LES PERSONNAGES OFFICIELS
Le jardin d’acclimatation, créé par le Gouvernement, a été vendu à une compagnie. Nous y trouvons des fleurs, des arbres fruitiers et surtout des vignes importées d’Europe, mais on dit que, après 4 ans, le sol rend ces fruits et ces grappes insipides comme les autres fruits du Japon. La vigne qui réussit bien est celle du raisin framboise; je ne sais si elle est importée ou propre à ce pays.
Je rentre en ville faire divers achats, puis nous allons déjeuner chez M. Boissonade, qui avait réuni à sa table plusieurs amis. J’y trouve M. Gambé, un Français employé à la police, l’ancien secrétaire de la Légation japonaise à Saint- Pétersbourg, un élève en droit et diverses autres personnes. |
M. Boissonade est logé princièrement. Il a 2 magnifiques maisons construites en bois à l’américaine ; l’une d’elles était destinée à la Légation d'Amérique. Comme presque tous les Européens qui sont ici, il a fait de magnifiques collections d’antiquités japonaises, bronzes et laques. Son jardin est gracieux et fleuri; il a besoin de tout cela pour se distraire, car il souffre de l’asthme, et depuis 20 ans, il ne se couche plus.
On cause sur les personnages officiels du Japon; les avis sont partagés à leur sujet; les journaux
MADAME KOYASSAU. 273
parlent des tripots dans lesquels sont tombés quelques-uns, pour accaparer la fortune.
Après midi, Madame Koyassau m’a fait inviter chez elle. C’est la dame à laqueile javais fait quelques politesses sur la route de Nikkc; son mari est directeur de Fuso-Shokwai, société commerciale pour les soies. M. Motono me conduit et me sert d’interprèête. En arrirant, nous ôtons nos souliers, selon l’ habitude. Le Japonais est très-propre ; il prend Je bain tous les jours et lave souvent ses dents avec la brosse.
La maison de Madame Koyassau commence à sortir de l’ordinaire ; les tatamis sont remplacés par de belles moquettes anglaises, et la maison
est entourée d’un charmant jardin orné d’un
petit lac.
Nous prenons le thé, puis elle nous conduit près des temples de Shiba, au Xoya Krwoan, Club des nobles. Il est situé dans un beau parc planté de grands momidji, arbre dont la feuille ressemble à celle de la vigne vierge qui rougit en automne. Le club comprend une salle de théàtre et de danse, et divers bâtiments séparés avec des salles formées au moyen de parois en coulisses, à la manière japonaise. Ces parois, comme partout, sont ornées de dessins et de poésies, et souvent, de fines peintures.