‹ Le tour du monde en 240 jours [microforme] (volume 2)Chapitre 244 sur 307 · AMBER — LES CROCODILES · texte numérisé non relu

AMBER — LES CROCODILES

est encore là. Maintenant ce sacrifice est remplacé par celui d’une chèvre qu’en tue ious les matins à 6 heures. Le sang est offert à l’idole dans le sanctuaire, puis jeté dans un trou qu’on voit près de là; la tête va aux parias et le corps aux prêtres. Dans ce temple je remarque un ensemble de tambours qu’on frappe en tournant une grosse manivelle comme pour nos orgues de barbarie.

Sur la colline voisine deux forts renferment les trésors du Maharajah. On dit très-insolents et très-cruels les soldats qui les gardent.

Nous rebroussons chemin. Dans la plaine un beau petit lac entouré de jardins et de bâtiments destinés aux bains complète le paysage. Je vois sur les bords 2 gros objets noirs comme 2 grosses poutres: on me dit que ce sont des crocodiles, et qu'ils ne sont point dangereux. Je veux les voir de près, Je descends seul de l’éléphant, mes compagnons sont moins Curieux, et m’avance lentement armé de mon ombrelle; le guide et un des cornac qui me suivent se tiennent prudemment à distance; on m’avait dit que le crocodile court rapidement en ligne droite, mais qu’il a de la difficulté à se tourner, je comptais, au besoin, leur échapper en courant en zig-zag. Lorsque je suis à une quinzaine de mêtres, je vois les monstres se bouger et se diriger vers l’eau;

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DE JEYPORE À AHMEDABAD. 203

je double le pas et j'arrive à les voir à 5 ou

. 6 mêtres de distance, puis ils nagent majes-

tueusement dans le lac et retournent à la rive sitôt que je me suis éloigné.

Le Maharajah est chasseur ; nous avons vu à la promenade 40 de ses chiens habillés. Dans ies environs le tigre abonde, mais on trouve peu de léopards. On chasse le tigre de deux manières. L’Hindou, posté sur un arbre, l’attend généralement à l’affût au bord de l’eau ou prés d’un chevreuil. L’Européen préfère aller à l’endroit où il doit passer ; il est armé d’un fusil à balle explosible et portant au bout une baïonnette.

Le soir, Je quittais Jeypore en route pour Ahmedabad. Dans mon compartiment je trouve un Anglais, qui, suivant l’habitude du pays, voyage avec plusieurs domestiques. À minuit il est arrivé, on l’éveille, il descend en appelant ses domestiques logés au 3° , Le matin, un bon garçon de 18 ans vint me demander son maître; Je lui dis par interprète qu’il est descendu 10 stations avant; alors il montre le trousseau des clefs de toutes les malles, et me dit qu’il n’a point d’argent pour retourner. Je parle au chef de gare et renvoie à son maître ce Jeune dormeur. Il sera toujours vrai que le meilleur moyen d’être bien servi c’est de se servir soi-même.

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