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CHAPITRE QUATORZIÈME

OnIZABA. — Un beau fait d'armes, — Messe paroissiale, — Dévotion pour la sainte Eucharistie, —— Un orchestre dans les étaux de bouchers, —- Pourquoi il y a tant de croix dans les champs. -- MaLTRATA. —— Un volcan chargé d’hivers, — EsPrRanza, — La sp'endeur de Ja nuit au tropique. — Une journée à Mexico. — Chapultepec, — Un perroquet tombé des nues devient la coqueluche des touristes,

RIZABA nous paraît charmante, bordée comme elle est, de montagnes bleu-foncé sur l’azur plus clair, d’un ciel pur. De nombreuses

petites rivières, que nous nommerions plu-

tôt des ruisseaux, forment un peu partout, des cascades d'argent dans le voisinage de la ville : ce sont

ses cours d'eau qui lui ont donné son nom. Orizaba dans la langue indienne signifie : “ la joie dans les eaux ”.

Bâtie sur la première terrasse au-dessus de la terre chaude, Orizaba possède un climat exceptionnellement salubre : c'est la ville favorite des gens de Vera-Cruz et des côtes, pour y passer l'été. Autrefois il y avait un hôpital pour rece ; oir les personnes atteintes de la fièvre jaune, on la considérait alors, comme une ville do refuge contre le vomito.

En face de la gare du chemin de fer, s'élève une haute colline appelée le Cerro-del-Borrego qui domine la ville ; on suit des yeux les sentiers torvaeux qui conduisent au sommet. C'est là que s'est accompli un glorieux fait d'armes qui a illustré la France, dans le siècle dernier. Après leur échec du 5 mai 1862, x Puebla, les Français se réfugièrent à Orizaba. Zaragoza leur vainqueur, dans tout l'enthousiasme de sa victoire inespérée, vint oceuper le 12 juillet le Cerro-del-Borrego, et espérait écraser facilement la poignée d'hommes que le général Lorencez avait abritée dans la ville. Le 13, Zaragoza disposait son plan de bataille et donnait des ordres pour l'attaque. Les opérations paraissaient bien combinées et les batteries placées au Cerro-del-Borrego, à une portée de pistolet des avants postes

français, devaient rendre la défense impossible.

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Mais dans la nuit, un petit corps français, commandé par le capitaine Détrie, sortit des lignes, et, protégé Par une obscurité profonde, surmontait sans bruit des obstacles naturels, réputés inaccessibles, il abordait à la baïonnette les ennemis endormis et enlevait la position sans tirer un coup de fusil. L française était sauvée.

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25 FÉVRIER.— Comme c'est aujourd'hui dimanche,

de bonne heure ce matin, mon frère et moi,cherchions une église pour entendre la sainte messe : nous entrons dans la Première, qui se trouve sur notre pas- Sage : et nous nous mélons sans cérémonie avec la foule des fidèles. Mais le curé à remarqué ces deux

étrangers portant le collet iomain, aussitôt il dépêche vers nous un enfant de

chœur, pour nous demander si nous sommes des padres (prêtres), et sur notre réponse aflirmative, il vient lui-même nous chercher Pour que nous disions la messe. Je deviens l’homme providentiel du curé qui a besoin d'une messe à 8 heures, pour sa Paroisse. Heureusement comme je

suis à jeun, je puis rendre service à ce bon prêtre,

tout en ayant le bonheur de célébrer le saint sacrifice de la messe, devant plusieurs centaines de pieux Mexicains.

Nous entrons dans deux autres églises. Dans : l’une, on chante la grand'messe paroissiale avec diacre et sous-diacre, après l'Evangile, il y a sermon, c’est la première fois que nous entendons précher en espagnol. Dans l'autre, le prêtre fait chanter des cantiques aux enfants, convoqués pour le catéchisme ; nous écoutons avec plaisir ces chants si suaves dans une langue si douce.

La plupart des familles mexicaines ont gardé intacte l’ardente piété espagnole. Il est consolant de voir combien les racines de la foi sont profondes dans ces familles, quelle dévotion filiale et naïve on professe pour la Sainte Vierge, quelle piété tendre on a pour la Très Sainte-Eucharistie.

On constate avec évidence que le culte de Jésus- Hostie est profondément implanté dans l'âme et dans les mœurs du peuple mexicain. Les saluts du Saint-Sacrement sont très fréquents, et il y a exposition à toute grand'messe un peu solennelle.

Nous nous promenons sur deux plazas remplies

de rosiers couverts de belles roses. Nous parcourons

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plusieurs rues, très fréquentées par notre peuple au costume pittoresque ; nous ne rencontrons pas ici les baillons sordides que nous avons remarqués dans d’autres villes ; Cependant à la messe, nous voyons beaucoup de gens nu-pieds.

Nous ne pouvons nous faire à cette déplorable habitude, générale au Mexique, de convertir le dimanche en un jour de marché. C'est le dimanche, que la ménagère achète sa provision de légumes et de fruits pour la semaine. C'est le dimanche également, que le boucher, arrière sa table chargée de viandes, vend au son plus ou moins mélodieux d'un orchestre, à sa clientèle affairée qu'aujourd'hui, agneau, bœuf et porc. C’est une drôle de mode en usage ici, d'établir une compagnie de musiciens dans un étal de boucher. Tout maître-boucher qui respecte sa corporation, ne débite un gigot qu'au son du violon et ne partage une côtelette que sur des airs de fandango.

Nous passons devant une boutique de tailleurs très achalandée : on y coud des habits comme sur semaine, Pourtant s'il y a un sol catholique, c'est bien celui du Mexique, partou nous voyons des églises, partout nous saluons des croix. Durant

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notre voyage, nous avons rencontré une multitude de croix plauntées en terre, de distance en distance, dans les campagnes mexicaines. Il paraîtrait que ces croix désignent la place où le corps d’un défunt s'est arrêté, tandis qu'on le transportait de sa demeure au lieu de la sépulture. Au Mexique comme en Espagne le corps ne va jamais à l'église. #4

Nous partons d'Orizaba à 2 heures de l’aprèsmidi pour Mexico. J'oubliais de dire que Orizaba a une population de 34,000 âmes.

Lorsque nous avons traversé la ville de Nogales, où se trouvent les plus importantes manufactures de coton du Mexique, après celles de Queretaro ; des hautes montagnes de 4,000 pieds nous entourent tout à coup et semblent nous crier : Il est défendu de passer ici. Halte là! En sentinelles vigilantes, elles ont bloqué toute issue avec des rochers effrayants. Pourtant il nous faut les traverser. Il n’y a qu'un moyen, c'est de les gravir en les contournant par un chemin raide. Alors notre train est encore partagé en trois tronçons : trois puissantes

ltitude stance, ait que défunt de sa exique église.

locomotives des montagnes s'attèlent à ces tronçons et les voilà à grimper en se Cramponnant à la paroi du rocher, Nous décrivons des Courbes telles, que parfois nous Voyons passer l'extrémité du train devant nos fenêtres.

Nous arrétons à Maltrata, quelques minutes seu. lement, afin de Permettre aux deux premiers trains de ; rendre de l'avance. Les Mexicains nous apportent ici de merveilleuses orchidées qui poussent en parasites dans les arbres, il faudrait Payer en dollars Partout ailleurs, ce des centins à Maltra:

déroule devant nous !

Maltrata, où nous avons acheté des orchidées,

tout, à l'heure, est encore sous notre regard mais à 2,500 pieds au-dessous de nous: on dirait d'une ville lilliputienne, son église, ses maisons nous paraisent comme des jouets d'enfants ; les terrains de culture, comme autant de carreaux d'un damier. De ces hauteurs, on se demande, ce qui 8e meut là-bas,

est-ce un oiseau ou un bœuf ?

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Sur la cime de'la montagne, un vaste et beau plateau, s'étend à perte de vue. Le vieux volcan Orizaba, chargé d'hivers éternels est devant nous dans toute son austère majesté. Les nuages qui l'entourent avec respect, n'osent pas gravir sa tête blanche. Les nuages, mais jamais nous ne les avons vus de si près, il ne faut pas oublier non plus que nous sommes à 8,043 pieds au-dessus de la mer. Une petite église bâtie sur une colline, disparaît parfois, enveloppée dans les nuages. Nous sommes nous-mêmes, poursuivis par Ces coursiers aériens. Ils doivent être de la descendance de l’Aquilon, car ils ont répandu leur froidure sur la montagne. En

bas, à Orizaba, nous avions une température d'été, en

haut, c'est maintenant une température d'automne. Le Mexique est vraiment un pays de variété et surtout de contraste,

À Esperanza, village situé sur le plateau, nous faisons un long arrêt. Nous nous amusons à lancer des centavos aux gamins et aux gamines qui prennent grand plaisir à ce jeu. On peut dire avec vérité et sans se servir de métaphores, que les touristes au Mexique, jettent leur argent par les fenêtres.

Toute la nuit, nous avons roulé à pleine vapeur à travers les hauts plateaux qui entourent la vallée de Mexico. Que les nuits sont belles et majestueuses dans ces régions tropicales ! Les myriades d'étoiles qui illuminent le dôme azuré des cieux, brillent d'un éclat inconnu aux contrées du Nord. Pas un nuage ne vient troubler les limpides profondeurs du firmament. C’est bien au Mexique, que les cieux racontent le plus éloquemment les gloires de Dieu, et que l’armée des étoiles chantent le mieux sa toute-puissance et son infinie sagesse,

26 FÉVRIER. — Le dirai-je à ma grande confusion,

Aou avons séjourné une semaine entière à Mexico,

et nous n'avons pas daigné visiter le château de Chapultepec, le plus bel ornement de la ville impériale. Nous avions remis pour aujourd'hui cette visite essentielle, mais alors nous n'avions pascompté sur la fatigue et sur... la paresse. Que vouliez-vous que notre curiosité fit contre ses deux plus redoutables ennemies ? Qu'elle mourût ! direz-vous avec le père des Horaces. C'est ce qui est arrivé. Depuis douze jours, que nous sommes lancés à toute vitesse par monts et par Vaux, sans avoir eu un petit moment de répit, aussi ce jour passé à la capitale, nous le saluons comme un jour de congé, pour nous livrer à un dolce fur niente. Mais je crains bien que ce repos, ne soit plus tard l'occasion d’un remords, et que ce que nous appelons aujourd’hui lassitude, soit taxé au retour, de fainéantise pure et simple. A ma honte mais au plus grand avantage du lecteur, je vais transcrire une jolie page que j'ai

sous les yeux :

“ Chapultepec, “ la colline de la Cigale ”, est un « rocherde porphyre où l'empereur Montezuma avait « établi son château d'été. C'est là que le puissant

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