIER. — Ce matin, nous partons de Cuer- DaVaca, un peu avant notre lever, pour la ville de Mexico. Hier, sur le balcon du Palais de Cortez, nous avons admiré la série de montagnes abruptes et si bleues qui s'échelonnaient à perte de vue devant nous, et le volcan Ajusco qui les dominait toutes de sa tête altière. Ce matin nous sommes à

gravir le flanc de ces mêmes montagnes. Quel pano-

rama sublime se déroule devant nos yeux émerveillés ! En haut, encore des montagnes à escalader ; en bas la vaste plaine, presque tout l'Etat de Morelos, et au milieu, Cuernavaca qui s’opiniâtre à rester en face de nous, près de deux heures. Enfin, avec les brouillards du matin, ce grandiose paysage disparaît petit à petitet Cuernavaca s'évanouit à son tour, comme dans un rêve.

Trois énormes locomotives sont attelées sur notre train, et ce n’est pas trop. A les entendre exhaler leurs efforts et leur fatigue, nous sentons qu'elles n’en peuvent plus ! Les roues grincent sur les rails et les wagons craquent dans la montée, comme s'ils étaient pris d’un frisson de terreur.

Nous sommes enfin sur la crête des montagnes, à 10,000 pieds au-dessus du niveau de la mer ; la végétation est celle de la zone tempérée ; les flancs

des monts sont recouverts d'arbres verts ; pour la

première fois, nous constatons sur ces hauteurs les traces d’une légère gelée blanche.

A Tre:-Marias, nous sommes à la plus haute ait.tude ; deux locomotives nous faussent compagnie ici, car nous commençons à descendre l'autre penchant de la montagne. Nous descendons, nous des-

LE TOUR DU MEXIQUE 141 cendons toujours ÿ Point de vapeur dans notre Course vertigineuse, si ce n'est pour ajuster les freins à notre train, devenu comme un poulain indompté.

Près de Eslava, nous Passons eur un terrain Poreux, formé de lave et de pierres volcaniques qui ont été projetées, dans les siècles d'un autre âge, par l’Ajusco.

Deux heures avant d'arriver à la capitale, nous contemplons dans le lointain, les tours et les coupo-

les de ses édifices qui scintillent sous les rayons du soleil tropical,

Un arrêt de trois heures à Mexico, permet à nos touristes d'aller faire des emplettes dans les grands magasins,

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