SHANGAÏ — LA VILLE INDIGÈNE
contre la monnaie qui aura cours dans ces villes. A Shangaï, le prix du taël varie chaque jour et le Mandarin vient d’émettre une proclamation pour en défendre la spéculation.
Après midi, je vais rendre visite à Monsieur Bourré, ministre de France à Pékin. Il est encore à table et ne peut me recevoir. Alors, accompagné d’un frère Lazariste et d’un domestique chinois, je vais visiter la ville indigène. Elle est entourée de grandes murailles crénelées. Aux portes, on expose les pauvres prisonniers avec la cangue. Les rues sont étroites comme à Venise, mais sales et mal pavées ; les maisons sont en bois et enfumées ; le rez-de-chaussée est occupé pr des magasins de toutes sortes. Les restaurants étalent des comestibles peu appétissants, il faut boucher son nez. On vend des œufs salés de canard si noirs, qu’on les dirait pourris, et des poissons littéralement corrompus. Le Chinois trouve tout cela bon pour assaisonner son riz. Je ne sais où dorment les gens, où résident les femmes qu’on ne voit presque pas. Dans quelques rues, on voit un âne dans chaque magasin; il parait qu’il doit tourner certaines manivelles.
Nous traversons plusieurs pagodes; elles ont toutes un four à côté. Les Chinois y brülent les lettres qu’ils écrivent à leurs parents décédés. Dans les