ASHINOYOU
salée , et je remonte dans une autre kago qui continue à gravir les montagnes, pour me déposer à 6 h. à Ashinoyou, d’où j’écris cette lettre.
Je trouve là un hôtel japonais. Le premier Anglais que je rencontre est vêtu de flanelle blanche: c’est tout ce qu’on lui a laissé de ses vêtements. La nuit précédente, des voleurs se sont introduits dans sa chambre et lui ont enlevé son sac et tous ses habits. L’opération est facile et peu dangereuse, les paroïs de la chambre étant de simples coulisses que le petit doigt fait mouvoir. Une lampe japonaise brûle, la nuit, dans chaque chambre; c’est un petit morceau de coton dans une soucoupe d’huile posée dans une espèce de cage de bois recouverte de papier. La paroi extérieure de la chambre est en papier blanc qui laisse passer le jour et sert de fenètre; le voleur humecte avec son doigt le papier et y fait un trou par lequel il voit à l’intérieur si le voyageur dort profondément; il pousse do1cement la coulisse, enlève ce qu’il veut et se retire en paix. N’aimant pas ces aventures, je fais dire à la maîtresse de maison que je la rends : responsable de tout vol. Elle m’invite à déposer chez elle ma monnaie et mes objets de prix, je préfère les mettre sous mon oreiller. Je cloue toutes les coulisses, je pose mon lit au milieu de
AVENTURES À ASHINOYOU. 213
la chambre et l’entoure de chaises renversées, de couvertures, de toutes mes bouteilles vides ou pleines, de tout ce que je trouve dans mon sac, et j’éteins ma lampe. Mon sac est mon oreiller ; le voleur ne pourra arriver jusqu’à moi sans culbuter quelque chose et m’éveiller; j’ai pour défense un bâton noueux que je tiens dans mon lit. Je me crois ainsi sauvé et commence à goûter le sommeil après une journée si fatigante, lorsque un bruit affreux se prolonge au-dessus de ma tête; je crois que les voleurs vout descendre par le plafond; j'écoute, et je comprends que c’est une bataille de rats. Le lendemain, on m'explique que la belette ou martre vient audessous des toitures de chaume chercher sa nourriture et saigner les gros rats.
Je m'étais de nouveau endormi, lorsque cette fois c’est le plancher qui se soulève et qui danse: je crois que les voleurs vont monter par dessous ; J'écoute, et je comprends à la seconde secousse que c’est simplement un tremblement de terre. Ils sont si fréquents ici qu’on n’y regarde pas. Enfin, je crois que tout est fini, erreur: une heure après, une ombre, à travers le papier des parois, laisse voir un homme qui court, une lanterne d’une main et un sabre de l’autre. Nouveau mystère que je ne m’explique qu’en voyant
214 LES BAINS D’ASHINOYOU.
le fait se répéter à chaque heure, pendant toute la nuit: la maîtresse de maison, effrayée par mes menaces, a mis un veilleur qui fait la ronde.
Le lendemain matin, je me lève, les os brisés par la dure couche, et je me tâte pour voir s’ils pourront encore me porter. Je vais au bain. Des hommes, des femmes, desfilles, desenfants, tousen costume d’Adam et d’Eve, y pataugent à plaisir. Je demande un bain particulier; on me place dans une caisse carrée en bois que je fais vider et laver. L’eau est fortement sulfureuse, du genre de celle d’Enghien, mais chaude à 45°. Après un quart d’heure je suis bouilli.
À 10 h., M. Martin Lanciares, secrétaire Ministre d’Italie, et actuellement, faisant foncuvuu de Ministre, mon ancien et bon condisciple, arrive d’Akoné avec le Ministre de Russie, et je lerr raconte mes aventures. Ils se rendent à Miyanoshita et m’invitent à aller diner le lendemain avec eux à Akoné.
Le jour suivant, à travers une montagne riante, le long d’un sentier bordé d’hortensias, de bambous et de camélias, j'arrive à un petit village situé à 900 mètres d’altitude, sur le bord d’un lac gracieux. Après une causerie avec le secrétaire de la légation russe, nous nous rendons chez M. de Struve, Ministre de Russie, installé
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LE LAC AKONÉ. 215
avec sa famille dans une maison japonaise. Madame de Struve me fait un excellent accueil.
Ses quaire petits enfants sont charmants. Un bon cuisinier français nous sert un déjeuner succulent, et une machine venue de Paris nous donne de la bonne glace. Elle agit au moyen de l’ammoniac, qui sert dans la machine depuis deux ans. Après le déjeuner, on passe au petit salon qui donne sur le lac. Un nuage s’efface au loin et le Fusiyamä montre sa tête majestueuse, presque aussi haute que le Mont-Blanc (4000 m.); c’est le plus grand parmi les volcans japonais. La scène est grandiose, mais madame préfère l’Europe et soupire après le retour.
Le bon M. Lanciares me conduit en barque sur la rive opposée. La navigation nous prend 3 h., et à un certain point, les vagues menacent de barrer le passage. De l’autre côté du lac, nous trouvons des bains d’une eau minérale fortement salée. Elle provient d’une sulfatare à quelque distance. Nous voudrions la visiter, mais le soleil baisse. Au retour, nous saluons M. le chargé d’affaires d'Angleterre qui, lui aussi, est venu chercher pour sa famille la fraîcheur dans ces montagnes, puis je reprends la route d’Ashinoyou. Je chemine extasié devant les beautés de la nature, lorsqu’un beau petit lapin vient à moi;
216 RETOUR D’ASHINOYOU.
je me baisse pour le prendre, il s’effraie et rebrousse chemin ; je l’entends crier: une martre Pavait saisi et saigné. J’essaie de tuer le meurtrier qui s’enfuit et j’emporte mon lapin qui fera mon diner de demain. Le soir, les chants, la musique, les danses des Japonais m’ont empêché de dormir la moitié de la nuit. La journée d’hier a été employée à écrire ces notes et à soigner un capitaine anglais. Je lui ai défendu les bains trop irritants pour ses nerfs, et l’ai soulagé avec les remèdes Mattei.
Samedi 3 sept. 1881.
Mon dernier journal me jaisse à Ashinoyou., Je prends mon dernier £ain avec regret, car j'en éprouvais du bien, et À 3h., M. Lanciares arrive dans son kago et nous voilà en route.
En redescendant la pente de la montagne, la vue dont on jouit sur la mer est merveilleuse. Nous faisons halte un instant à Miyanoshita où j'achète des photographies et di-ers objets en bois confectionnés dans le pays, et à 8 h. nous arrivons à Odawara. Là, le domestique de Lanciares nous avait précédés, et le dîner était servi à l’uciaja. La chaleur était accablante, mais, selon l’usage du pays, des jeunes filles nous promènent l’éventai, sur la figure. La femme du
RETOUR D’ASHINOYOU. 217 consul russe était là, pour elle pas d’éventail: les femmes ici ne comptent pas. Après le déjeuner, nous montons dans une voiture du pays, espèce de char-à-bancs incommode trainé par deux chevaux galeux. Après quelques kilomètres, un des chevaux s’abat; on le relève, il s’abat encore; alors après quelques essais infructueux, on le force à se relever en lui bouchant fortement le nez; l’effort fait pour respirer le remet sur pied. On le change à la première station, et après une nuit de cahotement en tous sens, ce qui ne m’empêche pas de dormir, nous arrivons à 6 h. 1/2 à Kanagawa, près Yokohama.
Là, après une demi-heure d’attente, nous prenons le chemin de fer qui, à 8h., nous dépose à Tokio, où les djinrikisha du Ministre nous conduisent à la légation d’Italie.
Tokio, 4 sept.
C’est dimanche; je prends un bain froid, fais ma toilette et cours à la messe. Belle petite église. Les missionnaires y arrivent de l’intérieur pour la retraite. Mgr Osouf, vicaire apostolique pour le nord du Japon, et Mgr Ridel, évêque de Corée sont présents; peu d’Européens, quelques Japonais. Les filles de l’école chantent le Gloria
et le Credo avec la voix nasillarde de nos montagnardes des Alpes. Les églises, ici, ont les bancs dans les nefs, le centre est occupé par les éatamis ou nattes sur lesquelles les Japonais se bloitissent.
Je me rends encore, ici, à l’école des Sœurs de S.-Maur. Quelle patience avec leurs centaines de bébés! Elles ont renoncé à la vie de famille, et par là, à quelques enfants: elles en ont le centuple.
Je retourne à la légation pour déjeuner, et, après un peu de repos, nous rendons visite à M. Roquette, Ministre de France. Il sst en location dans un coin reculé de la ville, difficile à trouver. Les Russes, les Anglais, les Italiens ont construit pour leurs ministres de beaux palais.
Nous parcourons la ville en voiture. Tokio (Yedo), maintenant capitale de l’empire du Japon, compte plus de 900.000 habitants. C? était le siége du Shiogoon ou Taïkoun. Son palais était entouré de 7 lignes de murailles avec fossés, Ceux-ci sont remplis d’eau sur laquelle surnagent de belles fleurs de lotus rouges et blanches. C’est la fleur sacrée au Japon : car Bouddha est né sur l’une d’elles. Maintenant ces murs sont à moitié abattus, il ne reste plus que 5 enceintes, et le palais du Taïkoun a été brûlé. On
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voit encore les jardins qui sont fort jolis, des forêts de grands bambous, des arbres gigantesques, des ruisseaux, des lacs, le tout fort accidenté et disposé avec art. Ils se développent sur un point culminant qui domine la ville. Le Mikado va y construire un palais pour lui, mais les ingénieurs sont en désaccord pour savoir s’il doit être en style européen ou japonais. Il paraït qu’on arrivera à une transaction; la partie réservée au Mikado sera japonaise ; celle destinée à la réception des étrangers sera européenne. La ville est sillonnée dans la partie basse par plusieurs canaux; les maisons, comme partout, sont en bois et papier avec un rez-de-chaussée ou un étage au plus. Les incendies en brûlent une partie tous les ans, et on en profite pour tracer des rues larges et droites. On a même construit un boulevard large de 30 mêtres avec deux trottoirs de 7 mêtres plantés de saules-pleureurs. Les maisons de bois y sont remplacées par:des maisons de briques à un étage et par des gadowns. Quelques magasins renferment des objets curieux du pays, tels que porcelaines, laque, soie et dessins. Un immense bazar installé sur le modèle des grands magasins de Paris, * renferme dans de grandes baraques toutes sortes d’objets à prix fixe marqués en lettres japonuises.
Les Européens ne peuvent s’établir que sur le terrain de la concession, spécialement réservé pour eux; là, sont quelques marchands avec des maisons à l’européenne, les missionnaires français, les Sœurs de S.-Maur et la mission protestante américaine. J’étais venu de S.-Francisco avec la dame missionnaire qui devait en prendre la direction. Son beau-frère, qui a fait le dictionnaire japonais, est en Europe et doit passer l’hiver à Nice. J’ai voulu rendre visite à la dame
‘missionnaire ; elle a sous sa direction un inter-
nat et divers externats en plusieurs quartiers; elle se plaint de ce que les Japnnaises viennent nombreuses pour apprendre la Jangue anglaise, mais elles ne: ve‘iient que cela.
L'intérieur du pays est défendu aux étrangers ; ils sont obligés, s’ils veulent aller quelque part, de se munir d’un passeport spécial sous la responsabilité des légations, pour les seules raisons d’étude ou de santé.
PROD
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r le ervé * des ranotescisco ndre tion- V’hidame ntertiers ; nnent laise ,
ig'ers ; part, r'esaisons