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et Huchi l'aïeul. Ils se le représentent sous une forme humaine emplissant l'espace, mais cachée à leurs yeux, et disent qu'après avoir créé ce globe il s'est envolé vers les régions sidérales d'où il continue à veiller sur son œuvre. Ils ne lui rendent du reste aucun hommage et ne se le rappellent qu'à l'heure des tremblemeuts de
terre, assez fréquents dans ]a. pampa dcl Sacramento^. Les commotions du sol, au dire des Conibos, sont occasionnées par le déplacement du grand Esprit, qui abandonne un moment sa demeure céleste, afin de s'assurer par lui-même que l'œuvre de ses mains existe encore. Alors les Conibos de sortir en foule de leurs demeures, avec des gambades et des gestes extravagants, et chacun de s'écrier, comme s'il répondait h l'appel d'une personne invisible : ipima ipima , cvira iqui , papa, cvira iqui! Un moment, un moment, me voici père, me voici !
A rencontre de cet esprit du bien à qui nous ne connaissons d'autre nom que celui de père ou d'aïeul, l'esprit du mal, appelé Yuriina, habite le centre du globe ; les maux qui assaillent la nation lui sont attribués, et les Conibos le redoutent si fort, qu'ils évitent autant qu'ils peuvent, de prononcer son nom.
Les esprits forts, il s'en trouve partout, se sont attribué, au nom du diable, im pouvoir qui n'a de bases réelles que la laiblesse d'intelligence et la crédulité d'aulrui. Ces grands hommes, à la fois sorciers, jongleurs et médecins, ont dans leur gibecière, nombre de tours dont ils régalent leur public ingénu, lis guérissent les piqûres des serpents, des raies et des insectes, dé- ])itent des amulettes d'heur et de malheur et jusqu'à des philtres amatoires composas avec la chair et les yeux du célacé cuchiisca {Delphinus Amasoniensis ) . Grâce au mystère dont s'entourent ces Yubués ou docteurs en magie, à leurs rares paroles et aux conférences secrètes qu'ils feignent d'avoir avec Yurima leur patron, au moyen d'une léthargie due à quelque narcotique , leur prestige et leur crédit sont solidement établis dans l'opinion publique. On les consulte il tout propos et à propos de tout. Il va sans dire, que chaque consiillation est toujours accompagnée d'un petit présent.
Mais comme il n'est pas de montagne sans vallée et de fortune sans revers, il arrive quelquefois à nos Yubués de payer cher la terreur et l'admiration qu'ils ont imposées h la foule ; le bâton de leurs admirateurs venge cruellement le malade que ces charlatans ont tué, après s'être vantés publi<;ucment de le guérir.
A l'instar des héros Scandinaves, les Conibos après leur mort habitent un ciel belliqueux dont les joutes et les tournois sont les passe-temps. Les vierges d'Odin y sont représentées par des Albo-Mucaï (courtisanes)
1 . C'est aux foyers volcaniques de la ilesa île Pasto flans le Popayan. situés sur la mfme chaîne que ceux de l'Equateur et en communication directe avec eux, qu'on doit attribuer les bouleversements géologiques de la partie N. 0. du bassin de l'Amazone et lis commotions qui chaqvie année sont ressenties dans les plaines du Sacrement. Pendant la durée du phénomène, les ondes d'ébranlement, comme on a p\i l'observer maintes fois, se propagent invarialilement dans la direction du N. 0. au S. E. Lors de la dernière irruption du volcan de l'asto, qui eut lieu vers sept heures du soir, la colonne de matière ignée qui s'éleva de son cratère atteignit une hauteur telle, qu'elle éclaira l'espace à plus de 200 lieues. Les habitants de Sarayacu et lieux circonvoisins prirent cette clarté qui empourprait le ciel pour le reflet d'une aurore boréale. Un mois après l'éruption, la nouvelle leur en fut apportée.
qui offrent au guerrier conibo des mo7ilagnes d'aliments et des fleuves de boisson '.
A la mort d'un Conibo, les iemmes se réunissent dans sa demeure, enveloppent le cadavre dans son Tari (sac), placent dans sa main droite un arc et des flèches, afin qu'il pourvoie à sa subsistance dans son voyage d'outretombe, et après l'avoir barbouillé de rocou et de genipa, elles lui emboîtent le visage dans la moitié d'une calebasse destinée à lui servir de coupe. Le défunt ainsi accoutré, est sanglé avec des courroies découpées dans le cuir frais d'un lamentin et ressemble assez à une carotte de tabac. Les femmes mettent tant de soin et d'application à le ficeler, qu'elles semblent vouloir mettre le malheureuS Conibo dans l'irapossiliilité de se débarrasser de ses liens au jour de la résurrection. Ces formalités lugubres accomplies, les femmes disposent le cadavre sur le sol de la hutte, la tête au levant et les pieds au couchant, puis dépliant la bande de colon qui entoure leur corps la font passer entre les jambes, de façon à ce que les deux bouts, retenus par un brin d'écorce, reposent , d'un côté sur leur ventre , de' l'autre sur leurs reins. Cette façon de se draper n'est usitée qu'à l'occasion des funérailles et porte le nom de Chiacqucti. La danse et le chant mortuaires du Chirinqiti commencent ensuite. Nous en avons reproduit l'air pour l'édification du lecteur.
Ll-Hl.
A cet air du Chirinqui mécaniquement reproduit ici, il manque deux choses, l'âme et la vie : ainsi , d'une tête de mort dans laquelle les cavités de la bouche et des yeux existent encore, mais d'où la parole et le regard sont absents. Les notes de la gamme n'ont pu rendre le style et la manière thréuodiques de cette mélopée sauvage, rauque, voilée et néanmoins d'une douceur et d'une mélancolie singulières.
Les femmes la chantent lentement , sans paroles, du fond de leur gosier, auquel on croirait qu'elles ont mis une sourdine et, tout en chantant, tournent à la file autour du cadavre gisant. Elles ont ployé leurs bras de
1. Nous regrettons de ne pas savoir, pour le redire il nos lecteurs, le nom du Mahomet des Panos et des Conibos, qui, pour llaUcr les goûts de la nation, lui promit qu'elle jouirait abondamment après sa mort des ressources alimentaires dont la recherche avait fait la préoccupation constante de sa vie. Ainsi le Prophète, dans le Coran, sut llatter la paresse et les goûts voluptueux de ses fidèles en leur promettant, au sortir de cette existence, la torpeur extatique des rêves opiacés à l'ombre de l'arbre Tupa et dans la inmpagnie de houris blanches, vertes et rouges.
façon que leurs mains ramenées au niveau des épaules, aient la paume tournée vers le sol. Cette cérémonie funèbre à laquelle les hommes assistent, mais en dehors de la hutte, dure près d'une' demi-journée. Lorsque ces femmes sont lasses de 't \> iijj il iiiTi
ou enrouées par leurs nénies, l'usage leur permet de s'arrêter pour reprendre haleine et vider une coupe. Les hommes de leur côté en boivent deux et mêmf quatre , comme pourraient le faire en pareille occur- II des cholos péruviens de la côte et de la sierra.
.\u coucher du soleil, le cadavre est placé dans une grande jarre dont on lufe l'orifice avec du bois et de la glaise, et qu'on descend en terre à l'endroit même oii la ronde des femmes a tournoyé. Le sol de certaines huttes conibos est criblé de ces excavations; de profondes gerçures dessinent le contour des puits mortuaires
dans lesquels il nous est arrivé quelquefois d'entoncer un bâton, comme pour jauger ce néant.
Les funérailles d'un enfant diffèrent de celles d'un homme, envTce qu'on efl'ace complètement le souvenir de ce dernier en brisant ses poteries, en éparpillant les cendres de son foyer, en coupant les arbre.s qu'il a plantés,
tandis qu'une portion de l'enfant reçoit pour la seconde fois l'hospitalité dans les entrmlles paternelles ; k peine est-il mort que les femmes coupent sa chevelure et la remettent à la mère qui en fait deux parts égales. Pendant ce temps, le père est allé pêcher au bord de la rinère où sa flèche, dédaigneuse de gros poissous, n'a frappé que le fretin. Après s'être baigué, puis roulé dans le sable , il rentre sous son toit et remet à la mère le produit de sa pèche, que celle-ci fait bouillir sur-lechamp. Une moitié des cheveux de l'enfant est brûlée et mêlée à cet aliment, que les parents et l'assistance dévorent avidement. L'autre moitié est brûlée aussi et absorbée avec le breuvage. Cette dernière formalité rem-
plie, on enterre le cadavre, et, pendant trois mois, quand gronde le tonnerre, le père et la mère viennent trépigner sur la fosse en hurlant tour à tour. Quand le sol d'ime hutte est tellement couvert de sépultures que la place manque pour les nouveaux décédés, on en construit une autre à quelques pas, laissant le vieux toit s'effondrer de lui-même.
Pour compléter cette monographie des Indiens Conibos, autant que pau" respect pour la vérité sainte et par amour de la couleur locale, nous relaterons en passant le goût décidé de ces indigènes pour leur propre vermine et celle du prochain. Un Conibo mâle ou femelle, assis la tête à l'ombre et les pieds au soleil, égarant ses
harponnant un lamentin.
doigts dans] la chevelure d'un de ses semblables et y trouvant pâture à son étrange faim, est plus heureux qu'un Tériaki emporté par l'opium dans le septième ciel des voluptés.
Au goût des parasites, le Conibo ajoute la passion des diptères. Un moustique gorgé de sang lui parait bouchée si friande, qu'il ne manque jamais en sentant le suçoir de l'insecte s'enfoncer dans sa chair, de l'observer d'un air narquois. A mesure que l'abdomen flasque et diaphane du buveur, s'emplit de la liqueur vermeille, le visage du Conibo s'épanouit. Au moment où le moustique tourne au sphéroïde , l'homme l'écrase et s'en repail.
La tribu Conibo, déchue du rang qu'elle occupait au dix-septième siècle parmi les peuplades de la Pampa del Sacramento, est divisée à cette heure comme nous l'avons vu, eu clans de deux à trois familles qui ne relèvent que de leurs chefs naturels et vivent éparses sur les bords de l'Ucayali et de deux affluents de sa rive gauche. Les luttes sanglantes de cette tribu avec les tribus rivales, ont cessé de guerre lasse, ou comme si un armistice indéfini avait été conclu entre les parties belligérantes. La haine du Conibo contre ses voisins les Cacibos {liodié Cachibos) de la rivière Pachitea , le? Remos et les Amahuacas de la rive droite de l'Ucayali , a même perdu de son intensité et semble descendue au
niveau du mépris vulgaire. Autrefois ces tribus s'exécraient et s'e.iiterminaienl, aujourd'hui elles se pillent et se bafouent. De temps en temps, une lulle d'homme à homme, à propos d'un dommage causé ou d'un vol commis au préjudice de l'un d'eux, témoigne seule de l'ancienne inimitié nationale qui les divise.
Celte indiQ'érence guerrière et cette tendance prononcée à la paix, comme disent les grands journaux, que nous signalons chez les Conibos, peuvent être observées en ce moment chez la plupart des Peaux-Rouges de l'Amérique du Sud. La soif de haine, d'extermination, de pillage, dont leurs tribus furent si longtemps possédées, parait s'être calmée depuis un demi-siècle et leur férocité proverbiale, épouvantail des moines, des habitants de la sierra et des voyageurs , n'est plus à cette heure qu'une morne apathie.
Cet état crépusculaire entre la barbarie proprement dite, qui n'est déjà plus, et la civilisation qui n'est pas encore, nous a vivement frappé pendant le temps que nous avons passé chez les peuplades du désert et ce serait ici le cas d'en discuter les conséquences ; mais comme notre notice ethnographique touche à sa fin, nous laisserons au lecteur le soin de décider sur la foi de ces lignes et de celles qui suivront, si l'atonie actuelle de l'homme américain doit être considérée comme un reflet de l'aube de sa civilisation à venir, ou comme un acheminement rapide vers sa destruction finale. Notre opinion à cet égard est déjà formée.